Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Kim Jong-nam empoisonné au VX : l'ombre des armes chimiques de Pyongyang

Le chef de la police royale malaisienne Khalid Abu Bakar lors d'une conférence de presse sur l'assassinat de Kim Jong-nam, demi-frère de Kim Jong-un, à Kuala Lumpur le 22 février 201. (Crédits : AFP PHOTO / Manan VATSYAYANA)
Le chef de la police royale malaisienne Khalid Abu Bakar lors d'une conférence de presse sur l'assassinat de Kim Jong-nam, demi-frère de Kim Jong-un, à Kuala Lumpur le 22 février 201. (Crédits : AFP PHOTO / Manan VATSYAYANA)
Nouvelle révélation embarrassante pour Pyongyang. Kim Jong-nam a été empoisonné avec l’agent neurotoxique VX le 13 février dernier à l’aéroport de Kuala Lumpur. Plus encore, l’une des suspectes arrêtées a été contaminée par ce même agent chimique considéré comme une arme de destruction massive par l’ONU.
Ce n’est pas n’importe quel poison qui a tué Kim Jong-nam. Le 13 février à l’aéroport de Kuala Lumpur, le demi-frère de Kim Jong-un a été assassiné avec de l’agent neurotoxique VX, « inodore, sans saveur et hautement toxique », a révélé la police malaisienne ce vendredi 24 février, rapporte le Korea Times. Des traces de ce liquide ont étés détectées sur le visage et les yeux de la victime ; ce qui concorde avec les images des caméras de sécurité où l’on voit deux femmes appliquer au visage de Kim une matière jusqu’alors inconnue. Or le VX est considéré comme le plus mortel des agents toxiques jamais créés. Un simple contact avec la peau est suffisant pour causer un « dysfonctionnement fatal du système nerveux », précise le think tank américain Council of Foreign Relations cité par le South China Morning Post.

Pire encore : le Dissoprophylaminoethyl methylposphonothiolate sous son appellation chimique, est classé par les Nations Unies comme une arme de destruction massive. Cet agent très dur à détecter, ajoute le South China Morning Post, est 100 fois plus mortel que le gaz sarin, utilisé durant l’attentat meurtrier du métro de Tokyo en 1995. Une forte dose de VX entraîne une perte de conscience, une paralysie, suivie par un arrêt cardiaque, précise encore Channel News Asia. Auparavant, les médias malaisiens expliquaient le décès de Kim Jong-Nam par une insuffisance respiratoire sur la route de l’hôpital. Une interprétation jugée contradictoire par la Corée du Nord, qui dénonçait une entente entre la Malaisie et le « superviseur du complot », la Corée du Sud (lite notre article).

Autre révélation ce vendredi : l’une des deux suspectes arrêtées a été contaminée et souffre des effets du VX, selon l’inspecteur général de la police malaisienne Khalid Abu Bakar. « Elle vomissait », a-t-il déclaré, indique le Straits Times. Immédiatement, la police Malaisienne a mandaté des experts afin de vérifier si les différents suspects avaient pu contaminer leur environnement, notamment sur la scène du crime au terminal de l’aéroport de Kuala Lumpur, rapporte Channel News Asia.

L’utilisation de cet agent neurotoxique rend encore plus crédible la thèse d’un assassinat organisé au plus haut niveau par Pyongyang. C’est en tout cas l’avis d’experts américains et sud-coréens. Premier argument : même si la Corée du Nord a toujours démenti posséder des armes chimiques, elle en a pourtant les capacités, estime le Nuclear Threat Inititiative (NTI) cité par le South China Morning Post. « Nous croyons que la Corée du Nord dispose d’importants stocks de VX, qui peuvent être produit à moindre coût », affirme Lee Il-Woo, expert sud-coréen en matière de défense.

Second argument défendu par la Corée du Sud, indique le South China Morning Post : l’assassinat a été orchestré par le Reconnaissance General Bureau (RGB) à Pyongyang. Cette agence de renseignements est responsable des opérations clandestines. En mars 2016, les Nations Unies l’ont sanctionnée pour son rôle actif dans le commerce des armes de la Corée du Nord. Ce mercredi 22 février, la police malaisienne a arrêté Ri Jong-chol, un Nord-Coréen résidant en Malaisie. Un fait révélateur d’après Jang Jin-sung, déserteur et ancien fonctionnaire au Département du Front uni du Parti des Travailleurs de Corée du Nord. L’utilisation de Nord-Coréens basés à l’étranger comme Ri a, selon Jang, toutes les caractéristiques d’une opération dirigée par le « Bureau 35 », une unité d’élite spécialisée dans la formation des espions.

Par Benjamin Giraudeau
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