Revue de presse économique - Vendredi 18 septembre 2015

L'Eco de la presse asiatique

Le président chinois Xi jinping et son homologue américain Barack Obama. Copie d’écran du site South China Morning Post, le 18 septembre 2015 (Photo : Xinhua).
Le président chinois Xi jinping et son homologue américain Barack Obama. Copie d’écran du site South China Morning Post, le 18 septembre 2015 (Photo : Xinhua).
Décidemment, le vent souffle plein Ouest cette semaine. Alors qu’on apprenait mercredi la dégradation de la note souveraine du Japon, la capitale de la province du Sichuan dans le Grand Ouest chinois devenait la destination numéro 1 des investisseurs. Lancée avant l’entrée de Pékin dans l’OMC en 2001, la stratégie du « Go West » aurait donc fini par marquer des points ; les pandas de Chengdu font désormais territoire commun avec les usines des géants de l’électronique et les derniers investissements en matière d’aéronautique. Mais le grand pas vers l’Ouest, c’est aussi ce sommet la semaine prochaine entre la première et la deuxième économie du monde. Pour sa nouvelle visite aux Etats-Unis, le président Xi Jinping emporte un TGV chinois dans ses bagages, une liste de « corrompus » à extrader et des contrats à signer.

Relations bilatérales

Chine-Amérique : au moins 15 grands patrons chinois dans la délégation de Xi Jinping aux Etats-Unis – South China Morning Post (18.09.2015) – Aux grands évènements, les grands moyens. Le dossier multimédia que consacre le South China Morning Post à la visite du président chinois mardi prochain aux Etats-Unis, vaut le coup d’œil. Au-delà de l’agenda de Xi Jinping lui-même, le quotidien anglophone propose le trombinoscope des patrons chinois qui seront du voyage. Au moins une quinzaine de chefs d’entreprise et de dirigeants de compagnies d’Etat participeront au dialogue sino-américain proposé par l’Institut Paulson le 23 septembre prochain. Parmi eux, Jack Ma, le patron d’Alibaba, Ma Huateng pour Tencent, Yang Yuanqing de Lenovo, ou encore le gouverneur de la banque de Chine, le directeur d’ICBC (Industrial and Commercial Bank of China), le patron de China State Construction Engineering Corp… Tous ces visages donnent une idée des thèmes qui seront développés par les deux chefs d’Etat : Internet, électronique, investissements, rail, etc. Le président chinois devrait renouveler également son appel à l’extradition de hauts fonctionnaires ou de patrons d’entreprise d’Etat chinois « corrompus » et exilés aux Etats-Unis. Mais surtout, et c’est l’un des moments attendus de ce sommet, Xi Jinping et Barack Obama devraient discuter des avancées concernant les échanges bilatéraux. Un traité donnant aux entreprises des deux pays un meilleur accès à leurs marchés respectifs est dans les tuyaux. Selon le South China Morning Post, la diplomatie commerciale a mis les bouchées doubles ces derniers jours pour tenter de lisser les secteurs qui restent fermés aux entreprises chinoises et américaines. Malgré ces efforts et de l’avis de certains diplomates, il sera difficile de parvenir à un accord au cours de cette visite officielle.

Infrastructures

Un consortium sino-américain pour la construction d’une ligne TGV aux Etats-Unis – China Radio International (17.09.2015) – Voilà longtemps que la Chine ambitionne de vendre ses fusées du rail aux Etats-Unis et l’accord signé cette semaine entre la compagnie d’Etat chinoise, China Railway International USA, et l’entreprise privée américaine, XpressWest, devrait contribuer à ouvrir le marché américain. Le premier contrat devrait porter sur la construction d’une ligne à grande vitesse de 370 kilomètres reliant Las Vegas à Los Angeles, sachant que la société XpressWest est basée dans la capitale du jeu et spécialisée dans les casinos. L’annonce a été faite lors d’un forum organisé par le gouvernement américain en préparation de la visite de Xi Jinping, souligne le South China Morning Post. Les choses pourraient donc se concrétiser une fois le président chinois arrivé sur le sol américain, et les travaux pourraient débuter dès 2016.

