Economie
Témoin - Mon école d’art à Pékin

 

Atelier : nouvelle année, nouveaux défis

Une élève d’Atelier en plein cours.
Une élève d’Atelier en plein cours. (Crédit : D.R.).

Après la parution de mon dernier article, j’ai été assez surprise et très touchée du soutien des lecteurs, amis virtuels ou pas, connaissances vagues, commentateurs sans visages pour qui cette histoire résonnait.

J’ai donc reçu plusieurs propositions d’aides, idées, mises en relation qui ont abouti ou non, mais qui m’ont aidée à reprendre confiance en mon projet, à le défendre et à parler de ma situation.

Forte de cette confiance renouvelée et de la mini-onde qu’a provoquée mon dernier papier, j’ai donc rencontré plusieurs types de personnes souvent par mise en relation parfois grâce à mon culot retrouvé pour leur exposer ma problématique.

Le paysage autour de moi s’est redessiné.

Je ne m’étendrai pas sur ceux qui ne m’ont pas aidée, qui m’ont prise pour une professeure de dessin avec des états d’âme ; en bref, tous ceux qui ne m’ont jamais envisagée comme ce que je suis réellement, à savoir : une entrepreneure, professionnelle dans mon activité avec un vrai savoir-faire et un business plan valable.

J’ai heureusement aussi rencontré des personnes curieuses, intéressées, enthousiastes et généreuses parmi notre public élargi chinois. Des mères de familles, actives ou non, des directrices d’école, des millionnaires ; des personnes qui m’ont proposé leur aide – désintéressée ou pas, pour soutenir un projet qui leur paraît pertinent. Un projet éducatif qui a du sens aujourd’hui en Chine et pour la Chine.

J’ai aussi beaucoup douté. A Pékin, c’est l’hiver. Nous avons passé Noël sans notre famille, nous avons vu nos amis, nos clients, les camarades de classe de nos filles partir en vacances; et nous nous restons là.

Nous n’avons plus les moyens de notre mode de vie. Alors, j’ai aussi beaucoup réfléchi : à quoi bon rester, élever nos filles loin de nos familles, vivre dans une ville sans fin, dans un pays qui a mauvaise presse pour la pollution de son air et de sa nourriture.

De plus, les frais engagés par la vie d’un immigré en Chine sont énormes : l’assurance, l’école, le loyer, la nounou (puisque l’école française finit très tôt, ne propose pas de garderie et qu’il y a des vacances tous les mois et demi.). Or, cet hiver nous n’y arrivons pas.

Dans ces moments de doute, je repense à ces parents motivés, qui me demandent de leur expliquer ce qu‘on fait à Atelier ; ces parents à qui je parle d’art mais aussi de créativité, d’ouverture sur le monde, de culture générale, de confiance en soi, d’autonomie et qui m’écoutent en hochant la tête et en laissant petit à petit un sourire apparaître sur leurs lèvres. Ces parents qui me remercient de proposer quelque chose de différent ; ces parents qui nous aident, qui partagent, qui parlent de nous.

Je me dis alors qu’il faut que je tienne le coup, que je reste, que je fais quelque chose d’important et que les enfants qui passent par Atelier auront appris quelque chose qui fera évoluer – ne serait ce qu’un peu – leur rapport au monde.

Comme les cours de dessin que j’ai pris enfant ont participé à ce que je suis maintenant et dont je garde des souvenirs émus.

En Chine, notre travail est d’autant plus crucial que les enfants vivent ici dans des contextes hyper compétitifs – que ce soit dans les écoles internationales ou chinoises avec des enjeux différents. Ainsi, il n’est pas rare de voir des enfants de six ans aller à des cours de sport, de langue, de science, d’échecs, de musique. Or, la plupart de ces centres d’éducation basent leur marketing sur l’excellence, la compétitivité et les enfants y vont sans plaisir.

J’ai parfois le cœur serré de voir ces enfants épuisés, qui courent du lundi au dimanche ; et je me rassure en me disant qu’ils sont heureux à nos cours, qu’ils s’y épanouissent et que certains d’entre eux viennent à plusieurs cours par semaine parce qu’ils se sentent bien chez nous, parce que nous ne leur mettons pas la pression à laquelle ils sont confrontés partout, tout le temps.

De leur côté, les parents sont eux à la recherche d’une éducation parfaite, tout en ne sachant pas trop quoi attendre de nos cours d’art. Ils n’ont pas de point de comparaison, souvent dégoutés par leur propre expérience scolaire, ils rêvent de quelque chose de différent pour leurs enfants sans savoir vraiment quoi. Ils ont malgré tout ce besoin permanent de se rassurer sur l’utilité de ces cours, à travers des résultats, un niveau, un classement, quelque chose de tangible et quantifiable.

Nous proposons le contraire. Je passe des heures à écrire, décrire, réfléchir à comment leur expliquer l’intangible. « Créativité », « esprit critique », « ouverture sur le monde », « confiance en soi », « background culturel » sont les mots-clés que j’apprends à manier petit à petit pour expliquer à ces parents avides de sens ce que nos cours peuvent apporter à leur enfant. Puis, quand je discute avec eux, souvent, je m’emballe, je finis par expliquer les yeux brillants que l’éducation artistique va changer la vie de leur enfant et en faire un citoyen pensant et un acteur d’un monde meilleur et j’y crois vraiment. Les parents me regardent un peu étonnés et ébahis et me remercient d’avoir mis des mots sur l’invisible.

Atelier tient donc le coup contre vents et marées, mais il ne faudrait pas que l’eau monte trop.

Je prends des cours de comptabilité. Je fais partie de groupes d’entrepreneurs qui s’entraident, je parle de mon projet à qui veut l’entendre et surtout je continue de croire que le travail acharné et la motivation réelle de ma toute petite équipe payeront ; que parmi toutes les rencontres que je fais, je tomberai sur quelqu’un de passionné qui saura m’aider.

J’ai peur parfois de ne pas réussir à changer d’échelle, de ne pas être capable de proposer un futur à mes employés qui leur donnera envie de rester. Mais dans ces cas là, je pense que l’ouverture sur la créativité que nous proposons aux enfants entre une et deux heures par semaine est un moyen d’agir sur le monde et qu’il ne faut pas laisser tomber.

A propos de l'auteur
Marianne Daquet
Marianne est arrivée en Chine il y a neuf ans, un peu par hasard à la suite de la rencontre au mariage d'amis d'un Français établi à Pékin depuis plusieurs années. Venue pour des vacances et un flirt, elle s'installe dans la capitale chinoise, y développe son activité d'artiste et commence à donner des cours d'arts pour gagner sa vie. En 2012, elle fonde en collaboration avec une autre Française, une école d'art nommée Atelier. Installée dans un appartement d’un quartier assez central, on y enseigne l'art aux enfants, adolescents et adultes de toutes nationalités. Marianne s'est lancée début 2015 dans une nouvelle aventure en ouvrant une deuxième branche d'Atelier à Shunyi, dans la périphérie pékinoise.