Revue de presse Asie - 4 juillet 2016

Hommage national au Bangladesh, mer de Chine et référendum en Thaïlande

La Premier ministre bangladaise Sheikh Hasina s'est recueillie au cours de l'hommage national rendu aux 22 victimes de l'attentat commis vendredi 1er juillet à Dacca. Copie d'écran de Bdnews24, le 4 juillet 2016.
La Premier ministre bangladaise Sheikh Hasina s'est recueillie au cours de l'hommage national rendu aux 22 victimes de l'attentat commis vendredi 1er juillet à Dacca. Copie d'écran de Bdnews24, le 4 juillet 2016.

Asie du Sud

Bdnews24 – C’est la « première prise d’otage de l’histoire » du Bangladesh. Vendredi 1er juillet, un commando de sept militants armés a fait irruption dans le Gulshan café, situé dans le quartier diplomatique de la capitale Dacca. Outre deux policiers, les terroristes ont tué 20 clients tenus en otage : neuf Italiens, sept Japonais, trois Bangladais et un Indien. Le siège, qui a duré onze heures, s’est achevé par l’intervention des forces spéciales bangladaises, qui ont abattu six assaillants. Le septième est actuellement entendu par les services de police.

Trois jours plus tard, ce lundi 4 juillet, le pays rend à ses morts un hommage national. Après avoir déposé une couronne de fleurs et respecté une minute de silence, la Premier ministre Sheikh Hasina s’est entretenue avec les familles des victimes. Mais la période de deuil ne se fait pas sans polémique. Alors que l’organisation Etat islamique a revendiqué l’attaque, le gouvernement de Dacca est resté fidèle à son discours, rapporte l’International Business Times. Niant la présence de Daech sur son sol, le ministre bangladais de l’Intérieur a imputé l’attaque à des militants du Jama’atul Mujahideen Bangladesh (JMB), un groupe terroriste local.

Quelle que soit leur affiliation terroriste, le profil des assaillants intéresse de près les journalistes et les internautes. Les premières informations disponibles font état de jeunes issus « de milieux favorisés », « de locution anglaise » et « fréquentant le Gulshan café » – à l’exception d’un étudiant de madrasa, rapporte le Daily Star. Parmi ces jeunes hommes dont les familles n’avaient plus de nouvelles depuis des mois, le quotidien bangladais dresse notamment le portrait du fils d’un dignitaire de Dacca et d’un ex-étudiant en Malaisie fan de Bollywood. Le gouverment malaisien va d’ailleurs mener son enquête sur cet ancien étudiant en commerce de la Monash University, rapporte le Straits Times.

Times of India – Concurrence morbide entre organisations terroristes. Après l’attentat meurtrier de Dacca perpétré par Daech, c’est au tour d’Al-Qaïda d’appeler à attaquer la police et les administrations. Dans un communiqué, son chef Asim Umar demande aux musulmans indiens de suivre le modèle des « loups solitaires européens ». Un mode d’action qui inquiète les services de renseignements indiens. Comme l’a montré l’attaque d’Orlando contre une boîte de nuit gay, les auteurs de ces actes sont « difficiles, voire impossibles à tracer », expliquent les agents. Cette stratégie demande par ailleurs peu de moyens logistiques. Elle est habituellement utilisée par l’organisation État Islamique pour s’implanter dans une région. De quoi témoigner de la rivalité entre les deux organisations en Inde. Toutes les deux souhaitent remplacer les anciennes structures terroristes pakistanaises.
Dawn – Que ferait une Hillary Clinton présidente des Etats-Unis en Asie du Sud ? C’est la question que se pose le quotidien pakistanais Dawn ce lundi 4 juillet, après la publication du manifeste du parti démocrate. Poursuivant la politique de Barack Obama, l’administration Clinton continuerait de soutenir le processus de paix afghan. Elle mettrait ainsi la pression sur le Pakistan, afin qu’il soit plus actif dans sa lutte contre le terrorisme – notamment contre les Talibans – et chercherait un partenariat stratégique avec l’Inde. Le soutien au gouvernement afghan passerait également par la poursuite du travail avec l’OTAN. Concernant le maintien des troupes américaines en Afghanistan, l’administration Clinton suivrait également la politique du Président Obama de présence limitée dans le pays.

