Revue de presse Asie - 8 août 2016

"Oui" au référendum thaïlandais, Empereur japonais et attentat-suicide au Pakistan

L'Empereur japonais Akihito a dévoilé à demi-mots son désir d'abdiquer dans une allocation télévisée. Copie d'écran du Straits Times, le 8 août 2016.
L'Empereur japonais Akihito a dévoilé à demi-mots son désir d'abdiquer dans une allocation télévisée. Copie d'écran du Straits Times, le 8 août 2016.

Asie du Sud-Est

Bangkok Post – Après le référendum, l’opposition baisse les armes. La Thaïlande a voté sans heurts hier, dimanche 7 août, en faveur de la nouvelle Constitution présentée par la junte militaire. Pour le Bangkok Post, le Premier ministre Prayuth Chan-ocha doit désormais faire bon usage de la confiance que le peuple thaïlandais lui a accordée en acceptant cette Constitution, qui accorde davantage de pouvoir à l’armée. Le journal appelle les Thaïlandais à accepter le résultat, afin que des élections soient organisées au plus vite, avant décembre 2017. Prayuth doit désormais déverrouiller son contrôle de la liberté d’expression afin d’inclure le peuple thaïlandais dans le processus d’un retour à la démocratie.

La nouvelle Constitution a été acceptée par la majorité des électeurs, avec 15 563 027 votes « pour » (61,40 %), et 9 784 680 votes contre (38,60 %), sur un total de 27,62 millions de suffrages, selon les chiffres avancées par le Bangkok Post. Le résultat officiel ne sera dévoilé que mercredi par la Commission électorale. La seconde question, qui concernait le rôle du Sénat dans l’élection du Premier ministre par la Chambre des représentants, a rencontré une victoire plus mitigée : 58,11 % des électeurs ont voté « pour » et 41,89 % ont voté « contre ». Le Nord-Est, fief des « Chemises rouges », est la seule région où le « non » l’a emporté. Le principal parti d’opposition, le Pheu Thai, a déclaré s’attendre à ce résultat, et interprète cette victoire comme une volonté des Thaïlandais de voir des élections s’organiser au plus vite. « Le parti Pheu Thai continuera à se battre pour que la démocratie soit entièrement rétablie », a affirmé Phumthai Wechayachai, le secrétaire général du parti, rapporte le Bangkok Post. En revanche, Yingluck Shinawatra, fondatrice du parti et Première ministre renversée par le coup d’Etat de 2014, n’a pas été aussi diplomatique : pour la femme politique, cette victoire est un « retour en arrière pour le pays », selon des propos rapportés par le Straits Times.

Myanmar Times – L’Union Solidarity and Development Party (USDP) va-t-il bientôt se remettre sur les rails ? Désavoué par le scrutin de novembre 2015, qui avait vu la Ligue nationale pour la Démocratie l’emporter haut la main, le parti de l’ex-junte militaire se trouve dans la tourmente depuis plusieurs mois. Soumis à des luttes de pouvoir internes, l’USDP a bien du mal à trouver sa place dans l’opposition, sans contrôle sur le calendrier législatif ni même sur le gouvernement, commente le Myanmar Times. Mais avec l’annonce de son congrès tant attendu – et tant de fois repoussé – pour la troisième semaine d’août, l’USDP pourrait bien s’offrir une mue salvatrice. Objectif : mettre en place les réformes nécessaires en vue de remporter les prochaines élections générales de 2020.

Récemment, un rapport interne à l’USDP cité par le Myanmar Times pointait « des faiblesses dans la construction de l’unité du parti, dans la solidification de sa force, dans la persuasion des électeurs, et dans la capacité à faire comprendre ce que le parti a réalisé à l’échelon local. » D’après le quotidien birman, ce congrès devrait confirmer les « purges » effectuées peu avant et après les élections de novembre dernier, cherchant à « refondre son leadership » en nommant de nouveaux chefs régionaux. Le lancement d’un think tank a également été évoqué.

