Cinéma
Festival KINOTAYO : le cinéma japonais contemporain à l’honneur à Paris
Du 21 novembre au 13 décembre aura lieu à Paris à la Maison de la culture du Japon (MCJP) et au musée Guimet la 19eme édition du Festival de cinéma KINOTAYO, entièrement consacré au cinéma japonais contemporain dans toute sa diversité. De décembre à juin, le festival se poursuivra dans le département du Val d’Oise et dans une vingtaine de salles partenaires dans toute la France.
Pour le 20ème anniversaire de ce festival créé en 2006, l’équipe entièrement bénévole et composée d’amoureux du cinéma et du Japon propose une sélection de sept long-métrages originaux de genres variés, inédits en France, qu’ils ont sélectionnés et sous-titrés parmi les quelques 200 films japonais produits depuis moins de 18 mois qu’ils ont reçus et qui correspondent à peu près à un tiers de la production annuelle japonaise.
Le thème qui a naturellement émergé de la sélection de cette année porte sur la solitude et l’isolement. Sept films sont en compétition pour le prix du Soleil d’or (KINOTAYO en japonais) attribué par le public. Il s’agit de « Baka’s Identity » de Koto Nagata, « Maru » de Naoko Ogigami, « A Bad Summer » de Hideo Jojo, « Dear Tomorrow » de Kaspar Astrup Schröder, « Diamonds in the Sand » de Janus Victoria, « River Returns » de Masakazu Kaneko et « Numakage Public Pool » de Shingo Ota.
S’y ajoutent onze œuvres hors compétition qui mettent en lumière la vitalité du cinéma japonais contemporain. Parmi elles, le public pourra visionner en avant-première en France quatre œuvres qui ont connu un vif succès au Japon et sont devenus de véritables phénomènes, très attendus du public nippo-cinéphile : « Scarlett et l’Éternité » de Mamoru Hosoda, « Rental Family – dans la vie des autres » de Hikari, « Samurai in Time » de Jun’ichi Yasuda et « Le Maître du Kabuki » de Sang-Il Lee.
Cette année, pour le vingtième anniversaire, l’équipe de KINOTAYO a souhaité élargir encore son public et se rapprocher des nouvelles générations. Elle a donc créé trois nouveaux prix : le prix du Jury étudiant en association notamment avec la FEMIS, l’INALCO et Sorbonne Nouvelle, le prix du talent émergent et le prix Keiko Kishi, en faveur de la visibilité et de la représentation des femmes dans le cinéma japonais. Seront présents au festival, sept réalisateurs, deux acteurs et plusieurs musiciens.
Entretien avec Nousha Saint-Martin, présidente du Festival
Le Festival KINOTAYO fête son vingtième anniversaire. Pouvez-vous revenir sur son histoire ?
Nousha Saint-Martin : Le Festival a été fondé en 2006. L’idée est née dans les bureaux du Ceevo, comité d’expansion économique du Val d’Oise, département qui a la plus grande concentration d’investisseurs japonais. Le fondateur, Michel Motro, aujourd’hui président d’honneur, avait travaillé dans le numérique et conseillé le Festival de Cannes. Il voulait créer un réseau convivial franco-japonais, qui fasse mieux connaître le cinéma japonais contemporain. Il s’est associé au comité d’échanges franco-japonais, au Ceevo et à des personnalités du monde des affaires et des arts dont Kiyoji Katakawa, alors président de la chambre de commerce japonaise en France.
Le succès est arrivé progressivement et aujourd’hui nous avons une dynamique de croissance importante à laquelle contribue le développement du marché, avec un cinéma japonais qui gagne en momentum. Nous bénéficions de l’intérêt des distributeurs et nous sommes tirés par une nouvelle équipe entièrement bénévole. Nous avons atteint un public de plus de 15 000 spectateurs, pour une centaine de projections par an.
Comment se fait la sélection des films ?
Comme nous commençons à être connus des distributeurs japonais, nous recevons leurs films. Par ailleurs, nous attirons aussi des réalisateurs indépendants qui savent que nous avons contribué à faire connaître en France le réalisateur Kôji Fukada ou le documentariste Kazuhiro Soda.