Bien qu’il n’ait pas encore publié son manifeste, le parti républicain souhaiterait plutôt mettre fin à la « pression » mise sur Islamabad, d’après les propos Donald Trump. La diffamation de ce dernier contre les musulmans a d’ailleurs été rejetée dans le manifeste démocrate, car « violant la liberté de religion qui constitue la base de notre pays ».

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Ultime démonstration de force avant le verdict de la Haye. La Chine a annoncé qu’elle conduirait à partir de demain mardi 5 juillet des exercices militaires autour des îles Paracels, et ce jusqu’au 11 juillet. Soit la veille du verdict rendu par la Cour permanente d’arbitrage sur les conflits de souveraineté opposant Pékin à Manille en mer de Chine du Sud. Si ces mêmes conflits ne concernent pas les îles Paracels (entièrement contrôlées par Pékin mais revendiquées par Taïwan et le Vietnam), la décision chinoise peut tout de même être interprétée comme une « défiance » à l’encontre du jugement – que la Chine a d’ailleurs rejeté par avance – indique Ashley Townshend, chercheur à l’université de Sydney.

Mais « bien que provocatrice, la tenue d’exercices militaires dans les eaux internationales autour des Paracels n’est pas illégale et ne devrait pas créer d’effet d’escalade », nuance le chercheur. Il s’agit surtout pour les Chinois d’avertir l’opinion nationale, afin de montrer que leur pays « ne plie pas face aux puissances étrangères ». Au-delà du jugement de La Haye, les récentes patrouilles de navires américains en mer de Chine du Sud pourraient bien avoir incité Pékin à organiser de tels exercices, commente le South China Morning Post.

South China Morning Post – Mais pourquoi les avions ont-ils toujours du retard en Chine ? Le South China Morning Post apporte une réponse inattendue à tout voyageur ayant déjà décollé ou aterri dans le pays. L’Armée populaire de Libération (APL) contrôlerait 70 à 80% de l’espace aérien chinois – contre 20% pour l’armée américaine aux Etats-Unis – ce qui laisse peu de trajectoires de vol disponibles pour les compagnies commerciales… Les problèmes de régulation du contrôle aérien représentent ainsi la principale cause de retard en Chine, devant la météo, commente le quotidien hongkongais. Il faut dire que jusqu’aux réformes de Zhu Rongji (Premier ministre de 1998 à 2003), l’APL disposait de nombreuses participations de contrôle dans les compagnies aériennes nationales. La détermination du président Xi Jinping, qui souhaite mettre un terme aux activités commerciales de l’APL, pourrait conduire à remettre en cause son contrôle presque entier de l’espace aérien chinois.
Mainichi Shimbun – Après l’attentat de Dacca survenu le 1er juillet dernier, les proches des huit victimes japonaises (sept morts et un rescapé) ont atterri hier soir dimanche 3 juillet sur le sol bangladais. Les 18 passagers, arrivés par un avion du gouvernement japonais, semblaient « extrêmement fatigués » et « sans voix » d’après le vice-ministre nippon des Affaires étrangères, Seiji Kihara. Ce dernier a été dépêché d’urgence au Bangladesh afin d’assister samedi soir à la réunion d’information sur l’attaque terroriste revendiquée par l’Etat islamique. Asaduzzaman Khan, le ministre bangladais de l’Intérieur, maintient cependant toujours que l’attaque aurait été perpétrée par des militants du pays.

Les proches des défunts se sont rendus à Dacca afin d’identifier et de voir les victimes, avant que leurs corps ne soient renvoyés à l’archipel. Ils devraient être transportés par un avion du gouvernement demain mardi 5 juillet. Le seul survivant japonais, Tamaoki Watanabe, devrait lui aussi être transféré le même jour. Blessé par balles, Watanabe se trouve désormais dans un état stable et se remet petit à petit de ses blessures, a indiqué le vice-ministre Kihara.

De leur côté, les musulmans japonais s’avouent consternés par l’attaque de Dacca qu’ils condamnent, rapporte le Mainichi Shimbun. Ils se sont ainsi retrouvés hier dimanche afin de prier pour les victimes de l’assaut et appeler l’opinion publique à ne pas faire d’amalgame.

