Revue de presse économique - Vendredi 23 octobre 2015

L'Eco de la presse asiatique

Copie d’écran du site China Daily.
Copie d’écran du site China Daily.
Ne surtout pas parler des sujets qui fâchent. Voilà maintenant près de trois ans que Londres en rêve de cette visite de Xi Jinping au Royaume-Uni. Trois ans que la diplomatie britannique lisse tout ce qui dépasse et pourrait froisser Pékin, trois ans que les autorités du 10 Downing Street s’affichent comme « le pays occidental le plus ouvert à la Chine ». Et oui, les affaires sont les affaires et il ne faudrait surtout pas « politiser les opérations commerciales, a prévenu Xi. Les entreprises chinoises ne doivent pas être considérées avec partialité. » La croissance chinoise ralentie, mais le patron de la deuxième économie du monde est reçu comme le messie par une Europe convalescente. God Save The Business ! 18 ans après la rétrocession de Hong Kong, ce n’est plus seulement le tapis rouge, mais tout le vaisselier de la Reine qui a été sorti des armoires de Buckingham pour accueillir le couple impérial chinois. D’aucuns s’interrogeront sur la différence de traitement réservé à la Russie en matière commerciale. Mais chuuuuuuuut, au risque d’y perdre son âme, une partie des Européens voient en la Chine une grande démocratie. Et cette visite marque à coup sûr, en mal ou en bien, le début de nouvelles relations entre les deux continents.

God save the business! Xi Jinping au Royaume-Uni

Un « conte de fée » sino-britannique

Global Times (22.10.2015) – Ils sont contents les internautes chinois, nous dit le Global Times à Pékin. Ils sont contents de la séquence Xi Jinping dans le carrosse de la reine d’Angleterre, perçu comme le début d’un « conte de fée ». Ils ont aimé aussi le menu, en français s’il vous plaît, servit au couple présidentiel chinois. Enfin, ils ont trouvé « cool » la visite au pub avec David Cameron, et le sourire humecté de mousse du président chinois. Rien à redire de cette visite d’Etat au Royaume-Uni, dans les commentaires sélectionnés par le quotidien anglophone connu pour son attachement à la ligne du parti. Ah si, juste ces quelques caractères d’un certain @chaunxiaohuai : « Le président Xi a regardé leur ciel bleu ! », souligne cet internaute, manière indirecte de critiquer la chape de pollution qui obscurcit l’horizon des mégalopoles chinoises.

Areva sauvé par les Chinois

The Times of India (18.10.2015) – Parmi les nombreux contrats signés à l’occasion de la visite de Xi Jinping à Londres, celui portant sur la construction de deux réacteurs nucléaires EPR à la centrale d’Hinkley Point au sud de l’Angleterre a suscité de nombreux commentaires. L’accord conclu dimanche soir porte sur un ménage à trois entre Français, Britanniques et Chinois. « C’est la bonne nouvelle qu’attendait la filière française », a affirmé le président d’EDF, Jean-Bernard Levy dans des propos repris par le Monde. Il s’agit en effet des premiers réacteurs vendus en Occident depuis la catastrophe de Fukushima en mars 2011. En plus de la filiale britannique d’EDF, Areva, Alstom et Bouygues seront du chantier. L’accord qui prévoit une coentreprise entre EDF et le Chinois GNPC (China General Nuclear Power Corporation) a aussi ses détracteurs. « La centrale d’Hinkley Point n’a aucun sens », estimait ainsi mercredi The Guardian, avant d’enfoncer le clou dans un autre article consacré à l’accord nucléaire le plus « fou » de l’histoire. Côté chinois, @zhousiyi dénonce lui aussi ce contrat signé en grande pompe : « Les contribuables chinois, note cet internaute sur le site du Global Times, vont devoir payer la facture de la centrale nucléaire la plus chère du monde. »

Londres à vendre sur Alibaba

South China Morning Post (21.10.2015) – Pour illustrer la visite de Xi Jinping à Londres, le dessinateur du South China Morning Post a choisi de croquer un couple de vieux Chinois. Les petits porteurs réunis devant l’ordinateur familial se demandent sur quelles valeurs investir. « Qu’est-ce que tu comptes acheter », interroge le papy ? « Tower Bridge, j’espère » – le pont basculant de la Tour de Londres -, répond la grand-mère malicieuse en croisant les doigts.

