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Expert - vins d'asie

Birmanie : à la découverte des vins du château Aythaya

Les vignes du château Aythaya en Birmanie
Les vignes du château Aythaya en Birmanie. (crédit : GIUGLIO Gil / hemis.fr / Hemis / AFP).
La production de vin en Birmanie est très récente. Aythaya, l’un des deux labels/châteaux du pays, débuta ainsi en 1999 dans les états Shan, avec des plants venus d’Europe. Et la première bouteille fut ouverte en 2004.
Le fondateur et propriétaire, Bert Morsbach, reconnait d’ailleurs que cette année 2004 était plutôt « terrible ». Il y avait encore beaucoup de travail pour produire un vin digne de figurer sur les tables de consommateurs exigeants. En effet, parmi ses clients, 85% sont avant tout des locaux, qui ont voyagé, et pris goût au vin ou qui ont les moyens de s’acheter une bouteille. Le reste étant composé d’étrangers vivants en Birmanie et des touristes aventureux.
Avec le temps la qualité s’est améliorée comme le prouve le dernier que j’ai gouté : l’Aythaya Shiraz-Dornfelder de 2015 (13 %) qui se révéla être un solide vin – rappelant un peu le Côtes-du-rhône français.
Raisin moins connu, le Dornfelder, d’origine allemande donne à la fois couleur et légèreté. On le trouve désormais, outre en Birmanie, aux États-Unis et en Angleterre. Sa production a d’ailleurs doublé depuis 2000.
Aythaya existe en cinq variétés, pour une production totale de 300 000 bouteilles par an. Deux rouges, composés de Shyraz (ou Sirah), dont celui que nous avons gouté avec un ami anglais. Deux blancs à base de Sauvignon blanc et de Chenin Blanc. Un rosé, et une vendange tardive.
Il faut bien avouer que je fus moins impressionné par le Sauvignon blanc. Il nous a paru bien neutre, avec aucune trace de cette verdeur qui évoque l’herbe verte, avec une pointe de douceur.
A ce propos, je me souviens du Sancerre d’un tout petit producteur, ami d’un de mes collègues du Quotidien de Paris, qui était presque doux, tout en restant fidèle au cépage. La Nouvelle-Zélande en produit d’excellent également. Après, peut-être que le nouveau cru, le 2016 est plus proche de notre idée du vin…
Je tiens ici à faire une confession : je n’ai jamais mis les pieds en Birmanie. J’ai bien essayé d’obtenir un visa dans les années 1990. J’avais effectué toutes les démarches à l’ambassade de Bangkok. Ainsi, sur le formulaire, à la question : profession, j’avais écrit employé. Le fonctionnaire en charge de mon dossier avait sourit, ajoutant de sa plus belle plume : employé par la BBC. Et de m’indiquer : « Ici certain d’entre nous vous écoutent, pour avoir des nouvelles du pays. Mais allez demander un visa à notre consulat de Hong Kong, là on ne connait pas votre nom, et nos communications sont très primitives. »
Aythaya vient de sortir un vin mousseux, une sorte de Crémant, du Sauvignon blanc, sous le nom de Shan Panya, un joli jeu de mot. Il vient concurrencer le Crémant de Granmonte, qu’une amie française avait pris pour un Crémant d’Alsace ; ce qui est flatteur pour ce vin du plateau de Khao Yai, en Thaïlande.
J’aimerai enfin ajouter qu’il existe un autre vignoble en Birmanie, celui du Red Mountain Estate qui se situe lui aussi dans les états Shan. Ce dernier propose une petite production avec des plans importés entièrement de France et d’Espagne. Le maitre de chais est français. J’espère en recevoir une bouteille dans un future proche, et vous en direz alors des nouvelles.
A propos de l'auteur
Jacques Bekaert
Jacques Bekaert est basé en Thaïlande depuis 35 ans. Il est né le 11 mai 1940 à Bruges (Belgique), où sa mère fuyait l’invasion nazie. Comme journaliste, il a collaboré au Quotidien de Paris (1974-1978), et une fois en Asie, au Monde, au Far Eastern Service de la BBC, au Jane Defense Journal. Il a écrit de 1980 a 1992 pour le Bangkok Post un article hebdomadaire sur le Cambodge et le Vietnam. Comme diplomate, il a servi au Cambodge et en Thaïlande. Ses travaux photographiques ont été exposés à New York, Hanoi, Phnom Penh, Bruxelles et à Bangkok où il réside. Compositeur, il a aussi pendant longtemps écrit pour le Bangkok Post une chronique hebdomadaire sur le vin, d'abord sous son nom, ensuite sous le nom de Château d'O. Il est l'auteur du roman "Le Vieux Marx", paru chez l'Harmattan en 2015, et d'un receuil de nouvelles, "Lieux de Passage", paru chez Edilivre en 2018.