Grandes fortunes

Les millionnaires en Asie-Pacifique plus riche qu’en Amérique du Nord – The Straits Times (17.09.2015) – Qui veut des millionnaires ? Voilà longtemps que l’argent n’a plus de frontière et que les grandes fortunes pullulent en Asie. Le grand changement dans ce nouveau Monopoly planétaire, c’est qu’il est désormais question de volumes. En matière d’opulence pour quelques-uns, l’Asie frôlerait ainsi l’obésité. Selon Capegemini et RBC Wealth management, l’Asie-Pacifique qui totalisait déjà le plus grand nombre de personnes fortunées sera bientôt numéro 1 en termes de richesses cumulées. Les millionnaires en Asie-Pacifique vont devenir les plus riches du monde en 2015, leur fortune globale dépassant celle des millionnaires d’Amérique du Nord. La Chine et l’Inde arrivant évidemment en tête pour le nombre de « personnes de haute valeur », comme les appellent les auteurs de l’étude, visiblement très premier degré.

Dette publique

Japon : la note souveraine baisse d’un cran – Bloomberg (16.09.2015) – Les débuts pourtant qualifiés de « prometteurs » des « Abenomics », n’y ont donc rien fait ! Mercredi, Standard and Poor’s a diminué d’un cran la note souveraine de l’Archipel. Tokyo voit son appréciation rétrogradée de « AA-«  à « A+ », loin du très prestigieux triple A perdu en 1998. L’agence de notation financière souligne que le revenu par tête d’habitant a diminué de plus de 10 000 dollars entre 2011 et 2014. La dette nippone qui s’est envolée avec la bulle financière des années 1990, dépasse aujourd’hui un million de milliards de yens, soit 7 400 milliards d’euros. Heureusement, les choses semblent s’améliorer du côté du déficit commercial qui a diminué de 40 % en août, aidé par la chute des prix du pétrole. Les exportations japonaises continuent toutefois de marquer le pas en volume, sous l’effet notamment du ralentissement de l’économie chinoise.

Mégalopoles

Chengdu, la nouvelle capitale économique chinoise ? – South China Morning Post (15.09.2015) – Shanghai et le Bund n’ont qu’à aller se rhabiller, c’est désormais Chengdu (prononcer « ou ») qui est la favorite des investisseurs en Chine, selon un think tank américain. Chengdu et ses pandas, son célèbre pot-au-feu ultra épicé et ses jolies filles. Mais aussi désormais, Chengdu et son capital humain, son boom de l’emploi et ses technologies haut de gamme. La capitale du Sichuan serait passée en tête des villes les plus attractives de l’empire, devant Shanghai (2ème), Tianjin (3ème) et Pékin (13ème). La nouvelle capitale économique a bénéficié du soutien de l’Etat central, note l’Institut Milken. Selon le groupe de réflexion basé aux Etats-Unis, la métropole du Grand Ouest chinois serait aussi devenue leader en matière d’investissements dans l’aéronautique et l’électronique.
Copie Ecran 2 (Didi Kuaidi & Lyft) / Légende : Copie d’écran du site Caixin, le 17 septembre 2015.
Copie Ecran 2 (Didi Kuaidi & Lyft) / Légende : Copie d’écran du site Caixin, le 17 septembre 2015.

