Revue de presse Asie - 16 juin 2016

Disney à Shanghai, "fiasco diplomatique" à l'ASEAN et quête nucléaire indienne

Après 5 ans de travaux, Disney ouvre son troisième parc d'attraction en Asie. Copie d'écran du South China Morning Post, le 16 juin 2016.
Après 5 ans de travaux, Disney ouvre son troisième parc d'attraction en Asie. Copie d'écran du South China Morning Post, le 16 juin 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post« Il ouvre enfin ses portes ! » s’exclame le South China Morning Post. Mais de quoi s’agit-il ? De Disneyland Shanghai, le sixième parc Walt Disney après ceux de Californie et de Floride aux Etats-Unis, de Tokyo, Paris et Hong Kong, rapporte le quotidien hongkongais. Le parc d’attraction a pris place dans le quartier de Pudong sur quatre kilomètres carrés. Disneyland Shanghai appartient à 57 % à la municipalité, le reste est détenu par l’entreprise américaine. Le projet a coûté plus de 5,5 milliards de dollars et devrait attirer 15 millions de visiteurs par ans d’après le South China Morning Post. Cible prioriaire : les quelque 330 millions de personnes qui vivent dans le Delta du Yangtsé, à trois heures de route du parc d’attraction. Pour cela, ils devront cependant braver les quatre heures d’attente nécessaires pour rejoindre Mickey…

Mais tout n’est pas rose dans le monde de Disney. Le quotidien hongkongais rappelle les controverses qui ont touché l’arrivée du géant américain : « Il y a eu beaucoup de critiques quant à l’implantation de la culture occidentale sur le territoire chinois, » commente-t-il. Et les observateurs s’effrayent que la jeune génération chinoise « oublie les symboles » culturels de l’Empire du Milieu « à force d’être exposé à Mickey Mouse et Donald Duck ». Le prix des tickets d’entrée (environ 67 euros), jugé trop élevé, a fait également couler beaucoup d’encre. Parmi les détracteurs : Wang Jianlin, l’un des hommes les plus riches de Chine, qui a ouvert un parc d’attraction à Nanchang (au sud-est du pays) fin mai. L’homme d’affaires promet des prix « deux fois moins chers » que ceux de Disney, et un parc « centré sur la culture chinoise ». Un nouvel affrontement de soft powers

Global Times – A chaque rencontre son lot de débat. Les autorités chinoises critiquent ouvertement Barack Obama, accusé de « manquer de vision politique », rapporte le Global Times. En cause : l’entrevue du président américain avec le Dalaï-lama – considéré comme un « dangereux séparatiste » par Pékin – que les autorités communistes ont décrite comme un « acte politique visant à diviser la Chine ». Le président américain n’est pas épargné par les critiques : « Obama aurait pu gagner le respect et la confiance de la Chine et des Chinois s’il avait pris une décision courageuse en refusant la rencontre. Mais il a échoué. Quand il partira, il laissera à son successeur une situation où il n’a pas pu améliorer nos relations bilatérales. » Le président américain et le Dalaï-lama se sont rencontrés « en privé » à la Maison Blanche mercredi 15 juin. Leur dernier entretien remontait à 2014, rappelle le Global Times.
Mainichi Shimbun – Plus de peur que de mal. Dans un pays soumis régulièrement aux tremblements de terre, celui d’Hokkaido n’a fait aucune victime ni dégât majeur d’après les autorités japonaises. Le séisme intervenu ce jeudi 16 juin à 14h41 (heure locale) était d’une magnitude 5,3 sur l’échelle de Richter et d’une profondeur de 10 kilomètres, rapporte le Mainichi. Les autorités nippones ont aussi déclaré qu’aucun tsunami n’avait été détecté et qu’« aucune anomalie n’avait été trouvée » dans la centrale nucléaire d’Higashidori, dans la préfecture d’Aomori. Les transports fonctionnent eux aussi normalement.

Asie du Sud-Est

Straits Times – Les Etats-membres de l’ASEAN sont-ils capables de parler d’une même voix en adoptant une position forte ? C’est la sempiternelle question qui revient après la clôture d’un sommet sur les Affaires étrangères, qui réunissait à Kunming les dix pays de l’organisation régionale et la Chine. Le Straits Times revient ainsi sur l’étonnant retrait, effectué hier, d’une déclaration présentée comme « conjointe » par la Malaisie. Les Etats-membres de l’organisation y exprimaient leur crainte d’une remise en cause « de la paix, de la stabilité et de la sécurité régionales » (voir notre revue de presse du 15 juin). Le quotidien singapourien explique que Kuala Lumpur aurait en réalité forcé la main pour émettre cette déclaration, puis que Phnom Penh et Vientiane – ultra-dépendantes de Pékin en matière d’investissements et d’aide au développement – lui auraient imposé de faire marche arrière. Un véritable « fiasco diplomatique » d’après l’analyste Ian Storey du ISEAS-Yusof Ishak Institute, que le porte-parole du ministère indonésien des Affaires étrangères aurait qualifié « d’erreur ». Comble de la désunion : les 10 Etats-membres n’ont pas réussi à organiser de conférence de presse commune pour la clôture du sommet. C’est la Chine, donc, qui sort renforcée de la rencontre. L’ASEAN, de son côté, risque de plus en plus la « marginalisation ».
Bangkok Post – Ce matin du jeudi 16 juin, au temple bouddhiste de Wat Phra Dhammakaya, quelques hommes en noir circulaient parmi les robes safran des moines et les habits blancs des fidèles. Plusieurs officiels du Département des Enquêtes spéciales (DSI) sont venus arrêter l’abbé Phra Dhammajayo, soupçonné de recel et de blanchiment d’argent, en lien avec le détournement de 12 milliards de bhats (300 millions d’euros) de la Klongchan Credit Union Cooperative – un scandale de corruption révélé en 2013. Une opération de grande ampleur pour la DSI, dont les dirigeants ont été assistés par près de 600 officiers de la police locale, quatre camions de pompiers, quatre ambulances, et près de vingt fourgons. Mais c’était sans compter sur la détermination des disciples de Phra Dhammajayo, qui se sont assis par centaines dans les allées du temple afin de bloquer la voie aux enquêteurs. A cette heure, l’abbé reste introuvable.
Jakarta Globe – L’autorisation est seulement temporaire. 44 réfugiés sri-lankais à destination de l’Australie vont pouvoir débarquer dans la baie d’Aceh alors qu’ils se trouvaient au large des côtes depuis cinq jours, précise le Jakarta Globe. C’est le vice-président indonésien qui en a pris la décision hier, mercredi 15 juin. Ils ne devraient cependant pas pouvoir accéder au territoire indonésien, d’après le porte-parole de la province d’Aceh, Frand Dellian.

L’Indonésie place généralement les demandeurs d’asile dans des centres de détention où leur demande est traitée par le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale des Migrations. A l’heure actuelle, 13 000 réfugiés sont enregistrés par le HCR dans l’archipel, rappelle le Jakarta Globe. Amnesty International a appelé les autorités indonésiennes à la clémence par la voix de son directeur régional, Josef Benedict : « Ce serait une grave injustice si l’Indonésie ignorait les demandes d’asile d’individus recherchant une protection internationale. » Les migrants sri-lankais, issus de la minorité tamoule, voyageaient depuis 20 jours sur un bateau battant pavillon indien. « Malgré des améliorations récentes, les Tamouls font toujours l’objet de discriminations au Sri Lanka », conclut le Jakarta Globe.

The Philippine Star – De nouvelles négociations devraient reprendre courant juillet, annonce The Philippine Star ce jeudi 16 juin. Un accord a été trouvé entre Rodrigo Duterte et le Parti communiste philippin, se réclamant du maoïsme et issu du Front national démocratique (FND), hier mercredi 15 juin à Oslo, en Norvège. Le président philippin était représenté par un jury pour la paix qui a annoncé officiellement la « reprise des négociations » avec le Parti communiste philippin et sa branche armée, la Nouvelle armée du peuple.

L’annonce d’une éventuelle libération de détenus communistes a aussi été faite dans une déclaration commune. Les deux parties ont affirmé « être prêtes à discuter d’une accélération du processus de paix, de la fin des hostilités et du déploiement des forces », ainsi que « de l’amnistie pour les prisonniers politiques et d’un cessez-le-feu temporaire ». Ces propositions seront soumises au Congrès.

Des décisions qui semblent satisfaire le secrétaire général du parti Baogong Alyansang Makabayan (BAM), proche du Parti communiste. Renato Reyes a twitté : « Duterte est en train de faire plus pour les négociations de paix avec le Front national démocratique en 100 jours que Benigno Aquino en six ans ». Depuis 1969, le combat entre les communistes et l’Etat philippin a fait plus de 30 000 morts.

Asie du Sud

Firstpost – Certes, le Pakistan craint une Inde puissante et nucléarisée. Mais pour l’ancien lieutenant général indien Prakash Katoch, les appels d’Islamabad à faire de l’Océan indien une zone dénucléarisée sont d’une parfaite hypocrisie. Le Pakistan n’est-il pas lui-même en train de déployer des armes nucléaires tactiques sur ses propres vaisseaux, demande l’ex-militaire ? Et imposera-t-il à Pékin de dénucléariser ses sous-marins lorsqu’ils stationneront au port de Gwadar ? En fait, d’après Prakash Katoch, le Pakistan craint surtout le développement rapide d’un système de défense antimissile balistique par l’Inde. Cette avancée technologique remet en cause la stratégie pakistanaise, selon laquelle la stabilité du sous-continent indien est assurée par la menace que représente sa force de frappe nucléaire. Or, si l’Inde est désormais à même d’intercepter ses missiles, sa stratégie devient caduque – et le rapport de force s’inverse… Le Pakistan devrait ainsi envisager l’acquisition d’avions F-16, que l’altitude de vol « prémunit quasiment contre toute interception par un missile ».

A tous ces facteurs de la course aux armements s’ajoute la perspective d’une éventuelle adhésion indienne au Groupe des Fournisseurs nucléaires (NSG), à laquelle s’oppose néanmoins la Chine. Prakash Katoch ne se retient pas d’employer des mots très durs à l’égard de Pékin et de la relation que ses autorités entretiennent avec celles d’Islamabad. Il conclut d’ailleurs sa tribune en proposant au Pakistan de devenir une « province chinoise » s’il souhaite tenir le rythme indien en matière de croissance économique et de R&D dans le secteur de la Défense.

The Express Tribune – Escalade des tensions à Torkham, principal point de passage entre l’Afghanistan et le Pakistan. Des échanges de tirs nourris ont été rapportés ce jeudi 16 juin alors que quatre victimes et plus de cent blessés sont déjà à déplorer depuis dimanche 12 juin, de part et d’autre de la frontière.

Point de discorde entre les deux Etats : la construction d’un poste-frontière renforcé par le Pakistan, de son côté de la frontière. Islamabad estime que ce nouveau dispositif est nécessaire afin d’endiguer la circulation des terroristes et le trafic de drogue sur son territoire. Les autorités pakistanaises affirment être dans leur droit, puisque les travaux s’opèrent sur leur sol. De son côté, Kaboul s’oppose à toute construction de la frontière afghano-pakistanaise que les autorités de Kaboul considèrent comme arbitrairement et « injustement » fixée par la colonisation britannique, indique Reuters. D’ailleurs, l’ambassadeur afghan au Pakistan a rappelé ce jeudi 16 juin que son pays n’avait pas été consulté pour la construction du nouveau poste-frontière.

Un imbroglio entoure les affrontements eux-mêmes. Kaboul et Islamabad s’accusent mutuellement d’avoir déclenché les hostilités dimanche. Par ailleurs, les autorités afghanes nient que tout affrontement ait eu lieu hier mercredi 15 juin, tandis que les autorités pakistanaises ont confirmé des échanges de tirs. Les ambitions de cessez-le-feu sont restées lettres mortes malgré les incitations de Washington. D’après les Etats-Unis, l’entretien de bonnes relations entre ses deux alliés est nécessaire à la « stabilité régionale » – alors même que leurs relations sont « tendues » depuis quinze ans, rapporte The Express Tribune.

Times of India – Les vagues d’assassinats au Bangladesh pousseront-elles les hindous à fuir massivement le pays ? C’est la question que se pose le Times of India, alors que la part de la population hindoue au Bangladesh est déjà passée de 14 % en 1971 à environ 8 % aujourd’hui. Que les meurtres soient imputés à Daech ou non, force est de constater que les persécutions vis-à-vis de cette minorité religieuse ont changé de nature : « Auparavant, les hindous étaient victimes d’expropriation et leurs femmes étaient violées, commente Kajal Debnath, leader du Conseil de l’unité des chrétiens, bouddhistes et hindous du Bangladesh. Désormais, on massacre des hindous lambda, pauvres et sans terres, sans statut économique ou social particulier. Le message est donc entièrement différent. » La crainte d’une émigration massive est grande, d’autant plus que le gouvernement de Narendra Modi a assoupli les modalités d’obtention de papiers d’identité indiens pour les réfugiés hindous. L’organisation islamique a d’ailleurs fait du Bangladesh une cible prioritaire, rapporte le Times of India, citant un récent numéro du magazine du groupe terroriste Dabiq. Chaque jour, environ 50 hindous fuieraient le pays, conclut le quotidien.
Par Alexandre Gandil, Liu Zhifan et Joris Zylberman, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris

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