L'Asie du Nord-Est dans la presse

L'économie au coeur du rapprochement diplomatique sino-panaméen

Isabel de Saint Malo (à gauche) la vice-présidente et ministre des Affaires étrangères du Panama avec son homologue de la République Populaire de Chine Wang Yi (à droite) pendant une conférence de presse commune le 13 juin 2017 au cours de laquelle ils ont annoncé l'établissement de relations diplomatiques entre les deux pays.
Isabel de Saint Malo (à gauche) la vice-présidente et ministre des Affaires étrangères du Panama avec son homologue de la République Populaire de Chine Wang Yi (à droite) pendant une conférence de presse commune le 13 juin 2017 au cours de laquelle ils ont annoncé l'établissement de relations diplomatiques entre les deux pays. (Crédit : AFP PHOTO / POOL / GREG BAKER).
La « diplomatie du chéquier » chinoise a encore frappé. Cette fois-ci c’est le Panama qui a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec la République de Chine et de reconnaitre la République Populaire de Chine, l’éternel voisin. Et cela ne plait pas du tout aux autorités de Taipei qui accusent le gouvernement de Pékin de « transformer les relations pacifiques inter-détroit en confrontation » et d’assurer qu’ils vont revoir leurs relations avec le continent.
L’hémorragie continue donc. Alors qu’en 1971 Taïwan comptait 68 soutiens diplomatiques contre 53 pour Pékin, ces derniers années la tendance s’inverse et l’île de ne plus pouvoir compter depuis ce matin, mardi 13 juin, que sur 20 soutiens. C’est un coup dur pour la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen car c’est le second pays à rallier le giron de la Chine Populaire depuis son arrivée au pouvoir en mai dernier – le premier fût la nation africaine de Sao Tome en décembre 2016 rappelle le South China Morning Post. Le fait que le Panama fût le pays auquel la présidente nouvellement élue consacra son premier voyage diplomatique en juin dernier explique peut-être la véhémence des propos du secrétaire générale du bureau de la présidence taïwanaise rapporté par le quotidien hongkongais : « Le mouvement des autorités de Pékin n’est pas seulement mauvais, il affecte également la situation actuelle, transformant le développement pacifique des relations inter-détroit en confrontation. Pour cela, le gouvernement réévaluera la situation des liens à travers le détroit de Taiwan. » Et c’est ainsi que de son côté, suite à l’annonce du président panaméen Juan Carlos Varela Rodriguez de rompre 105 années de partenariat diplomatique, le ministère des affaires étrangères taïwanais a annoncé séparément qu’il mettait fin aux relations diplomatiques avec le Panama, et fermerait son ambassade et retirerait toute son aide financière et technique au pays.
Mais comment expliquer ce changement d’alliance ? Pour l’éditeur en chef du Taiwan Sentinel, ce revirement diplomatique doit être vu sous un prisme économique. En effet, Pékin est devenu ces dernières années l’un des trois plus grands utilisateurs du canal de Panama, ainsi que le propriétaire, via la société Landbridge Group du port de Margarita Island, le plus grand port du pays. Fort d’un contrat à 900 millions de dollars, la compagnie chinoise Landbridge Group – qui est aussi celle qui a rachetée le port de Darwin en Australie – s’est engagée à « mettre à niveau les installations portuaires et construire un port en eau profonde capable d’amarrer des navires plus importants. » Et dans le même temps poursuit J Michael Cole, « Le Panama s’est également positionné comme centre principal pour transporter les produits chinois vers l’Amérique latine ». C’est donc une histoire de (gros) sous avant tout.
C’est également l’avis du quotidien hongkongais South China Morning Post qui revient dans un second article sur l’importance des liens diplomatiques avec le Panama pour la République Populaire de Chine. C’est en effet une « relation ayant une valeur à la fois géostratégique et commerciale » pour Xi Jinping et ses hommes car ce rapprochement permet à la Chine populaire de « poursuivre ses ambitieux plans d’expansion au sein du commerce mondial et d’accroître son influence dans une région, qui était l’arrière-cour des États-Unis. » D’autant que cela s’inscrit pleinement dans la politique chinoise des « Nouvelles routes de la soie » (OBOR) poursuit le journal. Et de conclure qu’il y a aujourd’hui plus d’une trentaine de compagnies chinoises présentes au Panama – dont des compagnies de premier plan comme Bank of China, la compagnie maritime COSCO, Huawei, ZTE, China Harbour Engineering ou encore China Railway Construction Corp – et que grâce à ce nouveau rapprochement d’autres pourraient suivre en nombre, accompagnées de toujours plus d’investissements.
Par Antoine Richard
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