Politique
L'Asie du Sud-Est dans la presse

Kim Jong-nam : pourquoi la brouille s'aggrave entre Pyongyang et Kuala Lumpur

Des manifestants malaisiens devant l'ambassade de Corée du Nord à Kuala Lumpur le 23 février 2017. (Crédits : Mohd Daud/NurPhoto)
Des manifestants malaisiens devant l'ambassade de Corée du Nord à Kuala Lumpur le 23 février 2017. (Crédits : Mohd Daud/NurPhoto)
« Etat voyou » ! « Enquête politique » ! Les insultes fusent entre Pyongyang et Kuala Lumpur. Cela paraît clair aux yeux de la Corée du Nord : la Malaisie est « responsable » de l’assassinat de Kim Jong-nam et « fabriquerait des preuves ». Hier mercredi 22 février, la police malaisienne a déclaré qu’un diplomate nord-coréen serait derrière le meurtre du demi-frère de Kim Jong-un. Inacceptable pour Pyongyang.
Une « attitude hostile ». La Corée du Nord n’a pas ménagé ses reproches à la Malaisie ce jeudi 23 février par la voix de la KCNA, son agence de presse citée par le Straits Times. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les relations entre les deux États traversent un gros coup de froid depuis l’assassinat de Kim Jong-nam, demi frère de Kim Jong-un, à l’aéroport de Kuala Lumpur le 13 février dernier. Après avoir arrêté un premier suspect, la police malaisienne a affirmé soupçonner huit ressortissants nord-coréens, dont un diplomate.

La polémique a commencé d’enfler ce lundi 20 février quand le quotidien britannique The Telegraph a révélé que les deux principales suspectes de cette affaire se cachaient dans l’ambassade de Corée du Nord à Kuala Lumpur. Le second secrétaire de l’ambassade, Hyon Kwang-song, serait selon des sources malaisiennes « le superviseur exclusif de ce complot », rapporte le Korea Times. La police de Kuala Lumpur souhaite maintenant interroger Hyon, mais elle risque de se heurter à la mauvaise volonté des Nord-Coréens, qui ne semblent pas encore prêts à lever son immunité.

Au contraire, Pyongyang avance des accusations de complot. La Malaisie mènerait ainsi l’enquête en bonne « entente » avec la Corée du Sud. Selon KCNA, citée par le Korea Times, « les actes des Malaisiens coïncident avec le racket anti-nord-coréen lancé par la Corée du Sud ». Kuala Lumpur avait initialement informé Pyongyang du décès d’un « citoyen nord-coréen possédant un passeport diplomatique, des suites d’un état de choc soudain et préalablement à son embarcation pour Macao ». Mais la Malaisie a rapidement « changé de position », dénonce KCNA, après la publication d’un « rapport sud-coréen » sur une mort par empoisonnement de Kim Jong-nam, indique le Straits Times.

Face à ces accusations jugées « conspirationnistes », la Malaisie a répliqué vivement ce jeudi. La Corée du Nord est un « État voyou », a déclaré le ministre de la Culture Mohamed Nazri Abdul Aziz, cité par le Strait Times. Pyongyang doit « respecter la souveraineté » malaisienne, a ajouté le vice-premier ministre Ahmad Zahid Hamidi, rapporte un autre article du quotidien singapourien.

La brouille tourne donc à l’escalade verbale après le rappel de l’ambassadeur malaisien à Pyongyang et la convocation de son homologue nord-coréen à Kuala Lumpur le 20 février dernier. Kang Chol, dont le Straits Times dresse un portrait « combatif », avait « franchi la ligne rouge » et commis une « irrégularité diplomatique », selon les mots du ministre de la Défense Datuk Seri Hishammuddin Hussein. Kang avait d’abord demandé à la Malaisie de transférer le corps de Kim Jong-Nam à l’ambassade nord-coréenne, avant d’accuser l’enquête menée par la police malaisienne d’être « motivée politiquement » et peu crédible « sans une [démarche] commune aux deux gouvernements ». Réponse du ministère malaisien de la Défense : « Quelles que soient les affaires criminelles, elles doivent faire l’objet d’une enquête en vertu de la loi du pays dans lequel elles ont été commises. »

Par Benjamin Giraudeau
A propos de l'auteur