Parler football plutôt qu’acier

China Real Time (20.10.2015) Voilà un moment que l’on sait le président chinois fan du ballon rond, et celui-ci n’a pas manqué de le rappeler à l’agence Reuters avant d’arriver chez les inventeurs du soccer. Xi Jinping a ainsi passé sa quatrième et dernière journée de voyage d’Etat ce vendredi, par une visite du club de football Manchester City. L’occasion d’échanger les maillots après les banquets et les défilés, relève le site de CCTV America. Un clin d’œil adressé aux investisseurs britanniques : « Mon plus grand espoir pour le football chinois est que l’équipe de Chine deviennent l’une des meilleures au monde, a déclaré le président chinois. Nous allons poursuivre nos objectifs, renforcer les formations en matière de football pour les jeunes, réformer le monde du foot en Chine et renforcer la coopération internationale. » Une manière aussi de ne pas parler d’autre chose alors que David Cameron marche sur des œufs avec la Chine. Pas question notamment de défendre les aciéries britanniques victimes de ce qu’elles considèrent comme du « dumping » de la part des concurrents chinois rapporte encore The Guardian.

Transport aérien en Inde et robots en Thaïlande

IndiGO veut lever plus de 350 millions d’euros

India Infoline (20.10.2015) – « Aller plus haut », comme dit la chanson. Le propriétaire de la compagnie aérienne à bas coût IndiGO a de grandes ambitions et le fait savoir cette semaine. InterGlobe Aviation a soumis jeudi son dossier aux régulateurs indiens en vue de la plus grosse IPO sur le marché indien depuis trois ans. Le patron de la compagnie entend lever jusqu’à 400 millions de dollars (353 millions d’euros) dans l’opération, observe le site India Infoline News Service. L’offre publique d’achat doit débuter lundi 26 octobre et s’achever deux jours plus tard. Comme la Chine, l’Inde connaît aujourd’hui un boom du transport aérien avec à la fois une très forte demande pour les voyages en avion et une concurrence acharnée entre les acteurs.

Thaïlande : des robots et des hommes

South China Morning Post (21.10.2015) – Il n’y a pas que dans la province chinoise du Guangdong que les robots remplacent progressivement les hommes sur les chaînes de montage. Robots, imprimantes 3 D, nuages de stockage des données sur Internet, « vont voler » le travail des ouvriers en Thaïlande et dans les pays à faibles niveaux technologiques, affirme la Banque Asiatique de Développement (BAD) dans un rapport publié ce mardi 21 octobre. Près de 26 % des emplois salariés en Thaïlande, 21 % en Indonésie et 20 % aux Philippines ont ainsi de fortes chances de disparaître pour être remplacés par des machines. La seule façon de contrebalancer cette destruction d’emplois est d’investir dans l’éducation, indique le rapport. C’est la fin du « poinçonneur des Lilas » sur les chaînes de montage. Les tâches routinières vont progressivement être supprimées. Les métiers d’ingénieurs, de graphistes, spécialistes des tâches d’impression ont en revanche un bel avenir, affirme la BAD.
Copie d’écran du South China Morning Post.
Copie d’écran du South China Morning Post.

Baisse du chômage à Taïwan et manifestation des médecins à Hong Kong

Taïwan : le chômage en recul

The China Post (23.10.2015) – Le chiffre ferait rêver bien des gouvernements dans le monde. C’est en tout cas, le taux le plus bas en 15 ans, se félicite notre correspondant à Taipei Victor Yu. Le taux de chômage s’est établi à 3,89 % de la population active taïwanaise en septembre. Taïwan comptait 454 000 sans emploi en septembre. A titre de comparaison, le taux de chômage approche les 3,6 % en Corée du Sud, 3,4 % au Japon, 3,3 % à Hong Kong et 2,2 % à Singapour.

Manifestation des médecins à Hong Kong

South China Morning Post (21.10.2015) – Des blouses blanches et des centaines de feuilles de papier A4 avec un seul caractère noir sur fond blanc : « Colère ! » Plus d’un millier de médecins ont manifesté en début de semaine devant l’hôpital Queen Elisabeth de Hong Kong pour demander une hausse des salaires. Un mouvement entendu par la direction qui promet d’interroger le conseil d’administration pour répondre à l’attente des personnels médicaux qui demande une augmentation minimum de 3 % sur leur fiche de paie.

