Société
Reportage

Quand la très française Amicale des légionnaires chinois fête le Nouvel an lunaire

Plusieurs associations chinoises d'Aubervilliers ont effectué une danse du dragon, sous le regard des passants. (Copyright : Alice Hérait)
Plusieurs associations chinoises d'Aubervilliers ont effectué une danse du dragon, sous le regard des passants. (Copyright : Alice Hérait)
La fête du printemps est l’occasion pour la ville d’Aubervilliers de mettre à l’honneur sa forte population chinoise. Chaque année, des associations de résidents chinois s’approprient le parvis de la Mairie pour célébrer la nouvelle année lunaire. Une occasion pour Asialyst de rencontrer l’une de ses associations les plus atypiques : l’amicale des anciens légionnaires chinois.
Mercredi 6 février 2019, 8h30. Alors que la circulation au centre-ville d’Aubervilliers devient de plus en plus dense, des bruits de tambours et de pétards résonnent au loin. Entre la mairie et l’église Notre-Dame des Vertus, de longs dragons de tissus s’activent. Sous l’œil des résidents informés et de quelques passants interloqués, les associations chinoises de la ville défilent une à une pour exécuter la danse du dragon. S’ensuit un discours de la maire traduit en chinois et une acrobatique danse du chien. Départ ensuite pour la « Cité du commerce de gros », où les dragons viendront souhaiter la bonne fortune aux propriétaires chinois.
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8h30 : les festivités duNouvel an chinois commencent devant la mairie d'Aubervilliers dans la joie et la bonne humeur. (Copyright : Alice Hérait)

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Plusieurs associations chinoises d'Aubervilliers ont effectué une danse du dragon, sous le regard des passants. (Copyright : Alice Hérait)

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La couleur dorée du dragon est symbole de prospérité. (Copyright : Alice Hérait)

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Un objet sphérique représentant une perle mène le cortège. (Copyright : Alice Hérait)

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La perle représente le dragon en continuelle poursuite de sagesse. (Copyright : Alice Hérait)

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Pour donner vie au dragon, les mouvements doivent être coordonnés à la perfection. (Copyright : Alice Hérait)

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Les représentants de l'amicale des anciens légionnaires chinois sont au rendez-vous. (Copyright : Alice Hérait)

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Le bruit des pétards ont raisonné toute la journée dans Aubervilliers. (Copyright : Alice Hérait)

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L'association d'amitié franco-chinoise au tambour. (Copyright : Alice Hérait)

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Le club Wudang était présent pour une acrobatique danse du lion. (Copyright : Alice Hérait)

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Les légionnaires chinois ne sont pas les seules associations représentées dans le cortège. (Copyright : Alice Hérait)

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Le rouge représente la joie et l'enthousiasme. (Copyright : Alice Hérait)

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Des festivités qui attirent nombre de passants. (Copyright : Alice Hérait)

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Départ pour la "Cité du commerce" à Aubervilliers. (Copyright : Alice Hérait)

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Les dragons visitent les commerces de gros. (Copyright : Alice Hérait)

 
 
Parmi les associations venues danser selon la tradition du Nouvel an, se trouve l’AALOCF, l’Amicale des anciens légionnaires d’origine chinoise en France. Contrairement aux autres associations, les 250 membres de l’Amicale proviennent de toutes les provinces de Chine et de tous les corps de métiers. Pour intégrer l’association, seuls deux critères comptent : « être chinois et avoir été un [bon] militaire au sein de la légion étrangère française », confie à Asialyst l’un des membres, rencontré dans les locaux de l’association. Nous l’appellerons M. Hong.

La légion

La légion étrangère a été créée en 1831 pour permettre l’incorporation de soldats étrangers dans l’Armée française. Une partie de ses unités ont été, jusqu’en 1962, fin de la période coloniale, des composantes du 19ème corps d’armée, noyau de l’armée d’Afrique. Ce corps de l’armée de terre a un processus de recrutement indépendant. Il suffit d’être âgé entre 17 et 40 ans pour passer les très sélectives épreuves. Seul critère d’exclusion, avoir commis un meurtre. Les recrues françaises devront s’engager avec le statut de militaire « à titre étranger ». Regroupant 140 nationalités différentes, les légionnaires sont soumis à un contrat de cinq ans, au terme duquel les étrangers peuvent accéder à la nationalité française sous réserve de bonne conduite. Pendant ces années, le légionnaire est prié se sacrifier sa vie personnelle au service de la légion, qui devient comme une seconde famille.

