Silla : l’or et le sacré
Entretien avec Arnaud Bertrand
Arnaud Bertrand est co-commissaire de l’exposition, conservateur en charge des collections coréennes et Chine ancienne au musée Guimet. Spécialiste de l’Asie centrale, archéologue et sinologue, Arnaud Bertrand a participé à des missions archéologiques françaises en Ouzbékistan, puis en Chine, où il a travaillé pendant de nombreuses années sur l’histoire des fortifications anciennes. Ses recherches s’intéressent au dialogue entre les civilisations, à travers l’étude des œuvres d’art remises dans leur contexte de création, et rapprochées des textes et vestiges du passé.
En 2024, ayant reçu une bourse du gouvernement coréen pour relancer, avec mes collègues du musée Guimet, les prêts que nous accordions aux musées nationaux coréens, j’ai très rapidement tissé des liens et suis allé à Gyeongju à de nombreuses reprises. J’ai trouvé le territoire magnifique, le patrimoine splendide. Pour un public non connaisseur de la Corée prémoderne, il me semblait assez logique de repartir du fondement, de l’histoire des trois royaumes et de la façon dont le Silla va se démarquer.
A partir de là, nous sommes allés très vite. Le projet a démarré fin mai 2025 et nous avons réussi à monter en onze mois une exposition avec catalogue et prêts de trésors nationaux.
Il faut aussi considérer cette exposition comme un travail de recherche scientifique en cours, très sérieux puisque nous publions en même temps un catalogue rédigé avec de nombreux auteurs coréens, qui est un véritable manuel sur la période, sachant qu’il n’existe aucune publication en français sur ce thème dans son ensemble. Ce travail a pu être réalisé grâce à la collaboration des deux co-commissaires coréens, spécialistes du bouddhisme et de l’époque pré-bouddhique, Yim Jae-Wan, conservateur en chef du musée national de Gyeongju et Yoon Seo-gyeong, conservatrice du musée national de Gyeongju. Et dès le départ, Garance Cachard, conseillère scientifique, spécialiste du Silla, a rejoint l’équipe.
Ce mythe leur permettait de fonder l’identité nationale coréenne, un peu comme l’histoire de l’Iliade et l’Odyssée mises à l’écrit à partir du 4e siècle avant notre ère a répondu à l’ingérence romaine. Basé sur des récits oraux, mais aussi imaginé en grande partie, il visait à faire reconnaître la Corée comme une grande puissance de l’Asie orientale.
La situation du Silla, entre mer, rivages et port, a favorisé les contacts avec le Japon et les îles du Sud d’où il importait beaucoup de matières premières. Sa situation méridionale l’a protégé des invasions du Nord.
Mais les œuvres découvertes ne racontaient absolument pas cette histoire. Ce qui est confirmé, c’est qu’il y a eu une circulation constante des artisans et de la matière avec des incursions des pirates japonais sur les côtes du Silla, comme les Vikings sur les côtes d’Angleterre.
En revanche, le Baekje va transmettre le bouddhisme au Japon au quatrième siècle. Et la péninsule coréenne va transmettre au Japon l’art de la poterie en grès, parfois figurative, avec perforations dans les pieds et celui du thé et du bouddhisme zen à partir de la fin du 9e siècle.
La troisième partie de l’exposition retrace l’extension territoriale du Silla. En 676, une grande partie de la péninsule coréenne est occupée par le Silla grâce à une alliance avec la Chine des Tang qui lui permet de venir à bout du Baekje soutenu par le Japon. A la fin du 7e siècle, Chang An, capitale des Tang, était un grand centre cosmopolite et religieux de l’Asie orientale comme Rome l’était pour le christianisme. Les moines d’autres pays s’y rendaient pour comprendre les textes venus d’Inde, traduits du sanscrit en chinois classique, langue de transmission dans toute l’Asie orientale. Et les Japonais qui voulaient se rendre à Chang An devaient emprunter des embarcations du Silla qui avaient le monopole du trajet.
Plus tard, cette alliance avec la Chine des Tang, qui voulait mettre un pied sur la Péninsule, va être remise en cause et, pour se protéger du Japon et de la Chine des Tang, le Silla va adopter officiellement le bouddhisme ésotérique.
Ce bouddhisme mystique prône de connaître intérieurement les enseignements et la pratique pour protéger le territoire. C’est un bouddhisme qui vient d’Asie centrale via la Chine – et non du Tibet qui n’adopte le bouddhisme que plus tard.
Le Silla a toujours eu un rapport particulier aux paysages. Les divinités des montagnes, des eaux n’ont jamais été évincées et on les retrouve aujourd’hui dans les masques des spectacles villageois et jusque dans les séries coréennes.
Soutenez-nous !
Asialyst est conçu par une équipe composée à 100 % de bénévoles et grâce à un réseau de contributeurs en Asie ou ailleurs, journalistes, experts, universitaires, consultants ou anciens diplomates... Notre seul but : partager la connaissance de l'Asie au plus large public.
Faire un don