Automobile et Acier

Chine : Uber revendique 30 % du marché

The Times of India (21.10.2015) – On vous parlait la semaine dernière de la première licence accordée au Chinois Didi Kuaidi à Shanghai. Visiblement, son principal concurrent a lui aussi de quoi se réjouir. Uber revendique près de 30 % des parts du marché chinois où il a lourdement investi, affirme son fondateur Travis Kalanick. Le service américain de réservation de véhicule avec chauffeur sur Internet dit enregistrer presque autant de trajets pour ses chauffeurs en Chine qu’aux Etats-Unis, note pour sa part le quotidien The Hindu, tout en reconnaissant rester loin derrière Didi Kuaidi. Une manière aussi de faire pression sur les autorités chinoises accusées de privilégier le leader local.

Toyota rappelle 6,5 millions de véhicules

The Strait Times (21.10.2015) – Il s’agit d’une simple vérification, paraît-il, mais qui a de grosses conséquences en termes logistiques et financiers pour le géant japonais de l’automobile. Toyota a annoncé mercredi le rappel de 6,5 millions de véhicules dans le monde pour « vérifier le fonctionnement de la commande principale du lève-vitre ». Les véhicules concernés ont été produits entre 2005 et 2010, dont des modèles de Yaris, de Corolla, de Camry ou RAV4. C’est un deuxième coup dur pour la marque qui a déjà fait revenir près de 10 millions de voitures au garage ces derniers mois, en raison d’airbags défectueux.

Chine : la production d’acier en chute libre

The Australian (21.10.2015) – La production d’acier ne cesse de reculer en Chine. Selon l’agence Bloomberg citant un haut dirigeant des aciéries chinoises Baosteel, la production du secteur devrait fondre de 20 % malgré les investissements du groupe dans le projet Zhanjiang. La Chine reste le premier pays producteur et consommateur d’acier dans le monde. Un secteur aujourd’hui en surcapacité du fait du ralentissement de la croissance et de la crise du bâtiment. Ce qui se passe dans les aciéries chinoises est crucial pour l’Australie, souligne The Australian qui rappelle que les mines australiennes ont exporté pour 50 milliards de dollars de minerai de fer en Chine l’an passé.
Copie écran du site The Irrawaddy.
Copie écran du site The Irrawaddy.

Colombo et Tokyo ont besoin de la Chine

Le Sri Lanka demande à Pékin de renégocier ses prêts

Colombo Post (21.10.2015) – Le nouveau gouvernement sri-lankais aimerait tourner la page. Colombo a exhorté cette semaine Pékin à mettre leurs différends au placard, afin d’aider le pays d’Asie du Sud parmi les plus touchés par la crise financière. Une crise liée en partie aux prêts contractés sous le précédent gouvernement Mahinda Rajapakse. « Les prêts chinois sont une grande partie de notre problème, affirme ainsi Ravi Karunanayake, le ministre sri-lankais des Finances. Une grande partie des dépenses du gouvernement va dans leur entretien. »

Les relations entre Colombo et Pékin sont tendues depuis que l’ex-allié de la Chine, Mahinda Rajapakse a été évincé du pouvoir en janvier dernier. Près de 70 % des projets d’infrastructures dans le pays ces six dernières années ont été financés par la Chine et construits par des entreprises chinoises. Or si Pékin ne fait pas un geste pour alléger ses prêts, le Sri Lanka se retrouvera dans la situation de la Grèce il y a quelques mois. Le pays se dirige vers une crise de la dette.

Japon : les exportations au ralenti

The Japan Times (21.10.2015) – C’est un nouveau coup de frein sur la croissance des exportations japonaises. Affectées par la baisse de la demande chinoise, les exportations de l’Archipel ont fortement ralenti en septembre, laissant ressurgir la crainte de retomber dans la récession. Selon le ministère japonais des Finances, les exportations n’ont augmenté que de 0,6 % en rythme annuel le mois dernier. C’est le rythme le plus faible depuis août 2014 et un recul brutal depuis le mois d’août (+3,1 %).

Birmanie : le trop bon ménage de la junte et du jade

Asia Times (23.10.2015) – C’est un trafic ultra-lucratif pour les grandes familles de la junte. Selon un rapport publié ce vendredi par l’ONG Global Witness, la Birmanie aurait vendu pour près de 27,5 milliards d’euros de jade en 2014. C’est à peu près dix fois le montant des ventes annoncées officiellement, souligne le Myanmar Times. Malgré les réformes et l’approche des élections, les mines de jade restent le domaine réservé de l’élite. Les observateurs locaux en appellent à une restructuration totale du secteur, indique The Irrawaddy. Car ce pillage des ressources naturelles provoque des tensions, voir des conflits avec les populations locales poursuit le Bangkok Post. Selon Pékin, près de 11 milliards d’euros de jade birman sont arrivés en Chine en 2014.

Par Stéphane Lagarde