Double culture

Le local de l’association grouille de photos de moments sportifs et festifs entre membres. Autant de réunions autour de fêtes chinoises que de fêtes françaises, mais surtout, autant de regroupements entre Chinois qu’entre anciens légionnaires venus du monde entier. Pour M. Hong, « l’événement le plus important pour notre association reste chaque année le rassemblement commémorant la bataille de Camerone, où un régiment de légionnaire a résisté à plus de 2000 Mexicains en 1863. » L’Amicale fait partie de la Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère, regroupant 147 autres groupements de légionnaires. Elle permet à ses membres de conserver des liens étroits avec leurs anciens compagnons de régiment.
S’ils ont choisi de rester en France, pour les légionnaires chinois, « il est important de faire perdurer nos traditions », insiste M. Hong, qui reconnaît malgré tout « fêter plus Noël que le nouvel an chinois ». Dans les locaux, deux salles de classe sont destinées à l’apprentissage du mandarin pour les enfants des légionnaires et d’autres communautés chinoises. Un trophée, fièrement posé sur la table principale, rappelle la victoire remportée à la dernière « fête des bateaux-dragons ». M. Hong est assis devant quatre belles bouteilles de vin du domaine du capitaine d’Anjou, qui appartiennent à la légion. Pour lui, le rôle de l’Amicale est autant de maintenir du lien avec les autres légionnaires qu’avec la culture chinoise. « Nous sommes une association française, mais nous n’oublions pas d’où nous venons. C’est pourquoi nous sommes proches des communautés asiatiques, cela reste purement culturel. »
Le vignoble du capitaine d'Anjou est propriété de la légion étrangère. (Copyright : Alice Hérait)
JpegLe vignoble du capitaine d'Anjou est propriété de la légion étrangère. (Copyright : Alice Hérait)
Comme pour les manifestations qui ont suivi la mort de Zhang Chaolin, l’Amicale a aussi pour mission d’assurer le service d’ordre des mobilisations de la communauté chinoise. Ce rôle leur est attribué moins pour leurs compétences en matière d’ordre et de sécurité que pour assurer une bonne communication entre les policiers français et les Chinois non francophones. A l’inverse d’une grande partie des travailleurs chinois de la région parisienne, les légionnaires ont pour avantage de bien connaitre les deux cultures, et de maitriser les deux langues.

Se tenir loin des médias

« Je ne veux ni parler de mon histoire personnelle, ni parler au nom de l’Amicale ! » Malgré un accueil chaleureux, M. Hong m’informe de l’esprit de son association, conforme à celui de la légion : ne pas chercher à se faire connaître et ne pas entrer dans le jeu politique. La plupart des articles concernant les légionnaires restent d’ailleurs très factuels.
Dans la presse, L’AALOCF est seulement évoquée lors de la commémoration des travailleurs chinois de la Première Guerre mondiale et lors des manifestations déclenchées par la mort du commerçant chinois Zhang Chaolin. Chaque question ayant trait à la vie d’un ancien légionnaire sera soldée par une réponse évasive et imprécise. Pourquoi certains Chinois rejoignent-ils la légion ? « L’envie de faire un travail d’homme » doublée d’une « envie de voyager ». Quels métiers exercent généralement les légionnaires chinois ? « N’importe lequel. » Les secrets des légionnaires resteront bien gardés.
Par Alice Hérait
A propos de l'auteur
Alice Hérait
Journaliste, Alice Hérait est spécialisée sur les questions contemporaine en Asie-Pacifique, et plus particulièrement sur le monde sinisé. Elle est titulaire du Master Hautes Etudes Internationales (HEI) à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO). Sinophone, elle a vécu un an à Taïwan, où elle a étudié à l'Université Nationale de Taiwan (國立台灣大學). Elle nourrit un vif intérêt pour les relations entre Pékin et Taipei.