Culture
Expert - Vins d’Asie

 

Chine : Changyu, un vin à boire avec précaution

Aperçu de la cave du domaine chinois de Changyu dans le village de Yantai le 17 août 2010.
Aperçu de la cave du domaine chinois de Changyu dans le village de Yantai le 17 août 2010. (Crédit : Shi kuihua - Imaginechina / Imaginechina / AFP).
A l’occasion de la visite d’un ami travaillant pour l’ONG Global Witness au Cambodge où il lutte contre la déforestation croissante, j’ai décidé d’ouvrir une bouteille de Changyu blanc, un des domaine les plus connus de Chine. Une aventure gustative à mener avec la plus grande précaution…
Cette compagnie, créée en 1892, après des débuts mouvementés, est aujourd’hui rien de moins que le dixième producteur de vin du monde.
Le père fondateur, Monsieur Zhang Bishi, entendait à l’époque contribuer à l’industrialisation du pays, et a « investi une énorme somme d’argent en mettant sur pied la première « fabrique » (sic) industrielle de vin à Yantai [dans la province du Shandong, à l’est de la Chine NDLR] » comme le signale, en anglais, le texte figurant en caractère d’or sur l’étiquette du vin que j’offris ce soir là à mes hôtes.
La dite étiquette se veut d’ailleurs prestigieuse puisqu’agrémentée d’un sceau, doré lui aussi, affichant une belle grappe de raisins – dorée bien entendu !
L'étiquette de cette fameuse bouteille de Changyu blanc.
L'étiquette de cette fameuse bouteille de Changyu blanc. (Crédit : Jacques Bekaert)
Lauren Lowery, chroniqueuse œnologue pour la revue new-yorkaise Village Voice, relate avec un certain humour sur son blog « Chasing the wine » sa dégustation peu enthousiaste d’un Changyu rouge bu tout en contemplant l’immense domaine à Yantai dans la province orientale chinoise du Shandong. Courageuse, elle termina la bouteille… Pour ma part, n’ayant ni son audace ni le désir d’infliger à mon ami Michael et à son épouse plus que quelque gorgées, nous arrêtâmes les frais rapidement pour remplacer le breuvage de l’Empire du Milieu par un rosé thaïlandais de chez Granmonte – frais et aimable.

Alors, vraiment si désagréable que cela ce Changyu blanc ? Un drôle de vin en tout cas.
La première impression, au nez, révéla un discret parfum de noix un rien trop grillées. Jusque là, rien de bien grave ; mais c’est une
fois en bouche que l’agression du palais démontra la faible valeur du produit.
Si les spécialistes du vin sont en général capables de proses presque lyriques sur les arômes et les subtilités des élixirs vinifiés, je n’aurais pour ma part qu’un qualificatif – simple – pour ce vin : brutal !
Soit la bouteille, achetée à l’aéroport de Pékin, a mal vécu son séjour là-bas, soit il y avait comme un défaut de vinification.

Je ne veux pas être injuste mais si Lauren Lowery était si peu amène sur sa dégustation, c’est que le domaine de Changyu n’a pas encore atteint les sommets auxquels rêvait son père fondateur.

Or, les projets du dit vignoble sont pourtant tout simplement pharamineux. Pour accélérer la consommation de vin auprès des « bonnes masses populaires » de Chine, Changyu va ainsi construire un parc dédié au vin de type Disneyland, de la taille de la principauté de Monaco, avec vignobles modèles, des Spa et même une chapelle ! Sans doute pour prier Bacchus d’arrondir les très vifs tanins du domaine…

Pour autant, il ne faudrait pas que l’exemple de cette bouteille de Changyu blanc ne donne à penser que le vignoble chinois est tout entier à son image.

Bien au contraire !

Tout récemment encore, Gérard Margeon, sommelier en chef des restaurants Alain Ducasse, déclarait au quotidien le Figaro que la Chine « possède un vaste potentiel, car il y a et la volonté et des moyens impressionnants » pour produire de grands vins. Tout en notant que depuis « deux ou trois ans la Chine avait fait des progrès énormes ». Il donnait ainsi en exemple des vins tels que le Helan Mountain Special Reserve 2011 ou le Chateau Nubes Reserve CS 2011.

Le tout étant désormais d’arriver à trouver ces petites perles rares noyées dans un océan de productions locales bas de gamme.

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A propos de l'auteur
Jacques Bekaert (1940-2020) fut basé en Thaïlande pendant une quarantaine d'années. Il est né le 11 mai 1940 à Bruges (Belgique), où sa mère fuyait l’invasion nazie. Comme journaliste, il a collaboré au "Quotidien de Paris" (1974-1978), et une fois en Asie, au "Monde", au Far Eastern Service de la BBC, au "Jane Defense Journal". Il a écrit de 1980 a 1992 pour le "Bangkok Post" un article hebdomadaire sur le Cambodge et le Vietnam. Comme diplomate, il a servi au Cambodge et en Thaïlande. Ses travaux photographiques ont été exposés à New York, Hanoi, Phnom Penh, Bruxelles et à Bangkok où il réside. Compositeur, il a aussi pendant longtemps écrit pour le Bangkok Post une chronique hebdomadaire sur le vin, d'abord sous son nom, ensuite sous le nom de Château d'O. Il était l'auteur du roman "Le Vieux Marx", paru chez l'Harmattan en 2015, et d'un recueil de nouvelles, "Lieux de Passage", paru chez Edilivre en 2018. Ses mémoires, en anglais, ont été publiées en 2020 aux États-Unis sous le titre "A Wonderful World".