Nous sommes douze dans le comité de sélection. J’ai recruté récemment plus de jeunes et plus de femmes pour avoir la parité. Nous visionnons un peu plus de 200 films entre février et juin. C’est assez intense ! Nous nous réunissons toutes les deux ou trois semaines pour discuter sur un groupe de trente films. Comme nous sommes différents, nous discutons beaucoup. Tous les membres du comité sont plus ou moins liés au monde du cinéma sans être nécessairement des professionnels. Nous retenons chaque année entre 7 et 10 films en fonction des aides et subventions car nous nous chargeons nous même du sous titrage de cette sélection. Nous montrons systématiquement les films l’année de leur sortie au Japon. Nous faisons des premières françaises, européennes, voire mondiales.
Vous n’êtes pas qu’un festival parisien. Pouvez-vous nous expliquer comment ça marche ?
Nous montrons les films en province après le Festival, de janvier à juin dans une vingtaine de salles partenaires, en liaison avec des associations locales, qui s’engagent à programmer cinq films de la compétition. Il s’agit de films qui ne seront pas nécessairement distribués en France et c’est donc pour le public français la seule occasion de les voir.
Vous faites venir chaque année des invités prestigieux. Qui viendra en 2025 ?
Nous invitons essentiellement les réalisateurs des films en compétition. Cette année, il y en aura sept, dont cinq en compétition, avec notamment Sang Il Lee (Le Maître du Kabuki), Masakazu Kaneko (River Returns) et Chie Hayakawa (Renoir), sélectionnée à Cannes cette année.
Vous avez créé trois nouveaux prix. Pourquoi ?
Je voulais donner aux jeunes de la visibilité. Nous avons donc créé un jury étudiant et un prix du talent émergent, attribué à Yumi Kawai, une jeune actrice remarquable, qui avait le premier rôle de Ann dans le film qui a remporté le soleil d’or l’année dernière.
Le prix Keiko Kishi marque une volonté de contribuer à notre échelle à soutenir le travail des femmes dans cette industrie. Keiko Kishi, star internationale et productrice, a notamment créé le Ninjin club à qui on doit le film culte de fantômes Kwaidan. Chie Hayakawa le recevra cette année.
Pouvez-vous nous parler des partenariats que vous avez développés ?
Nous avons un partenariat avec le musée Guimet qui avait déjà programmé cette année une exposition sur le manga. Nous avons donc sélectionné pour eux parmi les films déjà choisis ceux qui sont en relation avec ce thème. A noter que nous sélectionnons toujours et exclusivement sur la qualité et l’intérêt du film, jamais pour répondre à une demande. « Scarlett et l’éternité », dernière œuvre du maître de l’animation Mamoru Hosoda, est très attendu par ses fans. C’est une première française. Il ne sera pas diffusé avant avril 2026.
Tous les films en compétition passent deux fois. Nous avons aussi un partenariat avec les cinémas Dulac et nous passons au Reflet Médicis sous la forme d’un rendez-vous mensuel de janvier à septembre.
Qu’est-ce qui vous a amenée à prendre les responsabilités de présidente du Festival ?
Je suis surtout une passionnée du Japon où j’ai vécu 15 ans. Et cela fait 27 ans que je travaille avec le Japon sur les stratégies d’innovation. J’ai découvert ce festival en 2017 en invitée. J’ai pu parler avec des réalisateurs et j’ai trouvé extraordinairement intéressant de pouvoir ainsi sentir les signaux faibles, comprendre l’évolution de la société contemporaine japonaise.
Je suis alors entrée dans le comité de sélection. Cela m’a permis pendant quatre mois de « vivre au Japon, » de rencontrer des gens et des sujets complètement différents. Les films donnaient une clé magique sur l’intériorité des Japonais à laquelle je n’avais pas facilement accès.
J’ai été séduite par l’équipe de KINOTAYO, composée de bénévoles passionnés mais je n’avais jamais envisagé de travailler dans le cinéma, tout en étant cinéphile. J’ai pris cette place de présidente il y a trois ans pour assurer la pérennité, après le départ des deux fondateurs. La tâche est immense pour réaliser le potentiel de KINOTAYO.
Par Anne Garrigue
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