Economie
Expert - Le Pakistan au fil de l’actualité

 

Bénéfices record des banques pakistanaises

Devant une branche de la 5ème banque du Pakistan, le 24 juillet 2004 à Islamabad
Devant une branche de la 5ème banque du Pakistan, le 24 juillet 2004 à Islamabad. (AFP PHOTO/Jewel SAMAD)
Les bénéfices nets des cinq premières banques commerciales pakistanaises, Allied Bank, Habib Bank, Muslim Commercial Bank, National Bank et United Bank, ont grimpé de 31 % en 2014. La part de marché de ces banques s’élève à 58% et leur capitalisation représente 72 % du secteur bancaire. Elles ont engrangé des bénéfices nets de 111,3 milliards de roupies (1,1 milliard de dollars) par rapport à 84,7 milliards (0,80 milliard de dollars) sur l’exercice précèdent. Cette tendance a continué sur le premier trimestre 2015. Ainsi, Allied Bank et Muslim Commercial Bank ont affiché des résultats en hausse de 30 % et 43,5 %, respectivement par rapport à la période correspondante de l’exercice précédent.
Ces résultats contrastent avec la quasi-stagnation des avances entre 2008-2013, celles-ci n’ayant augmenté que de 5% sur cette période. Par contre, les investissements de ces banques ont accusé une croissance de 32% sur la même période.
En fait, avec le creusement du déficit budgétaire de l’Etat depuis la crise économique de 2008, le gouvernement a de plus en plus recours aux emprunts auprès des banques commerciales. Au lieu de leur métier de base qu’est le financement du commerce, de l’industrie et de l’agriculture, les banques canalisent leurs investissements dans des titres d’Etat, particulièrement les dépôts à terme – Pakistan Investment Bonds (PIB). Cela occasionne moins de frais et le taux d’intérêt est fort lucratif. En effet, le gouvernement a porté le taux d’intérêt sur le PIB à 11,8 % en 2014 par rapport à 9,9 % en 2013. Dans les 9 premiers mois de 2014, ces banques ont investi 1275 milliards de roupies (12 milliards de dollars) dans les PIB qui représentent 27 % de leurs dépôts. En 2013, ces investissements représentaient seulement 9 % de leurs dépôts.
Désormais les investissements des banques dépassent leurs avances. Dans les six décennies jusqu’à 2011, le total des avances bancaires était plus élevé que leurs investissements, mais la situation est maintenant inverse. L’écart entre les avances et les investissements qui était de 75,2 % en 2008, est descendu à 61,6 % en 2009, à 52,2 % en 2012 puis à 48,2 % en 2014.
La banque centrale, State Bank, notait dans sa « Financial Stability Review 2011  » que « les banques commerciales sont devenues la source majeure du financement du déficit budgétaire, car le gouvernement a changé de source de crédit en empruntant aux banques privées au lieu de la banque centrale. Le niveau élevé du déficit budgétaire est une aubaine pour le secteur bancaire. »
Les banques ne partagent pas leurs bénéfices avec les déposants même si les règlements de la State Bank les y astreignent. Selon ces règlements, toutes les banques fonctionnant au Pakistan y compris les banques étrangères, ne doivent accepter des dépôts en roupies que sur la base de PLS (Profit & Loss Sharing) sauf pour les comptes courants. Mais les banques maintiennent un écart important entre les taux débiteurs et créditeurs. Alors que leurs bénéfices ont varié entre 25,4 et 33,5 % en 2012, ces banques n’ont versé qu’un intérêt de 6% aux titulaires des comptes PLS.
En 2014, le Pakistan comptait 37,9 millions de comptes bancaires. Le montant total des dépôts atteignait, quant à lui, 8052 milliards de roupies, tandis que le nombre d’emprunteurs s’élevait à 3,2 millions, ce qui représentait seulement 8,4 % des déposants. Mais 65 000 emprunteurs (2 % des emprunteurs) avaient bénéficié d’emprunts s’élevant à 3410 milliards de roupies (84 % des avances). Autrement dit, le secteur bancaire prive les épargnants de leurs bénéfices pour prêter aux riches. Les banques islamiques ne font pas mieux. La State Bank dans son « Strategic Plan 2014-18 » admet que « les banques islamiques ne se conforment pas aux injonctions de la charia de partager les risques et les bénéfices ».
Cependant, en pratique, la State Bank ne joue pas son rôle du gardien des intérêts publics pour ce qui est de l’activité bancaire en laissant aller. L’économiste Shahid Hassan Siddiqui notait dans un article dans le quotidien des affaires Business Recorder : « Il est admis par tous les économistes que le déficit fiscal est la mère de tous les maux. Il doit être prévenu en contrôlant l’évasion fiscale et en réduisant les dépenses non-productives. Donc il est malheureux que la State Bank facilite les banques dans leur financement du déficit fiscal en leur lâchant des liquidités. »
Tags de l'article
A propos de l'auteur
Hidayat Hussain
Hidayat Hussain est diplomé en sociologie de l'université de Paris VIII (faculté de Vincennes de l'époque). Il a enseigné le français à Karachi et a été responsable d'etudes au Service Economique francais de Karachi. Il est l'auteur d'une anthologie de la poesie pakistanaise en francais "Ce soir oppressant n'en finit pas de finir".Il est actuellement coordinateur du Centre des Sciences Sociales de Karachi (CSSK).