Revue de presse Asie - 19 octobre 2016

Contrôle des expatriés thaïlandais, croissance chinoise et modèle israélien en Inde

Le gouvernement thaïlandais a décidé de contrôler les publications de ses expatriés sur les réseaux sociaux, mais ne dispose d'aucun recours juridique en cas de critique la monarchie. Copie d'écran du Jakarta Post, le 19 octobre 2016.
Le gouvernement thaïlandais a décidé de contrôler les publications de ses expatriés sur les réseaux sociaux, mais ne dispose d'aucun recours juridique en cas de critique la monarchie. Copie d'écran du Jakarta Post, le 19 octobre 2016.

Asie du Sud-Est

The Philippine Star – Pékin et Manille parviendront-ils à mettre de côté leur conflit en mer de Chine du Sud ? Alors que Rodrigo Duterte rend visite à Xi Jinping à Pékin, les deux dirigeants marquent leur désir de renforcer leur alliance et de trouver un compromis sur la question du récif de Scarborough. Manille revendique cette zone contrôlée par Pékin et craint que ce dernier n’entame une poldérisation de ce récif riche en ressources halieutiques. Les relations entre les deux Etats s’étaient fortement dégradées le 12 juillet dernier : la Cour permanente d’arbitrage de la Haye avait conclu qu’aucun pays n’avait de droit souverain sur cette zone et la Chine refuse depuis de reconnaître le verdict. Mais dans ce climat d’apaisement des tensions, Pékin et Manille semblent prêts à un accord sur la pêche. Ils devraient réfléchir à des façons de coopérer dans le domaine, développant l’aquaculture et les nouvelles formes de pêche. Une douzaine de protocoles d’entente devraient donc être signés.

Par ailleurs, la Chine a affirmé soutenir la lutte contre la drogue aux Philippines qui a pourtant déjà provoqué la mort de plus de 3 700 personnes depuis juillet dernier, rapporte le Philippine Star dans un second article. Cette guerre anti-drogue a été condamnée par la majorité des pays occidentaux dont les Etats-Unis et l’Union européenne. « Au lieu de nous aider, alors que nous en avons besoin, ils nous critiquent. La Chine, elle, ne nous a jamais critiqués », a lancé Rodrigo Duterte. Depuis plusieurs semaines, le président philippin crie haut et fort vouloir se rapprocher de Pékin et de Moscou, tout en lançant des tirades violentes contre Washington.

The Jakarta Post – Le gouvernement thaïlandais bien décidé à traquer les critiques envers le roi. Six jours après la mort du souverain, la junte militaire au pouvoir a les yeux rivés sur les réseaux sociaux. Et si elle veut surveiller les messages postés par les Thaïlandais vivant sur le territoire, elle compte aussi inspecter les comptes des ressortissants vivant à l’étranger. Pour autant, la junte reconnaît qu’elle n’a aucun recours juridique si un Thaïlandais expatrié critiquait le roi sur les réseaux sociaux puisqu’il ne dépendrait plus de la juridiction thaïlandaise, qui punit la lèse-majesté très sévèrement.

Dimanche dernier, une femme a été arrêtée sur l’île de Phuket, accusée d’avoir critiqué le roi défunt. La police l’a obligé à s’agenouiller devant l’un des nombreux portraits du monarque et à s’excuser. La junte a par ailleurs appelé le peuple thaïlandais à « sanctionner » ceux qui critiquent la monarchie.

Pendant ce temps, la princesse Maha Chakri Sirindhron organise les funérailles de son père prévues du 22 au 24 octobre. Parfois pressentie pour la succession au trône et jouissant d’une très bonne réputation auprès des Thaïlandais, elle s’est exprimée hier devant le Palais royal de Bangkok où nombre de ses sujets étaient venus rendre hommage au roi, rapporte le Bangkok Post. « Nous sommes ici pour exprimer nos condoléances parce que nous sommes une famille. Le roi est notre père, notre père à tous. Nous devons nous soutenir les uns et les autres et nous aider à avancer », a t-elle lancé à la foule qui scandait quant à elle « Longue vie à la princesse ». Cette célébrité tranche avec la mauvaise réputation du prince Maha Vajiralongkorn, héritier légitime, qui devrait pourtant bientôt s’asseoir sur le trône de son père.

