Société
Chronique indienne

ANNAPURNA DEVI

Baba Allaudin Khan donne une leçon de surbahar à sa fille Annapurna Devi - dessin de l’auteur.
Baba Allaudin Khan donne une leçon de surbahar à sa fille Annapurna Devi - dessin de l’auteur.
Promise à un destin de diva de la musique indienne, la première épouse de Ravi Shankar passa soixante ans de sa vie dans un appartement, maître recluse de futurs grands musiciens.
Après une vingtaine d’années passées en Inde dont plus de cinq à pratiquer le sitar, je n’avais jamais entendu parler d’Annapurna Devi. Jusqu’au jour où je me suis retrouvé par hasard à l’India International Center – un centre culturel fondé à Delhi en 1960.
En vérité c’est plutôt un club élitiste dont les membres triés sur le volet comptent nombre de hauts fonctionnaires, juges, parlementaires, généraux, écrivains, artistes, militants sociaux, journalistes, bref tout ce que l’Inde offre en abondance dans les lieux de pouvoir et culture. L’IIC (prononcer « aïe aïe si ») se trouve au cœur du New-Delhi vert de Lutyens, jouxtant le parc des tombes Lodhi. Ses bâtiments en béton gris et brique minimalistes ont été dessinés par l’architecte américain Joseph Stein sous la houlette de Nehru.
J’ai eu la chance d’y être admis comme « overseas member, » grâce à un livre sur l’Inde, à l’appui de parrains indiens, et surtout pour avoir accepté une cotisation dix fois supérieure à celle d’un membre local. J’aimais y passer quelques heures pour prendre un « high tea » dans le bar-terrasse, écouter le soir un concert dans le parc, assister à un lancement de livre ou voir un film suivi d’une discussion. Et partout apprécier l’atmosphère détendue qui se dégageait d’une société plutôt âgée, élégante, courtoise, presque isolée de l’agitation bruyante du trafic voisin. Plutôt l’Inde de Nehru et d’Indira Gandhi que celle de Modi.
Je me retrouvai donc ce soir au C. D. Deshmukh Auditorium, pour assister à la projection d’un documentaire intitulé « 6-A Akash Ganga » par Nirmal Chander.

6-A Akash Ganga (le « Gange du ciel » ou la voie lactée)

C’est dans l’immeuble de « la voie lactée » situé au-dessus de Malabar Hill dans le sud de Bombay qu’a vécu plus de soixante ans une très discrète professeur de musique classique indienne, recluse dans un modeste appartement de trois pièces. C’est ici qu’Annapurna Devi est morte le 13 octobre 2018 à l’âge de 91 ans des suites de la maladie de Parkinson.
Sa disparition est largement commentée par la presse Indienne. The Hindu, Indian Express, Times of India, Hindustan Times saluent un génie caché, un des plus grands musiciens jamais apparu, on évoque une perte immense pour la musique indienne, un destin manqué, on salue la seule réalité tangible, celle d’un maître à l’exigence sublime qui forma des dizaines de musiciens Indiens de très grande qualité durant une cinquantaine d’année. Un peu la Nadia Boulanger de la musique indienne, mais aussi un mythe et un mystère qui ne sont pas vraiment expliqués. Qui donc était Annapurna Devi ?

