Economie
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Chine : Jack Ma et la "promesse" d'un million d'emplois à Trump

Le président-élu américain Donald Trump et le Jack Ma, Pdg d'Alibaba, géant chinois de l'e-commerce, à la Trump Tower le 9 janvier 2016.
Le président-élu américain Donald Trump et le Jack Ma, Pdg d'Alibaba, géant chinois de l'e-commerce, à la Trump Tower le 9 janvier 2016. (Crédits : Reuters/Mike Segar ; Source : Quartz)
« Great meeting ! » Hier, lundi 9 janvier, le président-élu américain Donald Trump a rencontré le millionnaire chinois, et fondateur du groupe Alibaba, Jack Ma à la Trump Tower. Une discussion centrée autour de deux points cruciaux pour l’ancien candidat républicain : « la création d’emplois aux États-Unis et le commerce vers l’Asie. » Si cette discussion a été qualifiée de « très intéressante » par les deux hommes d’affaires, les avis des commentateurs et autres spécialistes économiques, des États-Unis à la Chine, sont pour autant plus nuancés.
La rencontre entre le prochain président américain et l’un des hommes les plus riches de Chine a été soigneusement mise en scène pour les médias. En effet, la création d’emplois aux États-Unis est l’une des promesses phares de Donald Trump, et c’était tout l’intérêt de ses discussions avec le PDG d’Alibaba, géant chinois de l’e-commerce, qui pourrait « créer un million d’emplois aux États-Unis ». Comment ? « En permettant à un million de PME américaine de vendre leurs produits en Chine et en Asie », rapporte le site d’information singapourien Channel News Asia.
A l’issue de l’entrevue, le tycoon chinois septuagénaire s’est réjoui que « lui et Donald Trump partagent la même vision des relations sino-américaines qui doivent être renforcées, plus amicales et plus efficaces. » Faut-il y voir la fin de la « brouille » sino-américaine née des dernières déclarations sur Twitter du président-élu jugées offensantes par Pékin ? Peut-être, répond le très nationaliste quotidien chinois Global Times dans son éditorial. En effet, « la coopération économique [entre les deux pays, NDRL] se doit d’être mutuellement bénéfique, sinon, si elle est à sens unique, elle ne durera pas longtemps ». C’est pourquoi « Jack Ma est venu aux Etats-Unis dans le but de développer encore plus sa compagnie et non pour « présenter ses hommages » à Trump », commente le quotidien de Pékin.

A ce titre, et la Chine et l’Amérique pourront bénéficier de cette « stratégie où tout le monde est gagnant » car « l’expansion d’Alibaba aux États-Unis va revitaliser les PME et l’agriculture américaines ; le tout sans que la Chine ne perde d’emplois ». Ainsi, il ne reste à Washington qu’à « changer son état d’esprit car nombreuses sont les compagnies chinoises à souhaiter faire de même », annonce le Global Times, comme « la compagnie de télécommunications Huawei qui a été depuis longtemps tenue à l’écart du marché américain ».
« Une position ferme n’étant jamais un raccourci vers la prospérité, » le prochain président américain se doit « d’envisager les relations avec la Chine de manière plus rationnelle », conclut l’éditorialiste. Avis que semble partager l’un des contributeurs du quotidien économique américain Forbes qui voit dans cette rencontre le signe d’un début « d’échanges commerciaux sino-américains placés sur une note positive ».

Vraiment ? C’est le début d’un commerce prospère et rééquilibré entre les deux superpuissances ? Pas du tout, clame de son côté Jennifer Booton, sur le site MarketWatch : « Alibaba ne créera pas un million d’emplois aux États-Unis ». La journaliste encourage chacun à « ne surtout pas croire » aux promesses du richissime Jack Ma. En effet, tout cela n’est qu’un « effet de levier » et un « gigantesque coup de publicité » : Alibaba désire avant tout étendre les services de sa plateforme de e-commerce en dehors de Chine – et notamment aux États-Unis, espérant ainsi qu’un plus grand nombre d’entreprises américaines vendront leurs produits via ses services et pourront répondre à une demande accrue en Chine. Il ne s’agit donc pas ici d' »emplois » au sens traditionnel du terme, mais bien plus de « personnes appartenant à un réseau de vendeurs autonomes utilisant la plateforme Alibaba, autant que les autres plateformes de e-commerce existantes ». Ce qu’a d’ailleurs confirmé plus tard l’un des porte-paroles du groupe chinois à la journaliste.
Même son de cloche dans les colonnes du pure player Quartz. Le site américain n’hésite pas à rappeler dès son titre que Jack Ma est avant tout « l’un des plus notoires voleurs de la propriété intellectuelle américaine ». Et d’évoquer le prix de la fameuse casquette rouge du candidat sur laquelle est inscrit son slogan de campagne « Make America Great Again ». Cette dernière se vend 25 dollars sur le site officiel du président-élu alors que sa semblable est disponible sur Taobao – filiale chinoise du groupe de e-commerce Alibaba – pour 0,25 dollars. Au final, que penser de cette rencontre Ma-Trump ? « Coup d’épée dans l’eau » ou réelle avancée dans les relations économiques sino-américaines ? Dans tous les cas, l’affaire est entendue pour le groupe Alibaba qui a vu son cours crédité de + 1,1 % dès l’ouverture de la bourse de New York hier lundi.
Par Antoine Richard

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