Myanmar Times – Les ONG privées d’accès à l’Etat Rakhine. Alors qu’en juillet dernier, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies avait décidé de couper les aides aux personnes quittant les camps de déplacés dans la région (voir notre revue de presse du 30 septembre), il a décidé de les remettre en oeuvre à la suite des violences qui font rage depuis le 9 octobre dernier et qui ont entraîné le déplacement de centaines de personnes.

Mais l’organisation onusienne accuse le gouvernement de lui barrer l’accès au nord de la région, épicentre des combats où plus de 70 000 personnes attendent leur ration de nourriture. L’Etat Rakhine est l’une des régions les plus pauvres de la Birmanie et la malnutrition y est généralisée. C’est aussi dans cet Etat que vit la minorité musulmane rohingya. Apatrides et privés de tous droits, les Rohingyas ont une liberté de mouvement limitée, ce qui leur empêche de trouver un travail. Depuis le 9 octobre dernier et l’attaque par des hommes armés de trois postes de police à la frontière avec le Bangladesh, les combats font rage dans cet région en proie à des tensions entre bouddhistes et musulmans. Des centaines de personnes ont fui le nord de la région pour se rendre à Sittwe, la capitale régionale. Le gouvernement a placé la zone sous contrôle militaire empêchant ONG et journalistes de s’y rendre. Mais il assure de son côté fournir de l’aide alimentaire aux personnes déplacées.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Les résultats de la croissance chinoise pour le troisième trimestre 2016 sont tombés. Les mêmes qu’au premier et qu’au deuxième semestre : + 6,7 %. Une stabilisation qui s’explique par le dynamisme du marché intérieur (immobilier et automobile) plus que par la demande extérieure, notent les économistes. Quoi qu’il en soit, ces chiffres pourraient assurer à Pékin une croissance annuelle d’au moins 6,5 %, note le South China Morning Post, avant une année 2017 plus difficile. Car les restrictions imposées sur le marché immobilier et le ralentissement attendu de la production industrielle pourraient bien porter un coup au dynamisme économique du pays. A cela s’ajoute la perspective d’une hausse des taux d’intérêt de la Fed, la banque centrale américaine, qui risque d’engendrer une fuite des capitaux au détriment de la Chine.

Mais pas de quoi inquiéter les autorités de Paris, du moins officiellement. Sheng Laiyuan, porte-parole du Bureau national des statistiques, estime même que « cette performance générale est meilleure que prévue », d’après le Global Times. Pour Pékin, les risques sont « sous contrôle » grâce à une politique économique « s’éloignant du plan de relance » et « privilégiant la maîtrise des risques financiers ».

Le quotidien d’Etat China Daily annonce quant à lui une production industrielle en hausse de 6,1 % sur les trois premiers trimestres de 2016 (de janvier à septembre). Des résultats certes en-deça des prévisions (6,4 %) et de ceux du mois précédent (6,3 %), mais portés par la croissance des secteurs high-tech (+ 10,6 %) et de l’équipement manufacturier (+ 9,1 %).

South China Morning Post – Le South China Morning Post revient de manière détaillée sur une session parlementaire mouvementée, ce mercredi 19 octobre. Les députés pro-Pékin ont en effet décidé de quitter l’hémicycle trois minutes après l’ouverture de la séance (à 11h du matin, heure locale). En cause : l’absence d’excuses présentées par les deux nouveaux élus localistes Sixto « Baggio » Leung Chung-hang et Yau Wai-ching, membres du parti Youngspiration, qui devaient de nouveau prêter serment aujourd’hui – après l’annulation de leur premier serment du 11 octobre. Ils avaient alors ouvertement défié Pékin (voir notre revue de presse du 12 octobre).

Ce boycott, salué par des centaines de manifestants pro-Pékin amassés devant le Legco (Conseil législatif), a porté ses fruits : les deux députés ne pourront prêter serment que la semaine prochaine, annonce le quotidien hongkongais. La séance a finalement été suspendue à 11h19, après « 19 minutes de chaos ». Mais désormais, les pro-Pékin pourraient bien être accusés de « bloquer » le processus législatif, tandis que les démocrates se retrouvent « pieds et poings liés » face à la radicalisation du débat.