La gharana de Maihar

La plupart des musiciens Indiens se réfèrent à une « gharana » qui désigne à la fois une maison (ghar) ou un lieu, et un style de musique pratiqué par une lignée de musiciens qui se succèdent de génération en génération. Les gharanas sont le plus souvent attachés au service d’un Raja (prince hindou) ou d’un Nawab (prince musulman). Ils sont musiciens de cour jusqu’à la fin du Raj Britannique en 1947 et à la disparition des principautés dans les années qui ont suivi.
La gharana définit aujourd’hui un style distinctif, une façon d’interpréter l’infinie complexité de la musique indienne qui met l’accent sur des aspects particuliers. Ainsi la gharana de Gwalior insiste sur la clarté et la simplicité d’interprétation et sur le chant « gayaki, » la gharana de Jaipur propose avec le « khayal, » des ornementions variées et des rythmes complexes. Annapurna Devi est issue de la gharana de Maihar. Maihar ? Une petite principauté située dans l’est du Madhya Pradesh à quelque 140km du fameux site de Khajuraho, dans une région appelée autrefois Bundelkhand. Maihar est vraiment un tout petit État princier, mais un nom connu dans toute l’Inde pour deux raisons : un temple perché en haut de 1064 marches sur la colline de Trikut consacré à Maa Sharda, avatar de Saraswati la déesse de la connaissance et des arts ; et la musique de Maihar, la gharana fondée par Allaudin Khan.
Baba Allaudin Khan (1881-1972) – le père d’Annapurna – est probablement le plus grand musicien classique indien de la première moitié du XXème siècle. Musulman né au Bengal, il se forme d’abord au chant sargam ( on chante en prononçant les notes) pendant douze ans avec un maître Bengali, il apprend ensuite à jouer d’une trentaine d’instruments différents, avant de se concentrer sur le sarod avec le grand maître Wazir Khan de Rampur, lui-même descendant du légendaire Mia Tansen, le musicien attitré du grand empereur Akhbar ! Il s’intéresse aussi au théâtre et à l’opéra, compose des ragas, dirige des orchestres et devient un professeur renommé pour sa rigueur et son exigence. En 1918, il s’installe à la cour de Maihar à la demande du Raja Brijnath Singh qui devient son disciple.
En 1934 survient un événement qui va changer le cours de la vie à Maihar et sans doute celui de la musique indienne au XX -ème siècle. Un certain Uday Shankar prépare une tournée de sa troupe de ballet dans 84 villes d’Europe et des Etats-Unis et cherche à remplacer son directeur de musique Timirbaran, qui vient d’être engagé pour écrire la musique de Devdas, un film fameux à Bollywood. Sur le conseil de Timirbaran qui a été disciple de Baba, Uday approche le maharajah de Maihar pour lui demander la permission de lui emprunter son musicien. Le Rajah accepte bien volontiers, il envoie Uday Shankar et Tibirmaran à la rencontre de Baba Allaudin Khan dans sa résidence.
On les introduit dans l’entrée, mais le maître n’est pas là. « C’est l’heure où il va faire sa prière quotidienne au temple de Maa Sharda, il monte les mille marches tous les jours. Et puis le soir il va faire sa prière, un namaz à la mosquée. » C’est alors que les deux visiteurs entendent le son d’un sitar qui vient d’une pièce adjacente.
« Magnifique ! qui joue ? » demande Uday ;
« C’est la fille de Baba, elle a huit-ans, c’est Annapurna. » répond Tibirmaran.
Annapurna s’appelle en réalité Roshanara Khan, elle est née en 1927, elle a un frère Ali qui deviendra un grand musicien de sarod et deux sœurs aînées. Roshanara est la petite dernière, le nom Annapurna (« nourrice abondante ») lui sera donné plus tard. Comme toutes les filles dans une famille indienne, elle n’est pas destinée à jouer d’un instrument, mais plutôt à chanter ou danser. Baba pense d’abord au chant pour sa fille. Elle commence donc le chant, mais elle attrape un jour une crise d’amygdales qu’on lui enlève, et le médecin déclare à son père qu’elle ne doit plus chanter. Ennuyé, Baba achète à sa fille un petit sitar de Lucknow. Quelques mois après Baba est doublement surpris : sa fille montre une dextérité étonnante au sitar, et puis elle a recouvré sa voix. Que faire ? Baba la laisse continuer le sitar.
Baba Allaudin Khan accepte finalement la proposition d’Uday Shankar. Entre 1935 et 1938, il accompagne la troupe d’Uday à travers le monde avec beaucoup de succès. Baba dirige la musique durant les performances de danse et joue du sarod pendant les entractes, ce qui apparemment enchante le public. Autant voire plus que la danse ! Et puis dans la troupe de ballet, il y a un jeune danseur – Ravi Shankar – le petit frère d’Uday, que sa mère Hemangini avait recommandé à Baba au départ de la tournée. Baba donne occasionnellement quelques leçons de musique au jeune Ravi, qu’il trouve peu discipliné. « Au début – dit-il – Robu (Ravi) était plutôt maladroit. Il dansait comme un clown, son naturel n’était pas bon. En dépit de son âge, les filles étaient déjà sa faiblesse. Il était rajasic – passionné de désirs. »
En 1938 la troupe revient en Inde, Uday crée un centre culturel à Almora avec Baba Allaudin Khan comme professeur. Et le jeune Ravi Shankar qui a maintenant 18 ans déclare vouloir se consacrer à la musique. Baba répond que s’il est sérieux, il peut venir à Maihar et vivre en famille chez lui pour suivre la tradition du gurukul – la tradition de dévotion totale du shishya (disciple) au guru (maître) – et renoncer à ses penchants occidentaux.
Ravi semble d’accord et se présente confiant à Maihar. Baba commence par lui claquer la porte « Je ne prends pas de dandys efféminés ! » Ravi revient la tête rasée, cherchant à montrer qu’il est prêt à vivre la vie ascétique d’un humble disciple. Il est enfin admis dans la classe de Maihar, aux côtés des deux enfants de Baba, Ali Akhbar et la jeune Roshanara. Ils passeront ensemble de 1938 à 1944, sept années d’intense apprentissage.

