Politique

Daech à l'attaque en Asie du Sud-Est : une action coordonnée ?

Des soldats philippins arrivent en renfort au camp militaire de Marawi dans l'île méridionale de Mindanao le 25 mai 2017, quelques jours après l'attaque de la ville par des islamistes affiliés à Daech. (Crédits : AFP PHOTO / TED ALJIBE)
Des soldats philippins arrivent en renfort au camp militaire de Marawi dans l'île méridionale de Mindanao le 25 mai 2017, quelques jours après l'attaque de la ville par des islamistes affiliés à Daech. (Crédits : AFP PHOTO / TED ALJIBE)
Que prépare Daech en Asie du Sud-Est ? L’attaque de Marawi aux Philippines ce mardi 23 mai serait en lien direct avec la série d’attentats qui a secoué l’Indonésie et la Thaïlande depuis le début de la semaine. En difficulté sur ses terres syriennes, le groupe État Islamique tente toujours de s’implanter durablement en Asie.
Les Philippines subissent-elles une « invasion terroriste » ? Alors que le bilan des combats à Marawi s’est encore alourdi à 44 morts, des combattants étrangers se trouvent bien parmi les attaquants abattus par les forces de l’ordre, rapporte le Philippine Star. Selon le général de brigade Restituto Padilla, des citoyens malaisiens, indonésiens et singapouriens feraient partie des combattants. Située sur l’île de Mindanao, la ville de Marawi, 200 000 habitants, s’est embrasée après que des assaillants, drapeau de Daech au poing, ont attaqué un poste de l’armée. Une action terroriste en représailles contre un raid des forces philippines dans une cache suspectée d’Isnilon Hapilon, l’un des leaders d’Abou Sayyaf, désigné par Daech comme l’un de ses coordinateurs en Asie, rappelle le Straits Times. Le groupe État Islamique serait donc bien en train de s’implanter au sud du pays, dans cette île à majorité musulmane. Pour Jose Calida, l’avocat général des Philippines, cela ne fait aucun doute : « Ce qui se passe à Mindanao n’est plus une révolte de citoyens philippins. Cela s’est transformé en une invasion de terroristes étranger qui répondent à l’appel de l’EI. » Or une « invasion » est l’une des deux seules conditions prévues par la constitution philippine pour déclarer la loi martiale. Ce qu’a fait le président Rodrigo Duterte ce mardi 23 mai.
Ce qui se passe sur l’archipel est loin d’être un cas isolé. Dès le lendemain, mercredi 24 mai, Jakarta a subi deux attaques à la bombe. Frappant autour de la station de bus Kampung Melayu, ces explosions visaient les policiers encadrant un cortège de célébration pour le début du Ramadan en Indonésie. Daech, via son son agence de presse Amaq, a revendiqué ce double attentat ce vendredi 26 mai, confirme le Jakarta Globe. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière dans le pays depuis janvier 2016. La police indonésienne a arrêté ce vendredi trois suspects en lien avec ces attaques et aurait identifié l’un des deux kamikazes. Pour le Jakarta Globe, l’un des deux terroristes serait lié à l’organisation Jemaah Ansharut Daulah, qui regroupe des sympathisants de l’État Islamique, et qui est responsable d’une autre attaque à Bandung en février dernier.
Ces attaques dans différents pays du Sud-Est asiatique sont-elles reliées ? C’est en tout cas ce qu’a déclaré le vice-premier ministre malaisien Ahmad Zahid Hamidi ce vendredi lors d’une conférence de presse à Kuala Lumpur, citée par le Straits Times. Elles seraient liées à la mort d’un Malaisien membre de Daech, Muhammad Wanndy Mohamed Jedi, lors d’un raid sur Raqqa en Syrie le 29 avril dernier. D’après l’agence malaisienne de renseignements, Jedi aurait mis sur pied un réseau terroriste en Asie du Sud-Est appelé « Katibah Nusantara ». Ainsi, affirme le ministre Hamidi, les attaques qui ont frappé les Philippines, l’Indonésie, mais aussi l’hôpital de Bangkok ce lundi 22 mai, sont toutes l’œuvre de l’EI par le biais de cette organisation. De nouvelles attaques seraient d’ailleurs à prévoir et la Malaisie est également menacée.
Nous le rappelions au lendemain des attentats du 13-novembre à Paris, l’Asie est loin d’être épargnée par les agissements de Daech et de ses sympathisants. En octobre 2016, la Malaisie avait déjà renforcé son contrôle aux frontières de peur que la bataille de Mossoul ne pousse ses 90 ressortissants ayant rejoint l’EI à revenir au pays. Avec la difficulté croissante que rencontrent les apprentis djihadistes asiatiques pour rejoindre le califat, beaucoup risquent de se rabattre sur des zones de front plus proches. L’île philippine de Mindanao, en proie à la guerre civile depuis des décennies, semble un terrain de bataille tout trouvée pour poursuivre le djihad.
Emeric Des Closières
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