Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Japon : Abe fait voter une loi antiterroriste jugée "liberticide"

Des manifestants contestent la nouvelle loi de prévention contre le terrorisme adoptée le 15 juin 2017 par la Chambre haute nippone, à Tokyo. (Crédits : AFP PHOTO / Toshifumi KITAMURA)
Des manifestants contestent la nouvelle loi de prévention contre le terrorisme adoptée le 15 juin 2017 par la Chambre haute nippone, à Tokyo. (Crédits : AFP PHOTO / Toshifumi KITAMURA)
Un virage sécuritaire au Japon ? Ce jeudi 15 juin, le gouvernement de Shinzo Abe a fait adopter à la chambre haute (Chambre des conseillers) sa loi de pénalisation de la préparation d’actions liées à l’action terroriste ou criminelle. Une législation très vivement critiquée par les universitaires, avocats et membres de la société civile.
Une punition anticipée. La nouvelle loi permettra de mettre en examen une personne ayant participé à la préparation d’un acte terroriste ou criminel. Certains citoyens pourront donc être mis sous surveillance s’ils sont soupçonnés de « préparation de crime ». La législation établit une liste de 277 crimes dont la préparation sera à présent pénalisée. Parmi eux figure le terrorisme, le trafic de drogue mais étrangement aussi la violation de droits d’auteur. Le texte a longtemps fait la navette entre la Diète, la chambre basse, et la Chambre des conseillers, la chambre haute, et a été plusieurs fois amendée. En particulier, le nombre de crimes listés a été divisé par deux, de 600 à 277, car ils n’étaient pas tous considérés comme entrant dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Dans le cas d’un crime « grave », la peine est fixée à 5 ans de prison de ferme et à 2 ans pour un crime « moins sérieux ».
« C’est le début d’une nouvelle vague de surveillance de masse au Japon », déclare le célèbre lanceur d’alerte, Edward Snowden à l’agence Kyodo. L’opinion publique et les experts jugent cette loi « liberticide ». Jusque-là au Japon, un homme ne pouvait être condamné que s’il avait commis un crime. Désormais, l’acte préparation sera également puni. En outre, les experts s’inquiètent de voir cette loi utilisée de manière arbitraire car elle pourrait permettre par exemple l’incarcération d’innocents. Pourtant, le ministre nippon de la Justice Katsutoshi Kaneda rejettent toutes les allégations de mise en danger des libertés fondamentales : pour lui, cette loi « est expressément limitée aux crimes organisés ; les crimes applicables sont listés et clairement définis ; de plus, elle ne s’applique que si de réelles actions de préparation ont eu lieu », cite le Mainichi Shimbun. Le nouveau texte, ajoute le ministre, vise uniquement les groupes terroristes et les syndicats de crimes organisés, et non les citoyens ordinaires.
Quel est l’objectif poursuivi par Shinzo Abe à travers cette loi ? Officiellement, le gouvernement évoque la nécessité de sécuriser le pays pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 : « Il ne reste plus que trois ans avant les Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo, c’est pour cela que je voudrais rejoindre le traité sur le crime organisé dès que possible afin de prévenir le terrorisme », a défendu ce jeudi le Premier ministre japonais devant la presse, rapporte Reuters. Officieusement, certains évoquent les soupçons de corruption qui pèsent sur Abe: « Pourquoi cette précipitation ? Vous ne vouliez pas que nous reparlions du scandale Kake Gakuen ? » a interrogé Renho Murata, leader de l’opposition et chef du Parti démocrate progressiste, lors de la session plénière avant le vote. La Kake Gakuen est un école basée à Okayama et présidée par un ami de longue date de Shinzo Abe. En janvier, l’école aurait obtenu l’autorisation du gouvernement central pour ouvrir un nouveau département vétérinaire dans une zone de dérégulation économique spéciale. À la découverte du scandale, Shinzo Abe a été accusé de favoritisme, explique le Japan Times. Cette nouvelle loi antiterroriste, aussi controversée qu’elle soit, pourrait lui permettre de détourner le débat.
Par Amina Bouamrirène
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