Revue de presse Asie - 25 avril 2016

Mer de Chine du Sud, Népal un an après le séisme et députés birmans

Un an jour pour jour après le séisme, le Népal peine à se reconstruire. Copie d'écran de "Channel News Asia", le 25 avril 2016.
Un an jour pour jour après le séisme, le Népal peine à se reconstruire. Copie d'écran de "Channel News Asia", le 25 avril 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – C’est un signal clair lancé à Manille et à Washington. Pékin commencera la poldérisation du récif de Scarborough en mer de Chine du Sud en fin d’année et y ajoutera une piste d’atterrissage, confirme une source proche de l’Armée populaire de Libération, citée par le South China Morning Post. Ce nouvel avant-poste au sein du récif permettra à la Chine de renforcer sa couverture aérienne. Il placera surtout la zone d’influence de Pékin à 230 km des côtes philippines.

Le récif de Scarborough est revendiqué par Pékin, Manille et Taipei. L’accéleration des projets chinois intervient après le rapprochement des armées américaines et philippines. La Chine place aussi ses pions à quelques semaines de l’arbitrage de la Cour de la Haye sur ses revendications globales en mer de Chine du Sud. Le Tribunal international a été saisi par les Philippines pour contester la légalité de la revendication chinoise. Le jugement risque de se porter en défaveur de Pékin. Lire notre revue de presse du 20 avril dernier.

South China Morning Post – Une assimilation à la chinoise. C’est ce qu’a réclamé Xi Jinping aux groupes religieux présents sur son sol lors d’une rencontre tenue ce week-end sur les affaires religieuses. Le président chinois les a appelés à « fondre leurs doctrines avec la culture chinoise, obéir aux lois et aux régulations du pays, se dévouer aux réformes, à l’ouverture et à la modernisation socialiste afin de contribuer à réaliser le rêve chinois de renaissance de la nation ». Son discours a même pris une tournure véhémente lorsqu’il a appelé les citoyens à « résister à l’infiltration étrangère par les voies religieuses ». Xi Jinping resserre ainsi de nouveau l’étau sur les libertés religieuses en Chine, ce que dénoncent les ONG de défense des droits de l’homme depuis plusieurs années, affirme le South China Morning Post.
The Mainichi – La critique pourrait déclencher une polémique. La municipalité de Kumamoto a certes prévu 176 centres d’accueil pour les personnes évacuées suite au séisme de Kyushu. Un accord avec 8 organisations a même été signé pour agir en cas de désastre. Mais c’est la réalité de la prise en charge qui fait débat : alors que les centres d’évacuations sont capables d’accueillir 1 700 personnes, seules 104 en bénéficient aujourd’hui, souligne le quotidien japonais, soit un peu plus d’une semaine après le seisme.

Selon le Mainichi Shimbun, la municipalité n’aurait pas fait d’effort pour informer ses résidents sur les centres, de peur de surcharger les établissements. Par ailleurs, des résidents se sont vu refuser leurs demandes pour cause de manque de personnel ou de place. Les officiels de la municipalité de Kuamamoto expliquent que les organisations chargées de s’occuper des personnes évacuées n’étaient pas encore en mesure de les prendre en charge.

South China Morning Post – Washington ne cèdera pas à la pression de Pyongyang. Barack Obama est resté ferme : les Etats-Unis n’interromperont pas les exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud, tant que la Corée du Nord n’aura pas fait « preuve de sérieux » pour éliminer l’arme nucléaire de la péninsule coréenne. Ce dimanche 24 avril, Pyongyang avait conditionné l’arrêt de ses tests nucléaires à la fin de la coopération militaire des Etats-Unis avec la Corée du Sud. Pour convaincre sur sa volonté d’arrêter son programme nucléaire, a averti le président américain, la Corée du Nord devra « faire mieux  » que des annonces « via la presse« .

Par ailleurs, ce samedi 22 avril, Pyongyang a lancé un missile depuis un sous-marin, un test annoncé comme un « succès » par le régime de Kim Jong-un. Pour les experts militaires sud-coréens cités par le Korea Times, il s’agirait d’un vrai « progrès » de la Corée du Nord, qui pourrait être bientôt opérationnelle sur cette technologie de missiles balistique mer-sol (SLBM).

Asie du Sud

Channel News Asia – Les chiffres sont édifiants. Moins d’1% des habitations ont été reconstruites depuis qu’un séisme dévastateur a touché le Népal le 25 avril 2015, rappelle Channel News Asia. Des centaines de Népalis vivent toujours dans des maisons endommagées et dangereuses. Pour le site singapourien, le gouvernement de Katmandou tente de fournir plus d’assistance aux victimes, malgré l’impasse politique que subit le pays.

Ce n’est pas l’avis du Himalayan Times. Pour le journal népalais, aucun effort n’a été fait de la part du gouvernement, alors que les experts soulignent que des tremblements de terre bien plus conséquents pourraient toucher la zone himalayenne dans les prochaines années. Or aucune mesure n’a été prise pour faire face à un nouveau séisme, et les habitants reconstruisent leur maison sans l’aide du gouvernement, dénonce le Himalayan Times.

Times of India – New Delhi a finalement cédé. Dolkun Isa, secrétaire général du Congrès mondial des Ouïghours (WUC), s’est vu annuler son visa par le gouvernement indien. Raison officielle : Isa figure sur une « notice rouge » d’Interpol. Ce qu’avait souligné la Chine le 22 avril dernier. Très en colère, le gouvernement de Pékin avait accusé l’Inde d’accueillir des « terroristes ». Dolkun Isa était l’invité d’une conférence sur la démocratie mise en place par l’organisation américaine « initiatives for China« . La conférence est prévue pour le 28 avril à Dharamsala, la ville qui accueille déjà le siège du gouvernement tibétain en exil.
Dawn – Les Panama Papers n’en finissent pas de secouer la classe politique pakistanaise. Le tollé sert maintenant les ambitions de l’opposition au Premier ministre Nawaz Sharif, dont la famille est citée dans le scandale mondiale d’évasion fiscale. Un mouvement anti-corruption sera lancé ce mardi 26 avril dans la province du Sindh, a annoncé Imran Khan, député et président du Mouvement pakistanais pour la Justice (Pakistan Tehreek-i-Insaf ou PTI). « La démocratie sera renforcée lorsqu’il y aura des élections libres et équitables », a déclaré Khan, alors qu’un rassemblement était déjà prévu à Lahore pour le 1er mai.

Le député pakistanais met en garde : si la commission d’enquête créée par le Premier ministre sur les Panama Papers n’a pas de « cadre de référence précis, et si une équipe d’experts judiciaires internationaux n’est pas mobilisée, le PTI continuera ses manifestations.

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – On les appelle les « than mani ». Ces lois d’airain soumettent les députés de la Ligue nationale pour la démocratie (LND, le parti d’Aung San Suu Kyi actuellement au pouvoir en Birmanie) à un contrôle strict de l’appareil du parti. Plus strict, même, que celui imposé entre 2011 et 2016 par l’Union Solidarity and Development Party (USDP), soutenu par les militaires, souligne le Myanmar Times. Ainsi les parlementaires de la LND sont-ils tenus de ne pas s’exprimer sur la ligne politique de leur parti dans les médias en renvoyant les journalistes vers des cadres supérieurs du parti. Par ailleurs, l’ensemble de leur travail parlementaire est supervisé par un « comité d’examen », qui valide ou non les questions et les propositions de loi qu’ils souhaitent soumettre à l’hémicycle.

Un processus handicapant lorsqu’un député doit agir rapidement dans sa circonscription à la demande de ses électeurs, indique le quotidien. En outre, la LND contraint ses parlementaires à vivre ensemble, lors des sessions, à la Nay Pyi Taw City Development Committee guesthouse, quand bien même ils disposeraient de leur propre logement dans la capitale. Ils assistent alors à des « programmes d’entraînement » qui les obligent parfois à passer des examens.

Le Myanmar Times avance deux explications. Officiellement, il s’agit d’encadrer les députés du parti qui, pour la plupart, ne disposent pas d’expérience parlementaire. Le « système [de contrôle] centralisé » doit ainsi assurer « la perfection de leur travail », selon Khin San Hlaing, l’une des huit pontes siégeant au « comité d’examen ». Officieusement, l’objectif serait plutôt d’éviter tout risque de conflit avec l’USDP des militaires. Mais maintenant que le nouveau gouvernement du président Htin Kyaw a officiellement succédé à celui de Thein Sein, ces « lois d’airain » devraient être progressivement levées, indiquent les cadres supérieurs de la LND – et espèrent les parlementaires. Pour l’instant, il n’y a aucun signe d’assouplissement…

Jakarta Globe – C’est la mort suspecte d’un détenu qui a déclenché aujourd’hui lundi 25 avril une émeute à la prison de Bandung. Undang Kosim, 54 ans, a été retrouvé pendu à la porte de sa cellule aux alentours d’une heure et demie du matin. La première enquête « n’a pas permis de conclure que le prisonnier s’est pendu de lui-même », a indiqué le chef de la police locale aux médias. En attendant les résultats de l’autopsie, les soupçons pèsent sur huit membres du personnel de la prison – les derniers à avoir vu Undang Kosim en vie, lors d’un interrogatoire musclé tenu hier dimanche 24 avril. Accusé d’avoir introduit de la drogue au sein de la prison, le détenu a été frappé afin de lui sous-tirer des informations – « ce qui est normal », a commenté le ministre indonésien de la Justice et des Droits de l’homme. L’entretien aurait-il mal tourné, et la mort d’Undang Kosim aurait-elle été maquillée en suicide ? Pour les autres détenus, cela ne fait pas de doute… D’ou leur explosion de colère.
Free Malaysia Today – Le groupe islamiste Abou Sayyaf mettra-t-il ses menaces à exécution ? Dans une vidéo publiée le 15 avril, trois otages occidentaux – deux Canadiens et un Norvégien – supplient leur gouvernement de verser la rançon de 4,5 millions de livres (environ 5,8 millions d’euros) réclamée par leurs ravisseurs, sans quoi ils seront décapités au plus tard… le 25 avril – soit aujourd’hui. Ce serait la première fois qu’Abou Sayyaf exécuterait des otages occidentaux, affirme le site d’information Free Malaysia Today. John Risdel, Robert Hall et Kjartan Sekkingstad, ainsi que leur guide philippine, avaient été kidnappés lors d’une promenade en bateau au large de Mindanao.
Channel News Asia – C’est une conséquence directe du récent kidnapping de marins indonésiens au large de Philippines. Jakarta mettra sur pied un nouveau centre de crise placé sous l’autorité du président Jokowi, afin de « prendre en main les situations mettant en péril la sécurité des citoyens à l’étranger », a déclaré ce lundi 25 avril le ministre indonésien de la Sécurité. Les craintes de l’archipel concernent essentiellement la piraterie maritime, dont l’Indonésie est la principale victime en Asie – et dans le monde.
Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil et Alice Hérait, avec Anda Djoehana Wiradikarta et Juliette Morillot à Paris