South China Morning Post – La venue de Fidel Ramos en Chine est confirmée. L’ancien président philippin atterrira ce lundi 8 août à Hong Kong. Il a expliqué à ce sujet que, n’ayant aucune autorité, il n’effectuerait aucune négociation concernant les disputes en mer de Chine du Sud. Son seul devoir, en tant qu’envoyé spécial dépêché par l’actuel président Rodrigo Duterte, est de rétablir de bonnes relations entre Manille et Pékin, commente-t-il. Les rapports entre les deux pays sont en effet extrêmement tendus depuis que les Philippines ont saisi la Cour permanente d’arbitrage de La Haye en 2013, concernant les litiges territoriaux que les deux Etats entretiennent en mer de Chine méridionale. Le gouvernement chinois refusant de reconnaître le verdict de la Cour rendu le mois dernier, la situation s’est d’autant plus dégradée en me de Chine du Sud que des exercices militaires continuent d’être tenues dans les eaux disputées. La deuxième patrouille aérienne chinoise du mois a notamment eu lieu dimanche dernier.

Selon l’agence de presse officielle Chine Nouvelle, la visite de Ramos « représente le premier pas concret, côté philippin, pour engager des discussions bilatérales avec Pékin concernant [les litiges en] mer de Chine méridionale ». Il a cependant rajouté que les décisionnaires philippins devaient savoir que les relations tendues entre les deux pays pourraient difficilement reprendre.

Asie du Nord-Est

Japan Times – L’Empereur japonais confirme son souhait d’abdiquer. Dans une vidéo diffusée ce lundi 8 août, Akihito livre ses craintes concernant son incapacité à remplir ses fonctions, au vu de son âge avancé – tout en évitant scrupuleusement d’évoquer la question de la révision du système de succession impériale. La législation l’empêche en effet de céder son trône de son vivant au prince héritier. Akihito a cependant rappelé qu’étant donné son âge – 82 ans – et ses récentes opérations, il pourrait lui être difficile de continuer d’accomplir ses devoirs d’empereur « symbole de l’État ». L’Agence impériale avait pourtant déjà réduit considérablement ses fonctions. Mais il lui paraît inconcevable de continuer de les réduire ainsi. Les devoirs impériaux – au nombre de 270 l’année dernière -, dont de nombreuses visites, sont en effet extrêmement importants. Ils lui permettent entre autres de nouer un lien avec son peuple et les dignitaires étrangers.

La Constitution japonaise interdit tout engagement de l’Empereur dans une activité politique. Or, la révision du système impérial – qui l’empêche actuellement d’abdiquer – est vue comme une question politique. Voilà pourquoi Akihito n’a pas utilisé le mot « abdication » afin d’éviter toute polémique. Pourtant, il faudra très certainement réviser la législation de la Maison impériale pour lui permettre d’abandonner le trône du chrysanthème. La question fait déjà polémique au sein de l’archipel. Selon un sondage téléphonique de Kyodo News réalisé ce mois-ci, la population japonaise serait à 85,7 % en faveur de la légalisation de l’abdication. Les politiciens et intellectuels nationalistes s’opposent cependant à une révision, craignant qu’elle ne nuise à la stabilité du système impérial sur le long terme. Selon eux, l’utilisation de l’article 16 de la Loi de la Maison impériale – autorisant un régent à effectuer les devoirs de l’Empereur – pourrait résoudre le problème.

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a indiqué à ce sujet que le peuple japonais et le gouvernement prenaient la demande de l’Empereur très au sérieux, révèle le Straits Times. Les autorités de Tokyo – qui envisagent l’adoption d’une législation spéciale pour l’Empereur Akihito – devrait réunir un panel d’experts afin d’évoquer la question. Un consensus de la Diète sera ensuite nécessaire pour rédiger une proposition de révision. Le processus complet pourrait prendre plusieurs années.

The Straits Times – Pékin vient encore de prouver que les regards ne doivent pas seulement se tourner vers la mer de Chine du Sud… D’après le ministère japonais des Affaires étrangères, la Chine aurait installé un radar de surface et une caméra de surveillance au sommet d’une « structure » dans un champ pétrolier disputé entre Pékin et Tokyo, en mer de Chine de l’Est. C’est la première fois que la Chine déploie un radar dans cette zone, relève le Straits Times. Les autorités nippones s’inquiètent de son potentiel emploi militaire.

Par ailleurs, le gouvernement japonais a protesté hier dimanche 7 août contre la patrouille de deux navires garde-côtes chinoise, à 20 kilomètres seulement des îles Senkaku/Diaoyu – revendiquées par la Chine mais administrées par le Japon. « Cette intrusion [dans nos eaux territoriales] constitue une violation de notre souveraineté, ce qui est inacceptable », a reproché le vice-ministre nippon des Affaires étrangères à l’ambassadeur chinois à Tokyo. Samedi dernier déjà, la marine japonaise avait détecté 230 bateaux de pèche et sept navires garde-côtes chinois dans ces mêmes eaux.

Korea Times« Nous voulons simplement améliorer les relations tendues entre la Corée du Sud et la Chine. » Six députés sud-coréens du parti d’opposition Minjoo (MPK) se sont rendus à Pékin ce lundi 8 août. Leur but : « Discuter avec des fonctionnaires et des universitaires chinois » du déploiement du bouclier antimissile américain THAAD dans la péninsule, point de tension entre les deux partenaires économiques. Aux yeux de Pékin, ce dispositif déstabilise la région et menace sa souveraineté.

Cette initiative est loin de faire l’unanimité. Les 6 députés ont été fortement critiqués par la présidence à Séoul, par le parti au pouvoir, et même par leur propre camp. Tous les mettent en garde sur le caractère contre-productif de ce voyage : « Cela pourrait augmenter les divisions sur le THAAD au sein des Sud-Coréens et renforcer la position chinoise. » Une critique balayée par les députes, qui décrivent leur visite comme un acte de « diplomatie parlementaire ».

Asie du Sud

Dawn – Nouvelle attaque au Pakistan. Ce lundi 8 août, un attentat-suicide dans l’hôpital de Quetta a fait au moins 53 morts. « L’explosion a eu lieu alors que des juristes et des journalistes s’étaient réunis après la mort du président de la Balochistan Bar Association », a annoncé Akbar Harifal, secrétaire d’Etat à l’Intérieur du Baloutchistan. L’avocat Bilal Kasi a été abattu en pleine rue le matin même de l’attaque. Le ministre-en-chef de l’Etat a condamné les attaques, et affirmé que la Research and Analysis Wing (RAW) – l’agence de renseignement extérieur indienne – était derrière cet attentat. Cependant, aucune revendication n’est à signaler pour le moment.

Le Baloutchistan est en proie à des conflits internes depuis une quinzaine d’années. La région, frontalière avec l’Iran et l’Afghanistan, subit régulièrement des attaques de militants intégristes, d’Al-Qaïda et d’indépendantistes baloutches. Selon la police, la plupart des victimes sont des avocats, qui sont régulièrement visés ces derniers temps. Depuis juin, 3 d’entre eux ont ainsi été assassinés.

India Today – Le Djihad armé est la dernière solution restante aux Cachemiris, selon Salahuddin. « Si le Pakistan soutient l’autodétermination du Cachemire, a annoncé le leader du groupe armé Hizbul Mujahideen, il y a de grands risques de guerre nucléaire avec l’Inde. Je peux prédire une quatrième guerre, parce que les Cachemiris ne veulent plus de compromis. » Le chef djihadiste le plus recherché par les services de renseignements indiens se montre jusqu’au-boutiste : quel que soit le soutien de l’ONU et la communauté internationale à l’agence indienne, « les Cachemiris combattrons jusqu’à la dernière goutte de sang ». Pour lui, le gouvernement Modi ne laisse aucun espoir de réconciliation, comme en témoignent les crises récentes dans l’État du Jammu-et-Cachemire.
Hindustan Times – Modi ne peut pas crier victoire trop vite. Alors que la réforme fiscale de son gouvernement a été adoptée par la chambre haute du Parlement indien la semaine dernière (voir notre revue de presse du 4 août), elle sera examinée ce lundi 8 août par la chambre basse, la Lok Sabha. La mise en place de cette taxe sur les biens et services (GST) permettra à l’Inde de se diriger vers un marché fiscal unique et de relancer une croissance en berne. Elle est considérée comme la réforme économique la plus importante depuis 1991, et pourrait permettre au BJP de s’assurer la victoire lors des prochaines élections.

Critiqué par le Congrès, le parti d’opposition, pour avoir été absent lors de l’adoption de l’amendement à la chambre haute du Parlement, Narendra Modi sera présent aujourd’hui à la chambre basse et défendra probablement sa réforme, selon le Hindustan Times. Cependant, si cette législation devrait être adoptée sans encombre, elle devra ensuite être votée par 16 des 31 Etats indiens dans les 30 jours qui suivent son passage au Parlement. Un processus long, qui compromet l’agenda du Premier ministre. L’entrée en vigueur de la taxe est prévue pour avril 2017.

Par Alexandre Gandil, Nicolas Baranowski, Marie Bonnamy et Myriam Sonni