Revue de presse Asie - 1er avril 2016

Xi Jinping contesté, Aung San Su Kyi "Conseillère" et Pont indien effondré

Des membres des forces japonaises d'autodéfense
Des membres des forces japonaises d'autodéfense contestent la réforme militaire du Premier ministre nippon Shinzo Abe. Copie d'écran du Mainichi Shimbun, le 1er avril 2016.

Asie du Nord-Est

Straits Times – Soit proche de tes amis et encore plus de tes ennemis. Pour le président chinois Xi Jinping, il semble de plus en plus difficile de distinguer les deux. Selon des experts interrogés par le Straits Times, certaines des récentes critiques contre le chef d’Etat viendrait de l’intérieur du parti communiste. Une lettre signée par des « membres loyaux du PC chinois », gardant l’anonymat, appelle le numéro 1 chinois à démissionner à la fois de la tête du Parti et de l’Etat, pour le « bien du pays » et pour sa propre sécurité. La lettre a été relayée sur le site officiel Wujie News début mars. Elle reflète le ressentiment de l’establishment contre la « lutte anti-corruption » aux allures de purge généralisée, lancée par Xi Jinping depuis 2013. Pour le politologue Steve Tsang, le fait que Pékin ait pris cette lettre au sérieux et cherche à éradiquer les personnes qui en sont à l’origine révèle le sentiment profond d’insécurité chez Xi Jinping. « On ne peut pas se contenter de simplifier une situation complexe », tempère néanmoins le professeur Huang Jing de l’Ecole de politique publique de Lee Kuan Yew à Singapour.
South China Morning Post – Mettons de côté nos affrontements et nos différences. Voilà ce qu’a demandé en substance le président chinois Xi Jinping à son homologue américain Barack Obama lors de leur rencontre en marge du sommet sur la sûreté nucléaire qui se tient à Washington. Si les deux chefs d’Etat ont pu s’entendre sur certains points, ils n’ont pu se mettre d’accord sur les dossiers épineux comme celui des tensions en mer de Chine du Sud. Sans surprise, Pékin a réaffirmé son refus d’une action internationale qui irait à l’encontre de sa « souveraineté » sur les îles de la zone disputée. Aux rayons des consensus, Xi et Obama ont maintenu leur engagement commun sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, passant par l’adoption de nouvelles sanctions à l’encontre de la Pyongyang. Les deux leaders ont également convenu d’approfondir leur coopération économique, militaire et concernant la cybersécurité, sans annonces concrètes sur ces sujets.
Yonhap News – Aucun notable n’a été signalé, mais tout de même. Pas moins de 58 avions et 52 navires sud-coréens ont été affectés par l’attaque logistique contre le GPS (Global Positioning System), lancée par Pyongyang. Le ministère sud-coréen de l’Information et de la Communication avait envoyé l’alerte hier jeudi 31 mars pour les villes de Séoul, Incheon, et les provinces de Gyeonggi et Gangwon. Une attaque de cette nature peut provoquer des dysfonctionnements des appareils téléphoniques et des appareils de navigation. Un employé du ministère cité par l’agence sud-coréenne Yonhap explique que les ondes ont été émises à intervalles irréguliers mais que l’attaque a repris à 9h30 du matin ce vendredi 1er avril. La manœuvre avait débuté plus tôt au mois de mars, mais les signaux se sont renforcés ces derniers jours. Malgré tout, le ministère à Séoul affirme que les régions frontalières des deux Corées sont trop montagneuses pour que ces attaques touchent la totalité du territoire du Sud.
En parallèle, Pyongyang continue de faire monter la pression militaire. Un nouveau missile a été lancé en direction du Japon ce vendredi 1er avril, rapporte le Mainichi. Un tir qui intervient en réaction aux avertissements lancés par les dirigeants américains, japonais et sud-coréens depuis le sommet sur le nucléaire à Washington. Tous menacent Pyongyang de sanctions plus dures si les provocations militaires continuent. Position renforcée par la Chine : à Washington, Xi Jinping s’est engagé à appliquer les sanctions votées récemment.
Mainichi Shimbun (en japonais) – Le quotidien japonais Mainichi consacre ce vendredi 1er avril un article long à l’interview de trois membres des Forces japonaises d’autodéfense, réservées à la défense du territoire. Elles sont mobilisables depuis l’entrée en vigueur des nouvelles loi de défense le 29 mars dernier, sur un principe d’ « autodéfense collective ». Principe qui laisse craindre à ses détracteurs le retour d’une politique militaire nippone à l’étranger, ce qui contredirait l’article 9 relatif au pacifisme de la constitution japonaise. Parmi les 3 membres des forces d’autodéfense interrogés par le Mainichi, Mahito Morimura, 38 ans, refuse d’être mobilisé à l’étranger pour une guerre américaine. Il est choqué du passage en force par l’alliance conservatrice de la loi sur le secret national, et explique tristement que les militaires prêtent le serment de ne pas participer à des activités politiques.

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – Les diplomates et spécialistes qui suivent la transition politique en Birmanie ont matière à analyse complexe. La Chambre Haute birmane doit débattre de la création d’un nouveau poste de « conseiller d’Etat » au sein du gouvernement qui serait fait sur mesure pour Aung San Suu Kyi. Il s’agit de contourner l’article 59 de la Constitution du pays qui empêche la Dame de Rangoun de devenir présidente de la République au motif qu’elle a des enfants de nationalité britannique. Aung San Suu Kyi doit abandonner sa fonction au sein du Parlement depuis qu’elle détient quatre ministères (Affaires étrangères, Bureau du président, Education et Energie), mais ce nouveau poste de conseiller d’Etat lui permettrait de garder la main sur les chambres dont la large majorité revient à son parti. Pour Aung Kyi Nyunt, élu au parlement de la LND, le nouveau poste ne correspond pas à celui d’un Premier ministre. Il s’agit de « créer une confiance mutuelle et de faire avancer la réconciliation nationale ». Il ajoute que la proposition « accorde un droit de conseil, et pas un pouvoir de décision ». La réponse des militaires se fait attendre, et certains spécialistes craignent une attaque sur le fondement constitutionnel de la proposition.
Channel News Asia – L’interview du Premier ministre singapourien réalisée le 28 mars par Channel News Asia est publiée alors que Lee Hsien Loong assiste au 4e sommet de sûreté nucléaire à Washington. Pour Lee, les Etats-Unis ont un rôle pacificateur à jouer, notamment en mer de Chine du Sud. Dans le même temps, les Américains doivent ratifier la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer pour plus de cohérence, sans quoi les Etats-Unis seront en tort. Or, estime le Premier ministre singapourien, le rôle de l’Amérique en tant que leader mondial est toujours indispensable.
Sujet d’inquiétude pour Lee : la négociation du Partenariat Trans-pacifique, vaste zone de libre-échange lancée par Washington sans la Chine, est au point mort alors que les deux probables candidats à l’élection présidentielle américaine, Donald Trump et Hilary Clinton, sont opposés à cet accord tel qu’il est. Lee Hsien Long déclare que le lancement de renégociations risquerait d’entamer la crédibilité américaine. Il estime également que le président chinois Xi Jinping pourrait cesser toute relation avec les Etats-Unis si les propositions de Trump étaient adoptées (comme le montant exorbitant de 40% de tarifs douaniers imposés à la Chine). Les prochaines élections présidentielles américaines offrent « des choix extrêmes » dont les « précédents ne manquent pas » : les démocraties immatures d’Asie, ou l’Allemagne et l’Italie des années 1930.
Bangkok Post – Le système politique que la junte thaïlandaise souhaite mettre en place grâce au nouveau projet de Constitution ramène le pays 40 ans en arrière, estime dans le Bangkok Post le politologue Thitinan Pongsudhirak. Mais même à l’époque des dictatures des années 1960 et 1970, les chefs militaires déléguaient la gestion de l’économie à des technocrates, conscients des capacités limitées de l’armée dans ce domaine. La junte actuelle semble installée au pouvoir « pour une période indéfinie », s’inquiète le chroniqueur, à moins que la population ne réagisse, comme elle l’a fait à plusieurs reprises dans le passé.

Asie du Sud

Firstpost – Le bilan provisoire est d’au moins 18 morts et 78 blessés. Un pont routier en construction s’est effondré hier jeudi 31 mars vers midi et demi à Calcutta en Inde. De nombreuses personnes sont encore bloquées sous les débris et attendent d’être secourues. Le pont qui devait être achevé en août 2010 a accusé un grand retard dû à des obstacles administratifs et au trafic important dans la zone. La reprise accélérée des travaux et l’absence de contrôle du flux automobile par les autorités pourraient être à l’origine de l’effondrement de l’ouvrage et du nombre élevé de victimes. Mamata Banerjee, la ministre en chef du Bengale-Occidental où se situe Calcutta, a assuré que son gouvernement prendrait des mesures sérieuses et a rejeté la faute sur le gouvernement précédent. « Le projet du pont routier a été initié en 2008 sous le mandat du Parti Communiste Indien » a-t-elle insisté. Une réaction que le Firstpost considère « déconcertante », y voyant un jeu politique à l’approche des élections provinciales.
Dawn – Le programme d’armement nucléaire pakistanais dérange au sommet sur la sûreté nucléaire qui se tient à Washington depuis hier jeudi 31 mars. Lors d’une conférence de presse à l’ambassade pakistanaise, le Secrétaire d’Etat pakistanais aux Affaires étrangères, Aizaz Chaudhry, a tenu à rassurer la communauté internationale en rappelant que sur les 2 734 incidents nucléaires enregistrés au niveau mondial, pas un seul ne s’était produit au Pakistan. Concernant l’arsenal nucléaire du pays – qui pourrait être la troisième puissance nucléaire dans le monde d’ici 2015 – Chaudhry a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’armes de dissuasion et non de combat, justifiant « le droit de se défendre » face à l’Inde et son programme nucléaire plus « ambitieux ».
Le développement du programme pakistanais inquiète néanmoins la communauté internationale qui craint que des armes ne puissent tomber entre les mains de terroristes de l’Etat islamique. L’EI a plusieurs fois mentionné le Pakistan comme une source potentielle de matériaux nucléaires. Pour le candidat à la primaire républicaine américaine, Donald Trump qui n’a pas manqué de s’exprimer sur le sujet, le Pakistan reste un « problème vital » pour les États-Unis parce qu’il ne contrôle pas suffisamment son arsenal nucléaire.
Himalayan Times – Le Népal se passerait bien des interventions de l’Inde et de l’Union européenne sur la question de sa Constitution. Lors du sommet UE-Inde qui se tenait à Bruxelles mercredi 30 avril, ces derniers ont insisté dans une déclaration conjointe sur la nécessité pour le Népal « d’établir une solution constitutionnelle durable et fédératrice ». Pour le gouvernement de Katmandou, cette déclaration « blesse les sentiments du peuple népalais » et vont à l’encontre du principe de non-ingérence dans les affaires internes d’un Etat tel qu’établi par la Charte des Nations Unies. Le ministère népalais des Affaires étrangères a insisté sur le fait que la Constitution avait été promulguée par une assemblée constituante élue démocratiquement et qu’elle répondait aux aspirations du peuple. Katmandou appelle donc au respect total de la souveraineté et des droits du peuple népalais et de son gouvernement, « capables de régler leurs problèmes par eux-mêmes et dans le cadre de la constitution »
Par Joris Zylberman, Juliette Buchez et Ryôma Takeuchi, avec Arnaud Dubus à Bangkok et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris