Politique

Philippines : le siège de Marawi "planifié" par les extrémistes liés à Daech

Des soldats philippins escortent les civils d'un village proche de Marawi dans l'île de Mindanao au sud des Philippines, le 31 mai 2017. (Crédits : AFP PHOTO / TED ALJIBE)
Des soldats philippins escortent les civils d'un village proche de Marawi dans l'île de Mindanao au sud des Philippines, le 31 mai 2017. (Crédits : AFP PHOTO / TED ALJIBE)
L’ordre ne règne toujours pas à Marawi. Malgré la loi martiale décrétée par le président Rodrigo Duterte, malgré les frappes aériennes, Manille n’a pas encore réussi à reprendre au groupe Maute affilié à Daech le contrôle de cette ville de 200 000 habitants située dans le sud du pays à forte population musulmane. Loin d’être une réaction spontanée à une opération anti-terroriste, les combats auraient été minutieusement préparés par les islamistes, selon l’armée philippine.
L’attaque de la ville par un groupe ayant prêté allégeance à Daech était-elle prévue de longue date ? C’est la version désormais privilégiée par le général de brigade Restituto Padilla, porte-parole des forces armées philippines. « La zone a révélé une grande quantité d’éléments qui indiquent que ces activités ont été planifiées longtemps avant notre arrivée sur place », a déclaré Padilla, cité par le Philippine Star. Les forces gouvernementales font état d’armes de longue portée et d’éléments servant à la fabrication d’engins explosifs improvisés découverts dans les quartiers récemment libérés. Si le groupe Maute était bien en train de préparer une action à Marawi, cela expliquerait la rapidité et la brutalité de leur réaction au raid des forces de sécurité venues arrêter Isnilon Hapilon, l’homme fort de Daech en Asie du Sud-Est.
Alors que les combats se prolongent depuis près d’une semaine, le bilan s’élève désormais à 89 morts parmi les rebelles islamistes. D’après le Philippine Daily Inquirer, les militaires philippins disent progresser de manière « très positive ». Les combattants ne contrôleraient plus que 10% du territoire de la ville. Pourtant le plus dur reste à venir. « Il s’agit certainement d’une zone bien gardée et défendue par tous les hommes armés disponibles », rappelle le général Padilla lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi, indique le Straits Times. Pour les renseignements philippins, Isnilon Hapilon pourrait toujours se trouver à Marawi, ce qui expliquerait la résistance acharnée de ses partisans. Le porte-parole de l’armée a exhorté ces derniers à cesser le combat : « Réfléchissez bien à la reddition tant que vous en avez encore le temps. Posez vos armes et parlons. Vous serez traités humainement. » Selon le site philippin Rappler, huit d’entre eux ont déjà pris cette initiative. « Ces individus ont été interrogés et nous ont fourni des renseignements de grande valeur », a précisé le général Padilla.
Les autres combattants vont-il suivre l’exemple de leurs camarades ? Rien de moins sûr. Ces derniers se sont solidement retranchés, renforcés par du matériel volé et appuyés par des condamnés libérés de la prison locale. D’après le Straits Times, des photos circulent sur les réseaux sociaux montrant des véhicules de police blindés repeints aux couleurs de Daech. Les autorités appellent à ne pas diffuser ces images de propagande.
Cependant, il est de plus en plus clair que le réseau international du groupe État Islamique appuie les rebelles locaux afin de se constituer un avant-poste dans la région. Manille dénombre une quarantaine de djihadistes étrangers en provenance de pays variés. « Des Indonésiens, des Malaisiens, au moins un Pakistanais, un Saoudien, un Tchétchène, un Yéménite, un Indien, un Marocain et un homme avec un passeport turc », égrène le quotidien singapourien. Selon Channel News Asia, cet afflux de combattants internationaux est la preuve de l’émergence de l’organisation terroriste dans la région. L’Indonésie, qui estime qu’une quarantaine de ses ressortissants seraient déjà partis rejoindre l’EI aux Philippines, a intensifié la surveillance de ses côtes afin de stopper l’hémorragie. Ses provinces de Kalimantan et de Sulawesi ne sont distantes que de cinq heures en bateau de l’archipel.
Par Emeric Des Closières
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