Hankyoreh – Ne pas enterrer la vérité. C’est l’appel de l’éditorialiste du Hankyoreh. Plus de deux ans après le naufrage du Sewol, la situation est bloquée. L’éditorialiste déplore l’incapacité de l’opposition et de la commission d’enquête à « surmonter les obstacles posés par le gouvernement ». La Maison Bleue souhaitait que le rapport d’enquête soit prêt pour la fin du mois de juin. Mission impossible, alors même que le renflouement du ferry n’est prévu que pour septembre.

Or, beaucoup de questions restent sans réponse. Pourquoi l’équipage était-il en contact avec le NIS – les renseignements sud-coréens – au moment du drame ? Pourquoi le ministère de la Défense a nié que le navire transportait des matériaux pour une base navale ? Le journaliste rappelle que l’élection du 13 avril joue un rôle dans ces manœuvres politiques. Le parti Saenuri est en difficulté. Après avoir perdu sa majorité au parlement il préfère agir en faveur de la présidente au détriment des familles des victimes, selon le quotidien sud-coréen.

Asie du Sud-Est

Bangkok Post – L’étau se resserre. A l’approche du référendum constitutionnel qui se déroulera le 7 août, le régime militaire renforce un peu plus son verrouillage. Des « centres de maintien de la paix » ont ainsi été mis en place dans les provinces et districts thaïlandais depuis le 1er juillet, officiellement pour prévenir incidents et violences ainsi qu’assurer une procédure « équitable et honnête ». « Le Premier ministre a fait comprendre que la fraude et les obstructions au référendum ne seront pas permises afin que le peuple puisse prendre une décision et exprimer son vote librement, » assure Sansern Kaewkamnerd, porte-parole du gouvernement de Prayuth Chan-ocha.

Cependant, le Bangkok Post fait part de critiques de plus en plus pressantes. Des activistes dénoncent surveillance, rapports d’information sur l’activité des opposants, contrôles de sécurité et renforcement de l’ordre lors des manifestations. Pour l’opposition, ces centres de maintien de la paix sont hors-la-loi et ont pour objectif d’empêcher toute résistance et d’influencer le résultat du référendum.

Myanmar Times – Aucun compromis en vue. Hier dimanche 3 juillet, plus d’un millier de bouddhistes ont défilé dans l’Etat de l’Arakan, rassemblés lors d’une grande « manifestation anti-musulmane ». Ils s’opposent à l’emploi du terme de « communautés musulmanes de l’Etat de l’Arakan » pour désigner les Rohingyas – une périphrase développée par le nouveau gouvernement d’Aung San Suu Kyi. Cette minorité, apatride car considérée comme étant issue de l’immigration bangladaise illégale, fait l’objet de persécutions récurrentes en Birmanie.

« Les Bangladais doivent être appelés Bangladais », se justifie l’un des participants de la manifestation. Une mosquée a d’ailleurs été brûlée le même jour dans le nord de l’Etat. De telles actions anti-musulmanes soulignent bien l’intransigeance d’une partie de la population birmane à l’égard de la question des Rohingyas, alors même qu’Aung San Suu Kyi est accusée par la communauté internationale de ne pas faire assez en leur faveur.

Straits Times – Au tour de la Malaisie. La police malaisienne l’a confirmé ce lundi 4 juillet : Daech a réussi sa première attaque dans le pays, majoritairement musulman. Le 28 juin dernier, une explosion causée par une grenade dans une boîte de nuit a fait 8 blessés à Puchong, dans l’Etat de Selangor. Elle aurait été orchestrée depuis la Syrie et exécutée par des djihadistes locaux, rapporte le Straits Times. « Entre l’attaque du 28 juin et le 1er juillet, a révélé un représentant des forces de l’ordre, nous avons arrêté 15 personnes, dont les deux hommes ayant jeté la grenade. »

Les suspects, dont deux policiers, seraient âgés entre 19 et 52 ans et se seraient procurés l’arme dans un pays voisin. Lors des perquisitions, la police a saisi plusieurs armes blanches, des cagoules et des drapeaux à l’effigie du groupe terroriste. Invoquant une « rivalité » ou une « attaque ciblée », les autorités avaient dans un premier temps exclu la piste terroriste, mais celle-ci a été réintroduite lorsque Muhamad Wanndy Mohamad Jedi, membre malaisien proéminent de Daech, a revendiqué l’attaque sur Facebook.

Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil, Myriam Sonni, Marie Bonnamy et Nicolas Baranowski, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris