Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Chine : atteint d'un cancer, Liu Xiaobo est remis en liberté conditionnelle

Le député hongkongais Leung Kwok-hung dit "Long Hair" manifeste pour la libération de Liu à Hong Kong le 18 mai 2016. (Crédits : AFP PHOTO / DALE DE LA REY)
Le député hongkongais Leung Kwok-hung dit "Long Hair" manifeste pour la libération de Liu à Hong Kong le 18 mai 2016. (Crédits : AFP PHOTO / DALE DE LA REY)
Cela faisait huit ans que le Prix Nobel de la paix 2010 était derrière les barreaux. Trois ans avant la fin de sa peine, l’écrivain chinois et opposant politique Liu Xiaobo est enfin autorisé à sortir pour recevoir des soins contre un cancer du foie. Si l’annonce de la libération conditionnelle du plus célèbre prisonnier politique de Chine fait grand bruit, elle constitue une exception qui confirme la règle répressive à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme dans ce pays.
C’est une raison tragique qui a servi de sésame à Liu Xiaobo pour sa libération conditionnelle. L’écrivain est atteint d’un cancer du foie en phase terminale, d’après son avocat Mo Shaoping cité par le South China Morning Post. Il se trouve actuellement dans un hôpital de Shenyang dans la province du Liaoning (Nord-Est), entouré de ses proches. Selon le Straits Times, sa maladie lui a été diagnostiquée en mai. Il a donc fallu un mois à Pékin pour autoriser son prisonnier à recevoir des soins médicaux à l’extérieur, une première depuis son arrestation. L’écrivain avait déjà fait une demande de libération conditionnelle qui lui avait été refusée, rapportait en 2015 Radio Free Asia. L’autorisation de visite demandée par ses frères à la même période avait nécessité 13 mois de négociation avant d’être acceptée.
Condamné à 11 ans de prison en 2009 pour « subversion », Liu fait figure de symbole alors que le régime de Xi Jinping resserre toujours plus son emprise sur les médias, comme le rappelle le quotidien singapourien. Déjà impliqué dans les manifestations de la place Tian’anmen en 1989, il est le principal rédacteur de la « Charte 08 » réclamant entre autres la fin du régime de parti unique. Inspirée de la « Charte 77 » rédigée par des opposants tchécoslovaques avant la chute du rideau de fer, ce manifeste a rencontré un fort engouement au sein de la société chinoise. Il a récolté la signature de plus de 300 personnes, dont des journalistes ou des hommes d’affaires peu impliqués dans l’activisme politique, expliquait le Business Insider en 2015. La réponse du gouvernement a été impitoyable, nombres de signataires ont été inquiétés. En 2010, Liu Xiaobo recevait le prix Nobel de la Paix sa « lutte longue et non violente pour les droits humains fondamentaux en Chine ».
Depuis l’arrestation et le jugement de son mari, la poète Liu Xia vit en résidence surveillée dans leur appartement pékinois. Dans un article datant de 2014, le Guardian décrit ses conditions de détention : elle n’a pas le droit au téléphone ni à Internet et son logement est régulièrement fouillé par des policiers en civil. Les contacts avec son époux sont limités à une visite d’une demi-heure par mois et nécessitent un long voyage en train sous haute surveillance depuis qu’il a été transféré à la maison d’arrêt de Jinzhou. Supportant difficilement la solitude, elle souffrirait de dépression depuis 2013, selon le South China Morning Post. Si Liu Xia est parvenue à téléphoner à l’écrivaine Tsering Woeser en début d’année, l’un de ses rares contacts avec le monde extérieur, ses conditions de détention ne se sont pas améliorées, confirme Radio Free Asia.
En 2014, Liu Xiaobo a réussi à transmettre un message à un autre auteur chinois dissident, exilé en Allemagne, Liao Yiwu, dans lequel il appelait à diminuer l’engouement médiatique qui l’entoure à l’étranger et à ne pas oublier « les autres victimes moins connues ou sans aucune notoriété », rapportait alors le Guardian. En juillet 2015, près de 250 avocats des droits de l’homme ont été arrêtés sans procès selon le quotidien britannique.
Par Emeric Des Closières
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