La K-Beauty à l’épreuve de l’histoire au Musée Guimet
Entretien avec Claire Bettinelli
Claire Bettinelli, chargée d’exposition au musée et co-commissaire de l’exposition avec Claire Trinquet Solery, spécialiste de l’histoire des médias, de la pop-culture et de la Corée, écrit sur l’art contemporain asiatique et suit attentivement l’histoire de la mode. Elle travaille aujourd’hui à la direction de la programmation et du public après s’être occupée de l’art contemporain et des cartes blanches au musée Guimet. Elle nous raconte la genèse et le sens de cette exposition qui renforce l’attrait du musée auprès d’un public plus jeune.
La K-Beauty est une philosophie de la beauté un peu différente de celle que l’on connaît en Occident, basée sur la correction des défauts. La K-Beauty est basée sur la prévention et promeut des visages lumineux, lisses, une beauté parfaite qui prend soin aussi bien de l’extérieur que de la santé. Nous voulions voir d’où venait cette idée de teint lisse et pâle, cette philosophie du make-up « no make-up, » basée sur un rituel de soins pointu et méticuleux, à l’aune de 300 ans d’histoire de la beauté en Corée.
Ces visions ont eu un impact sur les femmes coréennes. On retrouve très vite le phénomène du bronzage dans les années 30, véhiculé par des magazines féminins écrits par des hommes influencés par la manière de voir les choses occidentales. Dans les années 20 et 30, apparaît la « New Woman » un peu sur le modèle de la « Modern Girl » japonaise. Dans l’exposition, on présente des fac-similés de couvertures du magazine féminin Sinyeoseong, publiées entre 1916 et 1939, qui montrent l’évolution allant de l’image traditionnelle de la beauté coréenne pâle à deux beautés très bronzées en maillot et bonnet de bain.
Cette vague s’accélère énormément. Nous avions déjà programmé l’exposition, quand nous avons observé l’explosion du nombre de boutiques de K-Beauty à Paris.
Quand j’étais jeune, j’écoutais de la J-pop. Mais très rapidement, il est devenu plus simple de trouver de la K-pop et des séries coréennes présentes sur toutes les plates-formes et souvent traduites.
A mes yeux, la société coréenne est une société qui ne va pas bien. On y observe un fort taux de dépression et de suicide chez les jeunes à cause notamment de cette pression qui vise une perfection sans limites. La pression sociale pour la réussite est très forte. Il règne une forme d’hypocrisie dans cette beauté parfaite, presque inatteignable.
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