BD : Terrorisme à la japonaise
C’est un épisode de l’Histoire récente largement oublié aujourd’hui : l’engagement de jeunes militants d’extrême-gauche japonaise dans le mouvement terroriste international des années 1970. La bande dessinée Terorisuto* fait revivre avec efficacité cet épisode terrifiant d’ultra-violence insensée.
C’est au tour de Jean-Yves Delitte, le grand spécialiste des BD maritimes, d’en donner aujourd’hui sa version sous le titre Zheng Shi, La Rivière des Perles*. On y voit la cheffe pirate provoquer directement les Portugais en attaquant pour la première fois un navire de commerce étranger. Avec comme objectif de semer un tel chaos que le gouverneur chinois local, son grand ennemi, sera démis par l’empereur.
Il ne faut pas toujours se fier au graphisme des mangas. Un coup d’œil rapide à Jaadugar* pourrait laisser croire qu’il s’agit d’une série enfantine pleine de gentilles héroïnes et de bons sentiments. Il n’en est rien : ce manga est en fait une évocation de l’empire mongol du XIIIe siècle, essentiellement à partir de la mort de Gengis Khan avec son lot de violence extrême : destruction de villes, massacres d’habitants, rapt des femmes et des enfants pour en faire des esclaves, etc. Cette toile de fond historique sert à mettre en scène deux femmes inspirées de personnages réels : l’une des épouses de l’empereur (le fils de Gengis Khan qui lui a succédé) et une esclave capturée en Perse qui, beaucoup plus instruite que ses nouveaux maîtres, a pénétré dans les hautes sphères de la famille impériale. Les trois tomes parus, qui annoncent des suites, plantent le décor et esquissent l’intrigue : les deux femmes, pour des raisons diverses, en veulent à l’empire mongol et mûrissent des projets de vengeance.
Pour les amateurs de bandes dessinées asiatiques qui veulent aller plus loin que la seule lecture de ces œuvres, signalons la parution d’un volume érudit, La bande dessinée en Asie orientale : un art en mouvement*. Contrairement à ce que le titre pourrait faire croire, il ne s’agit pas d’un ouvrage de type encyclopédique qui passerait en revue de manière systématique l’ensemble du domaine. Le livre reprend en fait les interventions de deux colloques universitaires organisés en 2021 et 2022. De ce fait, on y trouve traités des sujets aussi variés et pointus que l’esthétique de certains auteurs japonais ou chinois, l’œuvre d’un caricaturiste japonais chroniquant la vie politique de son pays ou les traditions de représentation de personnages androgynes dans la BD chinoise.
Par Patrick de Jacquelot
Soutenez-nous !
Asialyst est conçu par une équipe composée à 100 % de bénévoles et grâce à un réseau de contributeurs en Asie ou ailleurs, journalistes, experts, universitaires, consultants ou anciens diplomates... Notre seul but : partager la connaissance de l'Asie au plus large public.
Faire un don





