Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Corée du Sud : la confidente de l'ex-présidente condamnée à trois ans de prison

Choi Soon-sil à son arrivée au tribunal le 16 janvier 2017.
Choi Soon-sil à son arrivée au tribunal le 16 janvier 2017. (Crédit : KIM HONG-JI / POOL / AFP).
Trois années de prison pour commencer. Aujourd’hui, vendredi 23 juin, le tribunal du district central de Séoul a reconnu Choi Soon-sil, la « Raspoutine sud-coréenne », confidente de l’ancienne présidente Park Geun-hye, coupable d’abus de pouvoir auprès de l’Université Féminine Ewha. Il s’agit du premier jugement dans le scandale dit du « Choi-gate ». D’autres sont à suivre.
Il s’agit de la première condamnation rendue dans la gigantesque affaire de corruption au sommet de l’État sud-coréen. « Elle a commis trop d’actes répréhensibles pour que nous puissions considérer que ces actions étaient seulement le fait d’une mère aimante qui veut le meilleur pour sa fille » juge la Cour, citée par l’agence de presse sud-coréenne Yonhap. Lors de ce procès, Choi Soon-sil était accusée de trafic d’influence auprès de la prestigieuse université Ewha ; puisqu’en échange de subventions publiques, l’école acceptait sa fille et lui donnait de bons résultats à des examens auxquels elle ne se rendait pas. Choi a plaidé non-coupable, en arguant qu’elle n’avait jamais demandé à recevoir un traitement spécial. L’ex-président de l’université et l’ancien directeur des admissions ont également été condamné rapporte de son côté le quotidien singapourien Straits Times.
Témoin à la barre et sous le feu des projecteurs : Chung Yoo-ra, la fille de Choi Soon-sil. Arrêtée le mercredi 31 mai à bord de l’avion la ramenant en Corée du Sud après son extradition du Danemark, la jeune femme s’est rendue au tribunal comme témoin dans l’affaire. Devant la cour, Chung s’est défendue en n’estimant ne rien connaître du trafic d’influence mené par sa mère : « Je trouve que c’est un peu injuste. Je n’étais pas au courant de ce qui passait entre ma mère et la présidente » déclarait elle au Korea Herald dès sa sortie de l’avion.
C’est la première condamnation d’une longue série dans cet énorme scandale dit du « Choi-gate » qui a secoué la Corée du Sud en 2016. L’ancienne présidente, Park Geun-hye se trouve au cœur de ce trafic d’influence et est actuellement entendue devant la cour. Park et son amie Choi Soon-sil sont accusées d’avoir accepté des pots-de-vin d’une valeur de 7,8 milliards de won (soit environ 6 millions d’euros) de la part de la chaebol Samsung et surtout d’avoir utilisé leurs statuts pour pousser des grandes entreprises à faire de généreuses donations aux fondations de Choi explique Channel News Asia . L’ancienne présidente est également accusée d’avoir été grandement influencée par son amie qui bénéficiait d’un droit de regard sur des dossiers confidentiels et des affaires d’État – influence qui lui vaudra le surnom de « Raspoutine sud-coréenne ».
« Est-il vrai que l’accusée Park Geun-hye a montré sa gratitude pour les 11,1 milliards de wons offert par SK et a demandé à continuer cette coopération ? »demande le procureur, « Oui » répond Chey Tae Won, directeur de la deuxième plus grande chaebol sud-coréenne SK rapporte le Straits Times. D’ailleurs, le 23 juin, le tycoon sud-coréen Chey a soutenu les allégations portées par les procureurs sur Park Geun-hye. Chey faisait partie des sept tycoon ayant profité d’un rendez-vous confidentiel avec la présidente où elle leur aurait demandé des dons pour les fondations culturelles et sportives de Choi. SK aurait fait un don de 11,1 milliards de won à l’une des fondations, un collaborateur de Park lui en aurait demandé 9 milliards de plus, ce qu’il aurait refusé. Park a nié : selon elle, ces compagnies ont volontairement fait ces dons. Chey a admis avoir profité de ses entretiens pour demander au gouvernement son approbation pour des fusions, des acquisitions ainsi qu’une libération anticipée de son frère. L’héritier de Samsung a également été arrêté et est actuellement jugé, même si il a nié avoir demandé des faveurs à l’ancienne présidente, ajoutant que son entreprise a été victime de chantage.
Si Park Geun-hye est reconnue coupable de corruption, elle pourrait encourir au minimum 10 ans de prison et au maximum une sentence à vie.
Par Amina Bouamrirène
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