Economie
L'Asie du Sud dans la presse

Inde : le paiement par Internet peut-il remplacer les billets démonétisés ?

Sur le papier, la démonétisation pourrait être une aubaine pour le secteur indien des technologies de l'information. Mais le pays est-il prêt au développement d'une économie sans monnaie ? Copie d'écran de The Indian Express, le 23 novembre 2016.
Sur le papier, la démonétisation pourrait être une aubaine pour le secteur indien des technologies de l'information. Mais le pays est-il prêt au développement d'une économie sans monnaie ? Copie d'écran de The Indian Express, le 23 novembre 2016.
La question peut paraître candide dans un pays comme le Japon ou la Chine. Mais en Inde, l’idée de favoriser au plus vite les transactions en ligne pour pallier la démonétisation soudaine des billets de 500 et de 1000 roupies semble aussi audacieuse – folle ? – que la démonétisation elle-même. En effet, les habitants des zones rurales sont loin de tous avoir un compte bancaire, ni même accès à Internet…
Supprimer les frais des transactions opérées par smartphones, mais aussi par des téléphones portables classiques, c’est le pari du gouvernement indien. Objectif : « alléger la charge » de la démonétisation, qui pèse notamment sur les paysans, souligne le Times of India. Il y a près de deux semaines, 24 milliards de billets de 500 et 1000 roupies ont été déclarés inutilisables du jour au lendemain dans le but d’endiguer la corruption et « l’argent noir ».
Les grandes entreprises du Net s’en réjouissent. D’après elles, la démonétisation peut en effet aider la croissance du numérique, affirme le site Gadgets Now. Une nouvelle particulièrement bien accueillie alors que l’élection de Donald Trump et le Brexit font planer l’incertitude sur le secteur. Le président de la NASSCOM (organisme professionnel indien des entreprises de services informatiques) résume : « L’industrie indienne des technologies de l’information sera la principale bénéficiaire de la démonétisation si elle est capable de s’adapter aux solutions requises. »
Mais l’Inde elle-même est-elle prête au développement d’une économie sans monnaie fiduciaire ? C’est l’interrogation du quotidien The Indian Express. Car si les urbains ont tendance à posséder plusieurs cartes de crédit et autant de comptes bancaires, bon nombre de ruraux n’en ont aucun et ne sont pas familiarisés avec les paiements en ligne. Le quotidien déplore ainsi un manque de pénétration des services digitaux sur le territoire indien. A cela s’ajoute un taux d’alphabétisation plus faible dans les campagnes, empêchant une utilisation d’Internet adaptée aux transactions numériques, ainsi que le poids de l’économie informelle – « premier employeur du pays » – dont le fonctionnement repose essentiellement sur l’argent liquide.
Mais les efforts de New Delhi ne concernent pas que les paiements en ligne. Le secrétaire indien aux Affaires économiques, Shaktikanta Das, a ainsi déclaré que 82 000 distributeurs ont désormais été recalibrés : ils peuvent délivrer les nouveaux billets de 2 000 roupies, dont la taille et le poids ne permettaient pas une prise en charge par les anciens DAB. Les frais prélevés sur les retraits ont également été supprimées, rapporte The Indian Express dans un autre article.
Qu’on se le dise : treize jours après cette démonétisation surprise, le gouvernement peine toujours à trouver des ajustements afin de limiter l’impact sur la vie quotidienne des Indiens. Mais malgré les inégalités criantes entre riches et pauvres face à cette politique, Narendra Modi trouve toujours un soutien dans les campagnes, rapporte le site Firstpost. Plusieurs reporters dépêchés dans les zones rurales à travers le pays tweetent les propos d’habitants convaincus par la politique de leur Premier ministre : « Si Modi l’a fait, c’est bien parce que cela doit être bon », déclare l’un d’entre eux. Pourtant, la démonétisation a déjà causé la mort de près de 50 Indiens.
Par Alexandre Gandil

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