Les années d’apprentissage à Maihar

Maihar- Baba Allaudin Khan et ses disciples Ravi Shankar et Ali Akhbar Khan - lavis de l’auteur.
Maihar- Baba Allaudin Khan et ses disciples Ravi Shankar et Ali Akhbar Khan - lavis de l’auteur.
Ravi Shankar décrit son passage à Maihar : « Après une vie plutôt glamour dans les villes d’Europe et des États-Unis, la vie rurale à Maihar était un peu rude. » Sa petite chambre était spartiate : « Les portes et les fenêtres crissaient au vent passant, les scorpions et cafards abondaient ; Les serpents n’étaient pas rares et les chacals hurlaient la nuit. »
En 1938, quand ils commencent leur apprentissage commun, Ravi a 18 ans, Ali a 16 ans et Roshanara seulement 11 ans. Ravi est donc débutant, alors qu’Ali et Roshanara ont déjà quelques années de pratique sous la houlette de leur père. Ravi et Ali deviennent vite bons amis, ils sont au début l’attention privilégiée de Baba qui laisse la petite Roshanara un peu en arrière. Mais un jour – Baba étant parti se promener – Ali répète sa leçon, tandis que Roshanara est dans une pièce à côté. Au moment où Baba rentre chez lui, il entend la petite Roshanara crier à son frère à travers le mur « ta note est fausse ! » sur un raga qu’elle ne connaît pas. Baba s’arrête, écoute quelques instants, puis demande à la petite de venir auprès de lui. Baba a un tempérament colérique, la jeune Roshanara est terrorisée. Mais Baba la prend dans ses bras, les larmes aux yeux : « Prends le tanpura, je t’apprendrai tout ce que je sais. » Depuis ce moment, Roshanara suivra la formation complète de Maihar aux côtés de Ravi et Ali, avec la même discipline et la même exigence. Un peu plus tard, Roshanara passera du sitar au surbahar – un sitar grave, nettement plus grand qu’un sitar – un instrument aujourd’hui un peu oublié et réservé aux interprètes les plus mystiques de la musique indienne. On se demande comment Roshanara qui était toute menue a su maîtriser si bien un instrument aussi grand pour elle !
La discipline à Maihair dans les années 1935-1945 est plus que monastique. La journée commence vers quatre heures du matin par des ablutions et une longue méditation, car la musique indienne est vécue par Baba comme une ascèse spirituelle avant d’être une pratique. Jusqu’au lever du soleil chaque élève travaille un alaap ( la première partie lente et méditative du raga), Baba insiste sur la qualité du son, des notes et leur succession. Toute erreur est sévèrement réprimandée par le maître qui peut exiger de faire répéter une note, une phrase pendant des heures. Jusqu’à ce qu’elle soit parfaite.
Ensuite vient la leçon de Baba, il la donne sans note, sans partition, sans théorie. Les élèves apprennent par imitation, répétition et mémoire. Les repas très simples sont pris ensemble. L’après-midi est consacrée aux exercices de rythmes, au travail de chaque main, à l’accompagnement. Et le soir on continue par un concert de tel ou tel élève, l’écoute d’un autre musicien ou encore des leçons tard dans la nuit. Comme si cela ne suffisait pas, Ravi, Ali et Roshanara doivent aussi étudier le chant, le rythme et plusieurs instruments en plus du leur. Sept ans de cette discipline de fer et d’esprit ont produit trois des plus grands musiciens Indiens de la deuxième partie du XXème siècle.

