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Témoin - Siau-Lian-Lang, être jeune à Taïwan

Droit de vote à 18 ans : Taïwan passe son tour

Image de la campagne sur le vote.
Campagne en faveur du vote à 18 ans menée par l’Alliance de Taïwan pour l’avancement des droits et du bien-être de la jeunesse. (Crédit : DR.)
A partir de l’an prochain, les Japonais âgés de 18 et 19 ans auront le droit de glisser un bulletin dans l’urne (voir notre récent article sur ce sujet). Les Taïwanais du même âge devront patienter avant de pouvoir en faire autant. Le 17 juin dernier, la Diète japonaise a en effet adopté une loi abaissant à 18 ans la majorité électorale. A Taïwan, où une réforme constitutionnelle était discutée au parlement, les dissensions entre majorité et opposition ont eu raison d’une mesure similaire, pourtant largement soutenue par les députés de tout bord.

L’affaire semblait bien engagée. En novembre dernier, l’Alliance de Taïwan pour l’avancement des droits et du bien-être de la jeunesse affirmait, sur la foi d’une enquête menée auprès de plus de 13 000 Taïwanais âgés de 16 à 20 ans, que 81 % de ceux-ci souhaitaient pouvoir voter dès l’âge de 18 ans. Dans la foulée, les principaux partis politiques, à commencer par le Kuomintang (KMT), majoritaire au parlement, apportaient leurs soutiens à cette mesure.

Restait à voter la loi. L’article 130 de la constitution prévoyant que « tout citoyen ayant atteint l’âge de 20 ans a le droit de vote » (l’âge minimal pour être élu étant fixé à 23 ans), un amendement constitutionnel devait être adopté par le parlement à temps (soit six mois avant) pour être soumis à référendum le 16 janvier 2016, à la même date que les élections présidentielle et législatives. Au cours des discussions, le KMT a toutefois proposé de lier le droit de vote à 18 ans à une autre mesure destinée à renforcer la participation aux consultations électorales : l’introduction du vote par procuration pour les citoyens domiciliés à Taïwan. Autoriser le vote par procuration aurait sans nul doute bénéficié aux jeunes : les élections nationales sont désormais organisées en janvier, soit au moment des examens de fin de semestre, ce qui empêche nombre d’étudiants en âge de voter de rentrer dans leur ville d’origine pour participer au scrutin.

L’opposition a toutefois crié au loup, voyant dans la proposition du KMT une manœuvre ouvrant la voie à une mesure autrement plus polémique : l’ouverture du vote par procuration à l’ensemble des citoyens, y compris ceux résidant outre-mer… et donc notamment en Chine (et qui doivent jusqu’à présent rentrer à Taiwan pour voter). Majorité et opposition campant sur leurs positions, l’amendement en faveur du droit de vote à 18 ans n’a pu être adopté avant la fin de la session parlementaire. La réforme est donc renvoyée à plus tard.

On peut toutefois se demander si, au cas où un référendum avait été organisé sur ce point en janvier prochain, les Taiwanais l’auraient approuvé : selon un sondage réalisé au mois de mai par la Fondation pour le 21e siècle, un think tank basé à Taipei, seuls 44,2% des Taiwanais sont favorables à l’abaissement de l’âge du vote, contre 47,1% qui y sont opposés.

A propos de l'auteur
Pierre-Yves Baubry
Après avoir travaillé en France et en Chine dans le domaine de la communication et des médias, Pierre-Yves Baubry a rejoint en 2008 l’équipe de rédaction des publications en langue française du ministère taïwanais des Affaires étrangères, à Taipei. En mars 2013, il a créé le site internet Lettres de Taïwan, consacré à la présentation de Taïwan à travers sa littérature.