Transports

Chinois et Américains : Didi Kuaidi s’allie à Lyft contre Uber – Caixin (17.09.2015) – Didi Kuaidi dit oui à Lyft, et c’est bien d’un mariage de raison dont on parle ici. En investissant 100 millions de dollars dans l’Américain Lyft, le Chinois entend contrer l’expansion d’Uber. L’accord rendu public mercredi permet en effet aux passagers en Chine continentale et aux Etats-Unis de trouver plus vite une voiture avec chauffeur sur l’une des deux applications désormais jumelles et en réseau. Cheng Wei, le directeur exécutif de Didi Kuaidi parle du partenariat avec Lyft comme d’une « collaboration sans précédent. » La société chinoise, il est vrai, ne manque pas d’ambition. Didi Kuaidi propose aujourd’hui ses services de transport dans plus de 360 villes en Chine, rappelle le South China Morning Post. L’entreprise a modifié son logo la semaine dernière et son application taxi se prépare à changer de nom. Didi Dache (littéralement « attraper un taxi » en mandarin), doit devenir Didi Chuxing (« navette ») pour se démarquer de son image de « taxi illégal » dans un contexte de répression des services de voitures de tourisme avec chauffeurs. De son côté, le directeur exécutif d’Uber China, Travis Kalanick, affirme qu’il offre 1 million de courses par jour en Chine continentale et Uber devrait bientôt s’afficher dans 100 villes chinoises contre 20 jusqu’à présent.

Emploi

Inde : 2,3 millions de candidats pour des « petits boulots » – Inquirer.net (18.09.2015) – Les autorités de l’Uttar Pradesh ne s’attendaient pas à une telle avalanche de candidatures. Plus de deux millions trois cent mille personnes ont répondu à l’annonce publiée par le gouvernement de l’Etat le plus peuplé de l’Inde. Au total 368 postes étaient en jeu : des emplois dans l’administration, des « petits boulots », selon l’agence Reuters dont la dépêche est reprise également par le Manilla Times aux Philippines. Faire des petites courses, préparer le thé… La plupart de ces emplois correspondent à un niveau « fin d’école primaire » ; la seule compétence exigée est de savoir monter à bicyclette, souligne le journal anglophone. Or, il se trouve que parmi ces millions de candidats figurent de nombreux diplômés du supérieur. Cette ruée désespérée vers l’emploi constitue un défi pour Narendra Modi. Le Premier ministre indien est arrivé au pouvoir l’année dernière en promettant aux électeurs croissance et travail. La moitié de la population indienne est aujourd’hui âgée de 25 ans et dans l’Uttar Pradesh, Etat dont la superficie approche celle du Brésil, les emplois manquent visiblement.

Balance commerciale

Pakistan-Afghanistan : le commerce contre la terreur – Dawn News (17.09.2015) – Le temps des promesses est déjà loin, et le bilan est triste à pleurer. On se souvient d’Islamabad et Kaboul promettant de tripler leurs échanges commerciaux d’ici à fin 2017. On se souvient aussi que peu après sa prise de fonction l’année dernière, le président afghan s’était empressé de signer une série d’accords économiques avec le pays voisin. Ces accords entraient dans le cadre d’un rapprochement plus large comprenant l’échange de renseignements notamment. Dans sa guerre contre les insurgés, Ashraf Ghani avait fait du développement économique une priorité, ces conventions commerciales étant aussi une étape vers des relations plus chaleureuses avec le Pakistan. Selon les responsables cités par l’agence Reuters, tous ces beaux engagements sont au point mort. « Il n’y a eu aucun progrès depuis que les accords ont été signés », fait ainsi savoir Musafer Qoqandi, le porte-parole du ministère afghan du Commerce.

Parmi les points de discorde, l’accord ou non d’Islamabad pour laisser les exportations afghanes traverser son territoire jusque chez le rival indien. Certains en Afghanistan continuent également de soupçonner les services secrets de soutenir les Taliban. Un regret partagé par les experts pakistanais cités par Reuters. « Si le Pakistan et l’Afghanistan ne sont pas en mesure de se mettre d’accord sur des initiatives au plan commercial et qui profitent aux deux pays, s’interroge Demanda Vaqar Ahmed, comment peuvent-ils faire des progrès dans la coopération en matière de sécurité ? », poursuit le directeur exécutif adjoint de l’Institut de Politique de Développement Durable d’Islamabad (SDPI).

Stéphane Lagarde