Revue de presse Asie - 12 avril 2016

Indignation chinoise, remous constitutionnels en Thaïlande et sécheresse en Inde

Premier ministre thaïlandais Prayuth Chan-Ocha. Copie d'écran du "Bangkok Post", le 12 avril 2016.
Menaçant, le général et Premier ministre thaïlandais Prayuth Chan-Ocha est certain que son projet de constitution sera adopté par référendum. Copie d'écran du "Bangkok Post", le 12 avril 2016.

Asie du Nord-Est

Channel News Asia – Le G7 aurait-il plutôt dû « se focaliser sur la coopération et la gouvernance économique mondiale », comme le lui reproche Pékin ? La déclaration émise par les sept ministres des Affaires étrangères sur les tensions en mer de Chine du Sud, soulignant « l’importance fondamentale du règlement pacifique des conflits » et leur opposition à « toute action unilatérale d’intimidation, de coercition ou de provocation », a causé l’ire des autorités chinoises qui, bien que non nommées expressément, se sont senties directement visées.
D’après le China Daily, les observateurs sont formels : c’est le Japon, seule puissance asiatique du G7, qui a « fait dérailler » la rencontre pour obtenir de ses partenaires une telle déclaration et « donner au Cabinet nippon une justification à ses nouvelles loi de sécurité ». Plus virulent, l’universitaire chinois Lyu Yaodong explique la prétendue « victoire » de Tokyo par « l’entretien de son image de victime nucléaire, lui permettant d’étouffer ses responsibilités dans le lancement d’hostilités ».
Mais la raison est tout autre selon le South China Morning Post. Le lien serait plutôt à établir avec la déclaration de compétence de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, saisie l’année dernière par les Philippines autour d’un contentieux avec Pékin dans les Spratleys. La déclaration du G7 chercherait alors à inciter les autorités chinoises à reconnaître la compétence de la Cour et à en accepter le jugement prochain, en respect du droit international maritime. Un vœu pieux, certes, mais qui révèle l’intérêt croissant des puissances européennes pour la mer de Chine du Sud, inquiètes des empiètements chinois sur la liberté de circulation dans la région, souligne le quotidien hongkongais.
Korea Times – Séoul n’en finit plus de dévoiler de nouvelles défections en provenance de Corée du Nord. Cette tactique de transparence inhabituelle – car dangereuse pour les familles des réfugiés restées au Nord – pourrait bien être destinée à attirer les votes des conservateurs aux prochaines élections législatives du 13 avril. Après l’arrivée à Séoul quelques jours plus tôt d’un groupe de treize Nord-Coréens, cette dernière annonce faite le lundi 11 avril par les ministères sud-coréens de l’Unification et de la Défense est de taille : il s’agit en effet cette fois-ci d’un général en charge des opérations d’espionnage qui aurait rejoint Séoul il y a un an déjà en 2015. Ce qui ferait de lui le premier défecteur d’un tel rang depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en 2012, et l’un des plus importants depuis le passage au Sud en 1997 de Hwang Jang-yop, père de l’idéologie nord-coréenne. Le Korea Times rapporte que deux autres diplomates et leurs familles auraient aussi rejoint Séoul : un membre d’une ambassade africaine, en charge des affaires économiques, et un autre responsable basé dans un pays d’Asie non identifié.
Japan Times – C’était un grand pas pour les survivants de l’attaque de 1945 et pour les groupes anti nucléaires. La visite du Secrétaire d’Etat américain John Kerry au Mémorial pour la paix d’Hiroshima hier lundi 11 avril, a été chaleureusement accueillie. D’aucuns ont néanmoins regretté sa courte durée et le refus de Kerry de s’entretenir avec des victimes du bombardement – les hibakusha – alors même que certains d’entre eux l’accompagnaient lors de sa visite. D’autres voix se sont élevées pour lui reprocher, ainsi qu’aux ministres des Affaires étrangères du G7 dans leur ensemble, de ne pas avoir suffisamment condamné l’emploi des armes nucléaires.
The Straits Times – Pour les autorités de Taipei, c’est une vague de « kidnappings ». C’est surtout la conséquence de leur isolement sur la scène internationale au profit de Pékin. Aujourd’hui mardi 12 avril, 37 citoyens taïwanais au Kenya accusés de cybercriminalité ont été mis de force dans un avion à destination de la capitale chinoise. La raison : une demande d’extradition émise par le gouvernement de Xi Jinping en janvier, qui demandait le retour sur le sol chinois de l’ensemble de ses ressortissants accusés de cybercriminalité par Nairobi, au nombre de 76. Or d’après Pékin, Taïwan est une province de la République populaire de Chine : les autorités communistes n’opérent pas de distinction entre les ressortissants du continent et de ceux de l’île… Et Nairobi, en reconnaissant le gouvernement de Pékin au détriment de Taipei, opèrent de la même manière. Vendredi 8 avril déjà, 8 Taïwanais avaient été renvoyés de Nairobi vers le continent chinois.

Asie du Sud-Est

Bangkok Post – La sonnette d’alarme résonnerait-elle de plus en plus fort en Thaïlande ? Des voix s’élèvent contre le gouvernement militaire et sa main-mise sur le projet de Constitution et l’ajout d’une question au référendum prévu le 7 août qui laissent entrevoir le régime souhaité du Premier ministre Prayuth Chan-ocha. Les membres du Sénat seraient tous nommés par le Conseil national pour la paix et l’ordre, ce qui reviendrait à confier la moitié du pouvoir législatif aux alliés des militaires. Le Conseil souhaiterait également, et c’est l’objet de la seconde question ajoutée au référendum, que le Sénat puisse voter pour choisir le Premier ministre. Dans un éditorial signé par Atiya Achakulwisut, le Bangkok Post rappelle néanmoins que si le Premier ministre semble croire que le projet sera voté sans encombre, ce sont bien les deux principaux partis du pays, les démocrates et le Peua Thai qui se sont opposés au texte et à la question supplémentaire. Et l’éditrice de rappeler qu’aux élections de 2011, les deux partis avaient rassemblé pas moins de 26 milions de suffrages sur 46 millions d’électeurs inscrits.
Une opposition qui agace tout de même le Premier ministre qui a refusé lundi 11 avril de répondre aux Démocrates qui avaient demandé au régime militaire ce qu’il adviendrait si le projet était une nouvelle fois rejeté. Le Premier ministre a également balayé la volonté des partis d’organiser un débat sur le projet de la Constitution. « Que feront-ils si je ne leur donne pas la permission ? Souhaitent-ils être arrêtés ? Ceux qui iront contre le référendum seront condamnés à une peine allant jusqu’à 10 ans de prison. Gardez ça en tête » a-t-il menacé. Certains s’amusent du rapprochement du Peua Thai et des Démocrates pourtant rivaux, mais pour le Bangkok Post c’est peut-être un signe que la résistance s’organise et que le Premier ministre pourrait à l’avenir faire face à plus de défis.
Jakarta Globe – Après plusieurs mois d’incertitude, Basuki Tjahaja Purnama, plus connu sous le nom d’Ahok, sera bien candidat à sa réélection au poste de gouverneur de Jakarta… en tant qu’indépendant. Basuki a reçu les 523 000 copies de cartes d’identité nécessaires pour se présenter à l’élection. En début d’année, il avait déjà collecté près de 785 000 copies. C’était avant que son principal concurrent, Yusril Ihza Mahendra, ne fasse remettre les compteurs à zéro en demandant à ce que le nom du colistier de Basuki apparaisse sur les formulaires, alors que celui-ci n’avait pas encore été choisi. La collecte a repris le 7 mars après que Heru Budi Hartono ait été nommé pour mener campagne aux côtés de Basuki. Il se fixe désormais l’objectif d’atteindre 1 million de copies d’ici à juillet selon Amalia Ayuningtyas, porte-parole du groupe de ses partisans, Teman Ahok, à Jakarta. Si Basuki se présente en indépendant, le Parti national-démocrate et le Parti de la conscience des peuples ont d’ores et déjà officiellement annoncé leur soutien au candidat et à son colistier.
The Straits Times – Le Sarawak Report qui avait relayé le scandale 1MDB souhaitait-il acheter ses informations ? La suite de la saga sur les transferts frauduleux du fonds d’investisssement public malaisien 1MDB pourrait se jouer à Singapour. Des détails de l’accord qui a mené à la révélation du scandale pourraient en effet y être révélés à la Cour suprême. Le ressortissant suisse et ancien employé de l’entreprise PetroSaudi qui serait à l’origine de la fuite des données, Xavier Andre Justo, attaque en justice Tong Kooi Ong, le directeur du groupe médiatique malaisien The Edge et deux autres personnes. Il aurait remis deux disques durs contenant des informations sur les services de la compagnie pétrolière PetroSaudi qu’il désirait vendre pour une valeur de 2 millions de dollars. Une somme qu’il dit ne pas avoir reçue… Or, les informations données par Justo sont liées aux accusations par le blog The Sarawak Report de détournement de plusieurs milliards de dollars par le fonds 1MDB.
Justo soutient qu’il aurait rencontré Tong Kooi Ong et les deux autres hommes à plusieurs reprises, dont deux fois avec la propriétaire du Sarawak Report. L’action en justice fait suite aux réclamations de Justo qui demande à être payé, à savoir qui a eu accès aux fichiers et à récupérer ou détruire toutes les copies qui en ont été faites. Pour le directeur du groupe médiatique The Edge, ces demandes sont infondées. Il reconnaît avoir signé une lettre en février 2015 à la requête de Justo mais nie avoir demandé les disques durs contre rémunération. Une conférence préparatoire doit avoir lieu cette semaine.

Asie du Sud

Times of India – Bonne nouvelle pour Latur, dans le Maharashtra (à l’ouest de l’Inde). Alors que la ville connaît « la pire sécheresse de son histoire », un train transportant 500 000 litres d’eau vient d’arriver en gare. Mais il ne s’agit là que d’une quantité infime par rapport aux besoins quotidiens de ses habitants, qui s’élèvent à… 20 millions de litres ! Une arrivée médiatisée qui, selonFirstpost, ne doit néanmoins pas éclipser que l’ensemble du Maratwhada (partie occidentale du Maharashtra) traverse actuellement une crise de l’eau – et pas seulement Latur. D’ailleurs, les habitants des autres parties de la région ont chahuté le passage du train transportant l’eau vers la ville, se sentant laissés pour compte. En cela, le quotidien indien craint de voir se répéter le même schéma que lors du tremblement de terre de 1993, où toute l’attention avait été portée sur Latur.
The Indian Express – C’est en s’adressant directement aux médias que les Taliban afghans ont annoncé le lancement de leur « offensive de printemps » – baptisée cette année « opération Omari ». Un hommage au Mollah Omar, fondateur du mouvement et dont la mort officialisée l’année dernière a causé de profondes dissensions et des luttes fratricides. Par-là même, les Taliban cherchent donc peut-être un nouveau ferment d’unité.
Colombo Post – C’est une première pour Colombo. Au mois de février 2016, le Sri Lanka a accueilli plus de touristes chinois que d’indiens : 32 186 contre 26 559, d’après les chiffres officiels. Malgré les 105 vols hebdomadaires avec son pays voisin, le Sri Lanka attire de plus en plus les Chinois en raison des nombreux contrats passés entre Colombo et Pékin dans les infrastructures de l’île. Cette dynamique n’a pas été enrayée par le changement à la tête du pays en janvier 2015, lorsque le gouvernement « pro-Pékin » du président Rajapaksa a été remplacé par un gouvernement « pro-occidental » mené par le président Sirisena et le Premier ministre Wickremesinghe. D’ailleurs, le contingent de touristes chinois au Sri Lanka devrait quintupler d’ici les prochaines années, d’après le Wall Street Journal relayé par le Colombo Post.
Par Alexandre Gandil, Juliette Buchez et Juliette Morillot, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris

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