Economie
L'Asie du Sud dans la presse

Inde : en guerre contre l'argent noir, Modi face à la panique des billets démonétisés

A New Delhi, files d'attente interminable pour retirer du liquide au distributeurs. (Source : PTI photo by Vijay Verma) Copie d'écran du site Indian Express, le 14 novembre 2016.
A New Delhi, files d'attente interminable pour retirer du liquide au distributeurs. (Source : PTI photo by Vijay Verma) Copie d'écran du site Indian Express, le 14 novembre 2016.
Modi perdra-t-il le contrôle de sa lutte anti-corruption ? Dans un geste qui a surpris tout le pays, le Premier ministre a ordonné la démonétisation de 24 milliards de billets de 500 roupies (près de 7 euros) et de 1000 roupies (plus de 13 euros) afin de lutter contre la fraude fiscale et l’argent sale. Ce qui a touché plus de 80 % des liquidités des Indiens, pris dans des files d’attente interminables depuis le 10 novembre pour espérer retirer de l’argent au distributeur. Ce lundi 14 novembre, le gouvernement a assoupli les mesures pour éviter le chaos.
Il fallait réagir. Alors que l’exaspération monte au sein de la population et que l’opposition crie au scandale, le Premier ministre Narendra Modi et son cabinet ont annoncé ce lundi des mesures spéciales. Les « vieux » billets de 500 et 1000 roupies seront encore utilisables jusqu’au 24 novembre pour « certaines catégories de paiement », dont les soins hospitaliers, rapporte le quotidien Indian Express. En effet, la date-butoir tombait ce lundi 14 novembre.

Par ailleurs, selon Shaktikanta Das, le secrétaire aux Affaires économiques, les distributeurs mettront à disposition des billets de 2000 roupies (plus de 27 euros) dans les 24 prochaines heures. Le plafond de détention d’argent liquide à été élevé à 50 000 roupies et l’autorisation a été donnée de tirer de l’argent plusieurs fois par jour au lieu d’une seule fois jusque-là. Pour faire face à la pénurie de cash dans les campagnes indiennes, les distributeurs dans les bureaux de poste disposeront de 130 000 roupies (1700 euros), et le gouvernement portera à 250 000 roupies (3400 euros) les liquidités disponibles par ATM en zone rurale. Pour compléter, un « grand nombre » de « micro-distributeurs » seront placés partout dans le pays, a encore annoncé Shaktikanta Das.

Pour mener cette vaste opération de recalibrage, une « task force » composée de fonctionnaire de la Banque centrale a été missionnée. « La banque centrale indienne nous a informé qu’il restait suffisamment de cash dans le système, a voulu rassurer le secrétaire aux Affaires économiques. Il n’y a donc aucune de raison de paniquer. La situation va s’améliorer dans les prochains jours. » Le gouvernement de Narendra Modi espère ainsi en finir avec les files interminables qui pourraient déclencher une colère sociale incontrôlable.

Alors que le parti du Congrès a vivement critiqué cette opération de démonétisation, Modi a répondu de façon cinglante : « Après la démonétisation, les pauvres peuvent dormir sur leurs deux oreilles, tandis que les riches se ruent sur leurs somnifères. » L’objectif du Premier ministre est de s’attaquer à l’économie informelle qui pourrait représenter l’équivalent de 450 milliards d’euros, soit le cinquième du PIB indien. Le gouvernement souhaite aussi lutter contre une fraude fiscale massive : seul 3 % de la population acquitte des impôts sur le revenu.
Sans nier l’utilité de ce « big bang » contre l’« argent noir », une partie de la presse indienne souligne quand même qu’il aurait pu viser d’abord les franges les plus riches de la population. Ainsi, pour le site Firstpost, les plus touchés par la démonétisation sont les employés sous contrat et les travailleurs migrants. « Ils sont payés à la journée et pour peu que leur employeur n’ait pas provisionné leur salaire à la fin du jour ou qu’il leur verse un salaire en grosse coupure comme les billets de 2000 roupies pour lesquels il est difficile de faire de la monnaie, la situation peut devenir terrible », prévient le journal numérique.
Vu des autres pays d’Asie, l’affaire ne manque pas d’intéresser. En particulier en Chine, dont l’avis souvent condescendant ne cesse de chatouiller la presse indienne. Ainsi le quotidien officiel Global Times a salué une mesure « audacieuse » de la part de Modi. « Mais pour libérer un pays de la corruption, il faut faire davantage qu’interdire des billets de banque », constate, non sans malice, l’éditorial chinois. Pour faire bien, le Premier ministre indien devrait s’inspirer de la lutte anti-corruption de Xi Jinping. Et de vanter les réformes « systémiques » qui ont conduit à arrêter des « tigres », ces hauts cadres du Parti-Etat condamnés pour détournement de fonds et fraude fiscale. En Inde, prévient le Global Times, il faudra aller au-delà de l’interdiction des billets de banque, car à l’argent sale, les fraudeurs substitueront leurs réserves en or, leurs actifs immobiliers ou offshore. Et les Chinois savent de quoi ils parlent !
Par Joris Zylberman

Les autres faits du jour en Asie du Sud

Pakistan : la famille Sharif accusée par Irman Khan, leader de l’opposition (PTI) d’avoir blanchi 145 millions de roupies pour éviter le fisc, rapporte Dawn

Cachemire : 7 soldats pakistanais tués dans des échanges de tir avec les forces indiennes sur la ligne de contrôle, selon le gouvernement d’Islamabad, rapporte The Hindu

A propos de l'auteur