Société
Expert – Vins d’Asie

La Chine, futur empire du vin après maturation

Dégustation de vins lors du VINISUD, la foire leader dans les vins méditerranéens, à Shanghai le 27 février 2013. (Crédit : PETER PARKS / AFP)
Dégustation de vins lors du VINISUD, la foire leader dans les vins méditerranéens, à Shanghai le 27 février 2013. (Crédit : PETER PARKS / AFP)
Mon premier voyage en Chine date de 1983. J’avais été invité à accompagner le ministre belge des Affaires étrangères de l’époque, mon compatriote Leo Tindemans, par le directeur du Département Asie, mon vieil ami Patrick Nothomb, père d’Amélie.
Aucun vin chinois en vue pour ce premier déplacement mais du Maotai en surabondance, que nous buvions du bout des lèvres. Quelques années plus tard, en 1989, je fus convié avec mon épouse à Pékin par celui qui était à l’époque le Prince Norodom Sihanouk (contrairement à la légende, Sihanouk ne buvait quasi rien).

Pékin avait changé, les réformes économiques commençaient à porter leurs fruits, et une classe moyenne locale s’était peu à peu mise à boire du vin. Les grandes marques de l’époque, c’étaient Great Wall, Dynasty et Changyu qu’il était plus difficile à trouver en dehors du pays.

Les blancs surtout étaient agréables et on les trouvait même à Bangkok car, à l’époque, en Thaïlande aussi le vin débarquait en force.

La Chine, en surface plantée de vignes, occupe désormais la seconde place mondiale derrière l’Espagne mais devant la France, l’Italie et la Turquie (mais oui!).

Les cépages de qualité, Cabernet Sauvignon, Merlot et Syrah ont fait leur apparition et les spécialistes estiment que dans cinq ans, ils commenceront à produire des vins qui rivaliseront bientôt avec leurs cousins européens ou américains. Comme nous l’avait dit il y a quelques années un spécialiste des vins « nouveaux », « les Chinois se sont montrés impatients, ils ont voulu rentabiliser trop vite ». Du Pinot Noir ? Peu ou prou car ce sont les Bordeaux qui servent ici de modèles. Dynasty commence à faire de très bons rouges, comme son 2005 Réserve. Je me souviens aussi d’un délicieux Muscat demi sec.

L’an dernier, la Chine occupait le 5e rang en consommation mais avec la lutte contre la corruption lancée par Xi Jinping et la chute des valeurs boursières à Shanghai, il faut s’attendre à un ralentissement de la consommation qui va avant tout viser les grands crus français et les meilleurs vins locaux.

La qualité des productions chinoises aujourd’hui ? Un Domaine Grace, Deep Blue, Chairman Réserve 2010 offert par un ami chinois, qui avait insisté sur son prix (plus de 30 dollars) et ses qualités de garde, s’était déjà fané quelques semaines après son ouverture. C’était encore du vin, on devinait d’où il venait. Mais après un verre l’ami qui partageait mon repas fut soulagé de me voir ouvrir un excellent vin chilien de la « valee de Maipo ».

Soyons prudent : le vin était-il réellement médiocre ? Pas certain, car se pose la question de la façon dont le vin avait été entreposé avant de parvenir entre mes mains. C’est un problème commun à beaucoup de pays où le vin est quelque chose de relativement neuf. Bouteilles conservées debout, bouchons qui se dessèchent, ou flacon exposé au soleil, les risques d’altération sont nombreux.

L’Empire du Milieu produit du vin dans quelques 26 provinces, du Xinjiang au Yunnan. Le Vin de Glace de Changbaishan, une vendange très tardive, est prisée des connaisseurs. Mais ce type de vins liquoreux, comme un peu partout en Asie, souffrent de leur réputation de « vins pour femmes ». Pourtant la Chine en fait de fort bons.

L’un des vins les plus populaires aujourd’hui en Chine reste pour le moment un vin à base d’oignon rouge… Comme le disait un œnologue français à qui on demandait son avis: « C’est rouge, c’est sec, c’est liquide, mais… »

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A propos de l'auteur
Jacques Bekaert (1940-2020) fut basé en Thaïlande pendant une quarantaine d'années. Il est né le 11 mai 1940 à Bruges (Belgique), où sa mère fuyait l’invasion nazie. Comme journaliste, il a collaboré au "Quotidien de Paris" (1974-1978), et une fois en Asie, au "Monde", au Far Eastern Service de la BBC, au "Jane Defense Journal". Il a écrit de 1980 a 1992 pour le "Bangkok Post" un article hebdomadaire sur le Cambodge et le Vietnam. Comme diplomate, il a servi au Cambodge et en Thaïlande. Ses travaux photographiques ont été exposés à New York, Hanoi, Phnom Penh, Bruxelles et à Bangkok où il réside. Compositeur, il a aussi pendant longtemps écrit pour le Bangkok Post une chronique hebdomadaire sur le vin, d'abord sous son nom, ensuite sous le nom de Château d'O. Il était l'auteur du roman "Le Vieux Marx", paru chez l'Harmattan en 2015, et d'un recueil de nouvelles, "Lieux de Passage", paru chez Edilivre en 2018. Ses mémoires, en anglais, ont été publiées en 2020 aux États-Unis sous le titre "A Wonderful World".