Politique
L'Asie du Sud dans la presse

Inde : les raisons de la nouvelle "vague Modi" aux élections locales

Les supporters du BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir, célèbrent le festival Holi en brandissant le portrait du Premier ministre Narendra Modi après l'annonce de l'écrasante victoire de son parti aux élections du parlement de l'Uttar Pradesh le 11mars 2017 à Calcutta. (Crédits : Debajyoti Chakraborty/NurPhoto/via AFP)
Les supporters du BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir, célèbrent le festival Holi en brandissant le portrait du Premier ministre Narendra Modi après l'annonce de l'écrasante victoire de son parti aux élections du parlement de l'Uttar Pradesh le 11mars 2017 à Calcutta. (Crédits : Debajyoti Chakraborty/NurPhoto/via AFP)
C’était un test crucial pour l’avenir politique du Premier ministre indien Narendra Modi. Contre toute attente, son parti nationaliste hindou, le BJP, a remporté haut la main deux des cinq élections locales de ce samedi 11 mars. Sur cinq États fédérés renouvelant leur assemblée, Le parti de Modi en a gagné deux à la majorité absolue, dont l’Uttar Pradesh, le plus peuplé de l’Union indienne, et a pu former une coalition de gouvernement à Goa et Manipur. Comment expliquer un tel succès ? La presse indienne revient sur cette victoire surprise qui renforce le chef du gouvernement malgré la très controversée campagne de démonétisation.
Un « tsunami », une nouvelle « vague Modi ». Les commentateurs politiques ont tous été pris de court. Même le Premier ministre indien a été surpris. Dans un raz-de-marée électoral sans précédent depuis la victoire du Janata en 1977, le BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir, a obtenu 312 sièges sur 403 à la chambre basse de l’État de l’Uttar Pradesh. Le BJP a également remporté les élections dans les États de l’Uttarakhand (majorité absolue), de Goa et de Manipur (arrivé deuxième, il a formé une coalition de gouvernement), perdant le scrutin dans le Penjab. Mais peu importe si le « grand chelem » n’a pas été réalisé. Les résultats de l’Uttar Pradesh ont marqué les esprits. Avec ses 200 millions d’habitant, l’État fédéré le plus peuplé de l’Union indienne constituait naturellement un enjeu clé dans ces élections régionales. C’est que Modi avait ainsi l’occasion de mesurer les effets électoraux de sa soudaine campagne de démonétisation des billets de 500 et 1000 roupies (80% de l’argent liquide) en fin d’année 2016 (lire notre article). Force est de constater que cette opération anti-corruption, contre l’argent sale et l’évasion fiscale a rendu le chef du BJP toujours plus populaire, trois ans après son arrivée au pouvoir en 2014.

Pour le Straits Times, cette victoire ainsi repose avant tout sur les épaules du Premier ministre. Les Indiens n’ont pas voté pour le parti nationaliste hindou mais « pour le charisme de Modi ». Cela posé, le quotidien singapourien met aussi en avant la « stratégie électorale » du bras droit de Modi, Amit Shah, le chef du BJP dans l’Uttar Pradesh. Première facette de cette stratégie : le parti nationaliste hindou n’a pas choisi un seul candidat musulman pour ces élections ; ce qui à première vue était risqué dans la mesure où l’Uttar Pradesh a pourtant une population musulmane considérable – 20% environ des habitants de l’État. Et pourtant, il faut croire que cette stratégie a été payante puisque la plus grande partie des sièges dominés par les musulmans est revenue au BJP.

La victoire du parti doit peu au facteur religieux, souligne ainsi The Hindu. Pour le quotidien, cette élection doit être comprise en termes de consolidation des castes contre la politique particulariste. Le triomphe du BJP découle de « l’incapacité des autres partis à rallier » et répondre aux attentes des différentes castes. Jusqu’à présent, note The Hindu, les Indiens votaient plutôt « contre un parti », se sentant incompris et « délaissés par les élites politiques », « préférant voter pour des candidats indépendants ». C’est là que le BJP a su « innover » : il s’est ouvert à l’ensemble des castes indiennes, y compris les Intouchables. Contrairement au Parti Bahujan Samaj (BSP) ou au Parti Samajwadi (SP), qui sont généralement associés à une caste (les Jatavs ou les Yadavs), le parti de Modi s’est posé comme un parti « sans caste ». Il s’est ainsi « éloigné de la politique de la caste purement supérieure », et de « consolider et mobiliser ces groupes contre le BSP et le SP », affirme le site Firstpost.

Après cette écrasante victoire. Tous les regards sont maintenant tournés vers les prochaines échéances nationales. Le Premier ministre est déjà « en campagne pour les élections législatives de 2019 », constate le Times of India. Selon des experts américains cités par le journal, Narendra Modi a même toutes les chances d’obtenir un nouveau mandat à la tête du gouvernement indien. Le Premier ministre s’est d’ailleurs projeté bien au-delà : « Je ne vis pas en fonction des calculs électoraux, a-t-il déclaré dans son discours victorieux ce dimanche 12 mars. Mon objectif est 2022, pas 2019. 2022 marquera les 75 ans de l’indépendance de l’Inde. Nous avons cinq ans pour contribuer à changer l’Inde. »

Par Sarah Suong Mazelier
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