Mariage et premiers concerts

Uday Shankar surveille les progrès de son frère Ravi et revient régulièrement à Maihar. En 1940 il propose à Baba que Ravi épouse Roshanara. Baba accepte la proposition, bien que Ravi soit un brahmane hindou, confirmant ainsi son ouverture d’esprit. Ravi, 21 ans, et Roshanara, 14 ans, se marieront le 15 mai 1941 à Maihar. Le jour même, Roshanara se convertit à l’hindouisme et prend le nom d’Annapurna Devi, en référence à la déesse hindoue de l’abondance. Ce mariage arrangé ne fût pas heureux.
A partir de 1940, les élèves de Maihar peuvent commencer leur carrière musicale.
Ravi, ambitieux et tourné vers le monde, il se lance dans une carrière de concertiste et de compositeur à Bombay puis Delhi ; devient rapidement une figure montante du sitar et obtient le poste prestigieux de directeur musical de l’ All India Radio (1949–1956). Ali est nommé en 1943 musicien à la cour du Maharajah de Jodhpur et devient rapidement un maître du sarod. Annapurna donne en 1942 un fils Shubho à Ravi et reste un peu en arrière du monde à Maihar. Mais elle rejoint Ravi à Delhi et – entre 1946 et 1956 – le couple donne plusieurs concerts en duo (jugalbandi) à Delhi ; notamment des baithaks ou concerts privés réservés aux personnalités du tout Delhi, dont Indira Gandhi qui deviendra une grande admiratrice d’Annapurna. C’est à ce moment que l’aura d’Annapurna comme musicienne d’exception se révèle à un public restreint. Le nombre de ces concerts en duo est réduit car Ravi voyage beaucoup pour la musique et d’autres femmes, et les relations du couple se distendent. C’est alors qu’arrive le fameux concert du 31 décembre 1955 à Madras.

Madras, le concert du 31 Décembre 1955

Sakuntala Narasimha raconte :
« J’étais adolescente et j’apprenais la musique, ma mère m’emmenait assister à tous les concerts de cette saison de décembre. Ce soir-là, lorsque Ravi Shankar et Annapurna prirent place sur scène à neuf heures, le grand chapiteau était bondé. Aucun d’entre nous ne se doutait que les deux artistes jouaient ensemble pour la dernière fois. Soixante ans après, je garde un souvenir ému de leur duo.
Ravi Shankar – musicien le plus connu des deux à l’époque — lançait une phrase musicale et s’arrêtait pour laisser Annapurna lui répondre. A chaque fois elle allait plus loin que lui, à la grande joie du public. Dans le jhala et les improvisations rapides, Ravi semblait lui lancer des défis successifs ; à chaque reprise, Annapurna le surpassait tant par sa vitesse que par ses variations virtuoses. Ravi accélérait encore le tempo, Annapurna imperturbable lui répondait avec une égale aisance. C’était fabuleux ! A la fin, Ravi presque désespéré tenta une phrase d’une rapidité fulgurante. Annapurna releva le défi et alla encore plus vite ! Alors Ravi lâcha son sitar comme pour dire : « Assez ! » et le public éclata en tonnerre d’applaudissements.
Manifestement Ravi Shankar cherchait à mener le jeu, bien qu’il s’agît d’un concert en duo. Pourtant, à chaque étape, Annapurna l’a éclipsé, sans emphase ni effets de scène. Je revois si bien Annapurna assise à gauche de Ravi, simple et digne, sans sari chatoyant, portant l’interprétation musicale à des sommets. Que ce soit dans l’alaap, le gat, ou jusque dans les tihai concluant sur le sam, c’est elle qui a dominé la soirée. »
De ce jour, Ravi Shankar sans doute meurtri par cette blessure narcissique, ne veut plus jouer avec Annapurna en public. Cherchant à sauver leur couple, Annapurna fait le vœu – devant le portrait de son père et l’image de la déesse Sharda – de ne plus jamais jouer en public et de se consacrer à la musique uniquement en sadhana, c’est-à-dire comme une pratique spirituelle.

Soixante années d’enseignement en réclusion

Le sacrifice d’Annapurna ne sauvera pas le couple qui se sépare définitivement en 1956.
Annapurna se retire du monde, elle s’installe avec son fils Shubho dans le petit appartement de trois pièces du 6-A Akash Ganga à Bombay, où elle mènera durant plus de soixante ans une existence monacale. Elle s’adonne tous les jours à une intense pratique quotidienne (riyaz) de la musique, mais refuse tout concert, tout enregistrement, toute photographie. Elle accepte progressivement d’enseigner, reprenant l’éthique et la discipline extrême qu’elle a reçues de Baba, et devient avec les années Ma (Mère) pour ses disciples.
Ma formera ainsi – sans accepter de rémunération de ses élèves – quelques dizaines de musiciens – dont certains sont devenus les meilleurs de leur génération. Pour ma part, je mettrais d’abord le sitariste bengali Nikhil Banerjee aux alaap magnifiques, on peut citer aussi le flûtiste Hariprasad Chaurasia et le sarodiste Aashish Khan qui était son neveu. La réputation de Ma devient mythique dans le cercle des musiciens Indiens, qui rêvent tous de devenir son disciple. Mais elle reste très difficile à approcher et choisit quelques élèves suffisamment doués et surtout assez humbles pour accepter sa tutelle.
Un jour exceptionnel des années 70s, sur l’intervention d’Indira Gandhi, Ma reçoit George Harrison, celui des Beatles qui s’est le plus immergé dans la musique indienne et est devenu l’ami de Ravi Shankar. Selon certains témoignages, Ma accepta de jouer pour George, qui très ému aurait dit « je comprends d’où vient Ravi. » Légalement divorcée de Ravi en 1980, Ma se remarie en 1982 avec un de ses disciples, l’universitaire et musicien Rooshikumar Pandya, qui sera son compagnon et son soutien fidèle pendant une trentaine d’années. Ma forme aussi son fils au sitar. Shubho montre un grand talent, mais fragile, trop sensible, tiraillé dans l’ombre conflictuelle de ses parents, il peine à trouver sa voie et meurt prématurément en 1992. En 2013, Ma perd à son tour son mari Rooshikumar Pandya. Dans les dernières années de sa vie, elle est entourée, nourrie et soignée tous les jours par son élève et flûtiste Nityanand Haldipur qui joue encore aujourd’hui un grand rôle dans la préservation de la mémoire de Ma.
Le maître de maison et le joueur de surbahar (d’après Satyajit Ray) – dessin de l’auteur.
Le maître de maison et le joueur de surbahar (d’après Satyajit Ray) – dessin de l’auteur.

L’héritage de Ma

Après la projection du documentaire 6-A Akash Ganga de Nirmal Chander, nous avons eu droit à une discussion animée par Nirmal Chander, l’auteur du film (malheureusement non disponible en public), le flûtiste Nityanand Haldipur, l’Ange-Gardien de Ma dans sa vieillesse et Oliver Craske, l’auteur britannique d’une biographie équilibrée de Ravi Shankar, titrée « Indian Sun. »
Que reste-t-il de Ma dont on n’a qu’un ou deux enregistrements de mauvaise qualité ? J’ai trouvé les trois animateurs et l’audience présente très mesurés, très respectueux autant de Ma que de Ravi Shankar, revenant sur les moments sublimes, les témoignages amusants plutôt que sur les points noirs de leur relation. Et concluant plutôt en faveur de Ma.
Annapurna Devi a sans doute été la musicienne la plus profonde, la plus mystique, elle a su préserver la tradition musicale de Maihar et l’a transmise intacte à une nouvelle génération de magnifiques musiciens. Ravi Shankar était plus brillant, plus showman, il a eu le mérite de faire connaître la musique indienne en Occident, notamment avec l’aide de Yehudi Menuhim et des Beatles. Mais pour les connaisseurs, les sitaristes Vilayat Khan et Nikhil Banerjee restent plus authentiques en musique pure.
Par François-Xavier Croisy

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A propos de l'auteur
Né en Asie où il a passé une dizaine année de son enfance (Japon, Vietnam), François-Xavier Croisy a poursuivi une carrière d’homme d’affaires et de nomade entre l’Europe, l’Afrique et l’Inde où il a vécu et travaillé une vingtaine d’année. Ses chroniques indiennes sont issues de voyages et rencontres faits aux quatre coins du pays entre les années 2000 et 2025. Chaque lettre raconte une expérience personnelle touchant à une facette de la société Indienne. Les croquis et dessins qui accompagnent ces chroniques sont réalisés par l’auteur qui est aussi peintre.