The Mainichi – L’information est présentée de manière très prudente par le Mainichi, mais risque bien d’être historique. Le gouvernement nippon pourrait présenter un projet de loi prévoyant une « eventuelle abdication de l’Empereur » lors de la prochaine session extraordinaire de la Diète, en janvier 2017. Un texte qui, s’il voit le jour, se fondera sur les recommandations émises par le comité consultatif établi par Tokyo – dont la première réunion s’est tenue avant-hier lundi 17 octobre (voir notre revue de presse du 18 octobre). Le secrétaire général du Cabinet, Yoshihide Suga, commente : « Nous devons nous focaliser sur l’allègement du fardeau des devoirs officiels de l’Empereur. » Ce qui explique pourquoi la question d’une potentielle succession féminine au trône ne sera pas évoquée par le comité, note le quotidien nippon.

Asie du Sud

The Indian Express – C’est un parallèle étonnant que la presse du sous-continent indien n’a pas manqué de relever. Lors d’un discours de Narendra Modi au Madhya Pradesh, le Premier ministre indien a vanté les mérites de l’armée nationale tout en la comparant à celle d’Israël. Pourquoi ? D’après le quotidien indien Firstpost, la réponse est simple : la mission de Tsahal est de défendre l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale d’Israël via « tous les moyens à sa disposition », ce qui a « un impact phénoménal sur l’ensemble de la structure sociale du pays ». Et l’armée indienne serait sur cette voie. Son « courage » est désormais « évoqué dans tout le pays », explique Modi, « comme ce fut le cas en Israël. » Le Premier ministre a d’ailleurs qualifié le territoire indien de « territoire divin » et « des martyrs », note Scroll.in.

Côté pakistanais, le quotdien Dawn est plus critique, voire acerbe. D’après lui, le parallèle entre l’armée indienne et Tsahal est à trouver dans « les opérations secrètes menées en territoire étranger […] qui constituent leur spécialité » – dressant de fait une comparaison entre le Pakistan et la Palestine. Dans le viseur du journal : les « frappes chirurgicales » opérées par New Delhi le mois dernier, au-delà de la Ligne de Contrôle divisant le Cachemire entre Inde et Pakistan… Modi se serait directement inspiré de la « vigueur israélienne » dans ce domaine.

La tension ne retombe d’ailleurs pas dans la région : 44 personnes ont été arrêtés dans la ville indienne de Baramulla, dans l’Etat du Jammu-et-Cachemire – à la limite de la Ligne de Contrôle. D’après des témoignages, l’ensemble de la vieille ville aurait été passée au peigne fin – ce qui a permis de découvrir des drapeaux pakistanais et chinois, mais aussi des cocktails molotov, des bloc-notes appartenant aux groupes terroristes Lashkar-e-Taiba (LeT) et Jaish-e-Mohammed, des téléphones mobiles et du « matériel séditieux », rapporte le Times of India. En représailles, le LeT a émis des menaces à l’égard du responsable du poste de police de Baramulla.

The Express Tribune – L’Inde et l’Afghanistan tentent-ils d’empêcher l’émergence du corridor économique entre la Chine et le Pakistan ? C’est en tout cas ce que pensent les services de renseignements pakistanais, qui accusent leurs homologues indiens – le RAW – de se fournir en argent, armes et combattants au Balouchistan afin de nuire à Islamabad. Le Pakistan a arrêté en mars dernier un Indien au Balouchistan, à la frontière avec l’Iran, qui a admis travaillé pour les services de renseignements. Une information tout de suite démentie par New Delhi.
The Hindu – La plus grande centrale électrique au charbon du Sri Lanka est tombée en panne. Responsable de plus d’un cinquième de la production nationale d’électricité, l’arrêt de la centrale de Norocholai impose des coupures de courant quotidiennes d’une durée moyenne d’une heure et demi, rapporte The Hindu. Une situation aggravée par la sécheresse qu’a connue l’île ces derniers mois : en temps normal, la production d’hydroélectricité aurait certainement pu compenser la panne – la vingtième depuis l’entrée en service de la centrale en 2011, financée par des investissements chinois. Mais en raison des conditions climatiques, qui ont tari bon nombre de sources hydriques, l’île doit donc envisager d’ouvrir ses réservoirs… Heureusement, « les récentes averses nous aident un peu », tente de se rassurer Sulakshana Jayawardena, directeur du développement au ministère de l’Energie.
Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil et Cyrielle Cabot, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris