Revue de presse Asie - 30 mars 2016

Constitution thaïlandaise, indépendantistes hongkongais et rapprochement Maldives-Malaisie

Le projet de constitution thaïlandaise a enfin été dévoilé hier mardi 29 mars, non sans remous. Copie d'écran du Straits Times", le 30 mars 2016.
Le projet de constitution thaïlandaise a enfin été dévoilé hier mardi 29 mars, non sans remous. Copie d'écran du Straits Times, le 30 mars 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Un parti indépendantiste hongkongais ? « Cela va trop loin », rétorque Pékin. Le South China Morning Post reprend les termes du Global Times, porte-voix des autorités chinoises, qui fustige dans un editorial la création du Hong Kong National Party, dont l’objectif est « l’acquisition de l’indépendance par tous les moyens ». Une chimère pour le gouvernement central, qui décrit le nouveau parti comme « une blague » de « petits jeunes en quête de lumière ».
Yomiuri (en japonais) – Le budget national nippon a été voté à la Chambre Haute hier mardi 29 mars à Tokyo. Il s’élève à environ 850 milliards de dollars, et a été adopté à la majorité représentée par l’alliance conservatrice du Komeitô (bouddhiste) et du PLD au pouvoir (centre-droite). Shinzô Abe a annoncé que la hausse de la TVA comprise dans son plan économique (surnommé « Abenomics ») serait repoussée et qu’une décision serait prise en marge du sommet du G7 à Iseshima, le 26 ou le 27 mai prochain. Cette modification de l’agenda politique vise à rallier les forces politiques en vue des élections législatives de l’été prochain. Shinzô Abe a invité le ministre des Finances Aso à exécuter le budget en avance. Il estime que le Japon devra insister sur l’alignement des politiques économiques avec les autres pays du G7. Son prochain objectif est de relancer la demande intérieure du pays.
The Korea Herald – C’est presque une tradition en Corée du Sud : chaque élection apporte son lot de candidats aux casiers judiciaires bien remplis. Sur les 1102 concourant aux élections législatives du 13 avril, 38% ont déjà subi au moins une condamnation pour des motifs plus ou moins lourds : conduite en état d’ivresse, détournement de fonds ou encore adultère. Tout cela sans prendre en compte la fraude fiscale et le non-accomplissement de leurs obligations militaires. D’après l’éditorial du Korea Herald, les électeurs doivent donc faire le tri que les lois électorales et les processus de disqualification des candidats ont été incapables d’effectuer.
Channel News Asia – Le projet de loi taïwanais sur le contrôle des relations inter-détroit (cross-Taiwan Strait supervision law) fait grincer les dents de Pékin. Et la Chine l’a fait savoir par la voix du porte-parole de son Bureau des Affaires taïwanaises, An Fengshan : « Nous nous opposerons à toute action pouvant porter atteinte aux bases de consultation et de négociation entre les deux rives, pouvant interférer ou empêcher des progrès significatifs, ou posant des obstacles artificiels au développement de nos relations. » Les autorités continentales craignent que la nouvelle présidente Tsai Ing-wen ne profite d’un ressentiment anti-chinois mis en lumière en 2013 par l’occupation du Yuan législatif (équivalent de l’Assemblée nationale) par des étudiants opposés à la signature de l’Accord commercial sur les services entre les deux rives.

Asie du Sud-Est

The Guardian – Il est le premier président civil élu depuis près d’un demi-siècle en Birmanie et devrait être d’une aide précieuse pour Aung San Suu Kyi. Htin Kyaw est arrivé au Parlement birman aux côtés de la Dame de Rangoun où il a prêté serment mercredi 30 mars. Celle-ci n’a pu prétendre à la présidence ayant des enfants de nationalité étrangère, ce qui est interdit pour un candidat à la présidence en vertu d’un article de la constitution de 2008. Le président, proche de Aung San Suu Kyi, aurait néanmoins l’intention de modifier la constitution. Dans son discours, le nouveau chef d’État a promis d’œuvrer « pour la réconciliation nationale, la paix dans le pays et l’émergence d’une nouvelle constitution pour ouvrir la voie vers une union démocratique et l’amélioration des conditions de vie du peuple ». La participation des militaires au pouvoir reste néanmoins importante, la constitution leur attribuant 25% des sièges au Parlement. A relire, notre temps fort : « La Birmanie aux portes de la démocratie ? ».
The Straits Times – La Malaisie semble dire tout et son contraire d’un jour à l’autre. Après avoir accusé Pékin puis rétracté ses accusations, les autorités maritimes du pays ont encore changé d’interprétation : selon elles, les bateaux de pêche chinois auraient bien navigué dans la zone économique exclusive malaisienne. Cela contredit le ministre de la Défense qui, s’appuyant sur des informations de la Marine Royale malaisienne, indiquait le contraire lundi 28 mars. Selon la Malaysian Maritime Enforcement Agency (MMEA) – l’Agence des gardes-côtes –, les bateaux chinois n’auraient pas répondu aux appels radio. Le chef de l’Agence qui a saisi près de 826 bateaux entrés sans autorisation dans les eaux malaisiennes par le passé, a souligné avoir fait preuve de retenue et « qu’il revient au ministre des Affaires étrangères d’agir ». Pékin maintient pour le moment que ses bateaux naviguaient dans les zones de pêche chinoises.
The Straits Times – Après plusieurs mois de tergiversations, le projet de nouvelle constitution thaïlandaise a été rendu public hier mardi 29 mars. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il reflète la volonté de la junte de s’accrocher au pouvoir. Le gouvernement militaire se réserve ainsi le droit de nommer les 250 sénateurs de la Chambre haute, et la Chambre basse pourra désigner un Premier ministre non élu « en cas d’impasse »… Le président de la Commission chargé de la rédaction du projet de constitution se justifie : « La démocratie ne consiste pas à accorder la suprématie au peuple, mais aux bénéfices pour le peuple. » Et si le texte doit être soumis au référendum le 7 août prochain, les débats devront être strictement encadrés par la Commission électorale sous réserve d’être déclarés illégaux. Plusieurs forces d’opposition ont d’ores et déjà appelé à rejeter le projet tel que le Pheu Thai Party (majoritaire à la Chambre des Représentants), craignant que la nouvelle Constitution ne « prenne la population en otage, n’institue un gouvernement faible et instable, et ne décourage les investisseurs », rapporte The Nation.
Tempo.co – La sécurité des dix membres d’équipage d’un bateau indonésien détourné vers les Philippines est devenue la « priorité » du général indonésien Gatot Nurmanto. Depuis le quartier général de l’armée nationale indonésienne, Gatot a indiqué coopérer avec l’armée philippine, tout en précisant qu’aucune force militaire indonésienne n’avait été déployée, les otages se trouvant aux Philippines et non en territoire indonésien. Le propriétaire du bateau aurait été contacté par des membres du groupe séparatiste islamiste philippin Abou Sayyaf. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a indiqué qu’une rançon avait été demandée mardi 29 mars.

Asie du Sud

The Indian Express« Il y a une différence entre urgence et fascisme. Il y a une différence entre les émeutes de 2002 et les émeutes contre les Sikhs », avait déclaré à la télévision Kanhaiya Kumar, président de l’Union des Etudiants de l’université Jawaharlal Nerhu (JNU). En 1984, les Sikh avaient été pris pour cible à travers le pays après l’assassinat d’Indira Gandhi ; en 2002, l’Etat du Gujarat a été le théâtre de violences communautaires entre Hindous et Musulmans. Kanhaiya Kumar suggère que l’Etat indien tente de réprimer les étudiants sur un mode qui tient plus des événements de 2002, un « état d’urgence non déclaré » selon lui. Mais les alliés du leader estudiantin refusent de nuancer un tant soit peu les événements de 1984. Les mouvements de gauche considèrent unanimement que les deux événements sont des actes de violence politique « orchestrés par l’Etat », et Kanhaiya Kumar a fini par s’aligner.
Pakobserver – Plus de 500 personnes ont été arrêtées dans le cadre des opérations dirigées par le Général et chef de l’Armée Pakistanaise Raheel Sharif. La totalité du corps politique se joindra à cette opération qui est maintenant considérée comme d’intérêt national, d’après Rana Sanaullah, ministre de la Justice du Pendjab. L’armée, la police et les forces antiterroristes seront mobilisées ensemble, et jouiront d’un même statut juridique, contre les « tentatives de créer une distinction entre elles ». On dénombre 56 opérations menées par la police dans le Pendjab, 16 par les forces antiterroristes et 88 par la police locale soutenue par les agences de renseignement. Plus de 5000 personnes ont été interpellées puis relâchées après vérification de leur profil. Environ 200 personnes sont restées aux mains des forces de l’ordre, mais les responsables des attaques de dimanche dernier n’ont pas été trouvés. Ces démarches se poursuivront dans les prochains jours. Le Sydney Morning Herald montre des manifestations contre les attaques et le deuil des familles des victimes et des chrétiens au Pakistan. Certaines mobilisations sont mixtes.
Maldives Independent – Ce sont des « punitions injustes » selon le président Abdulla Yameen. Le pays est régulièrement dénoncé pour violation des droits de l’homme, notamment depuis l’arrestation de l’ex-président Mohamed Nasheed. Les membres de l’opposition sont régulièrement arrêtés, et le gouvernement des Maldives est aussi soupçonné de détournement de fonds liés au tourisme qui fait la fierté du pays. Le mois dernier, l’Etat insulaire avait bénéficié de l’appui diplomatique de l’Inde et du Pakistan, et il cherche à présent le soutien de la Malaisie, autre pays membre du Commonwealth. Le rapprochement bénéficie de thématiques communes : la lutte contre le terrorisme, la défense des petits Etats dans la communauté internationale… et d’énormes scandales de corruption à faire oublier.
Par Alexandre Gandil, Juliette Buchez et Ryôma Takeuchi, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris