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Pourquoi les Sud-Coréens aiment-ils autant les Pepero ?

Les biscuits coréens Pepero, parfums "White cookie" et "amandes". (Crédits : Marine Jeannin/Asialyst)
Les biscuits coréens Pepero, parfums "White cookie" et "amandes". (Crédits : Marine Jeannin/Asialyst)
Un bâtonnet enrobé d’un glaçage, des dizaines de parfums et une fête nationale : plus qu’un biscuit, le Pepero est un phénomène en Corée du Sud. Et surtout, le cadeau idéal à offrir à son âme soeur.
On pourrait dire que les Pepero sont l’équivalent coréen de nos Mikado, mais ce serait insulter les Pepero. Jugez plutôt : contre les quatre pauvres parfums que nous proposent les Mikado (chocolat noir, au lait, blanc et caramel), les Pepero commercialisés par Lotte Mart se déclinent en 12 variétés. Outre l’inévitable chocolat, on trouve dans la gamme un Pepero aux fraises, au citron, au thé vert et même au melon – les plus populaires restant les Pepero au « white cookie » (un plagiat d’Oreo) et aux amandes.
Lors de notre enquête à Séoul, les sondés sont d’ailleurs unanimes. « Mon Pepero préféré ? C’est celui aux amandes! » s’exclament en coeur Kiwoong et Beumsu, deux étudiants de l’Université Nationale de Séoul. « J’aime sa texture croquante », ajoute Beumsu, alors que Kiwoong confesse être séduit par son prix, plus élevé que celui du Pepero original (en Corée du Sud, un prix élevé est souvent perçu comme un gage de qualité supérieure, ou du moins de prestige).

« Ils ne sont pas toujours très bons, mais ils me rappellent mon enfance »

Les Sud-Coréens vouent un tel culte aux Pepero qu’un jour spécial leur est consacré : le 11 novembre. 11/11, une date évidemment choisie pour sa ressemblance avec les bâtonnets – notre Armistice n’a qu’à bien se tenir. « Il y a des Pepero assez bon marché et très tape-à-l’œil qui sont vendus en magasins aux alentours de Pepero Day, raconte Seohyun, une jeune femme au carré brun et au regard nostalgique. Ils ne sont pas toujours très bons mais ils me rappellent mon enfance, parce que j’utilisais toujours une partie de l’argent de poche que ma famille me donnait pour Chuseok [Thanksgiving coréen, NDLR] pour acheter ces Pepero. Je me souviens de leur goût bizarre. Je me faisais la même remarque sur leur goût chaque année en les mangeant. »
Pour Chuseok, la Saint-Valentin ou le Pepero Day, c’est toujours la ruée obligatoire vers les centres commerciaux. Entre 2011 et 2014, les ventes de Pepero étaient ainsi multipliées par 83 lors de la semaine précédant le Pepero Day – mais seulement par 9 à la Saint-Valentin. Pour Pepero Day, en effet, explique un employé de Lotte Mart au quotidien sud-coréen Dong-a Ilbo, on offre des biscuits à tous ses proches, y compris les amis et les collègues – alors que la Saint-Valentin ne cible que les amoureux.

« Pepero Game » : la Belle et le Clochard avec des biscuits

Gardons-nous de sous-estimer le potentiel romantique – et érotique – des Pepero. Wiwe, jeune mère séoulite, s’en attendrit encore : « C’est très mignon, les Pepero : les couples jouent à les manger ensemble. » Pour le lecteur occidental intrigué, imaginez la Belle et le clochard avec des Mikado. Chaque personne croque une extrémité du biscuit, jusqu’à arriver au milieu – et finir par un baiser. Démonstration ci-dessous:


Tous les Coréens interrogés ont au moins un souvenir de jeunesse qui mêle amour et biscuit. « Ma dernière histoire de Pepero remonte à l’adolescence, se souvient Kiwoong. Ma copine de l’époque et moi étions assez détachés des stratégies commerciales, mais les Peperos font un bon cadeau. En plus, qui n’aime pas le chocolat ? Et puis je ne voulais pas que mes amis de l’époque me critiquent parce que je ne suivais pas les tendances. »
Il s’agit certes d’une stratégie purement commerciale, mise en place en 1997 par la multinationale coréenne Lotte pour promouvoir ses biscuits – lesquels sont par ailleurs un plagiat des Pocky japonais, devenus nos Mikados européens. Les Pepero ont pourtant fini par s’ancrer dans les traditions sud-coréennes. Et pour ceux qui refusent les injonctions à l’hyperconsommation, il est toujours possible de préparer soi-même les Pepero à offrir : des biscuits type gressins, du chocolat fondu et d’infinies possibilités de décorations colorées.
Alors si vous manquez d’inspiration pour la Saint-Valentin, vous pouvez toujours offrir à votre dulciné.e une boîte de Pepero, disponibles dans nos centres commerciaux pour la modique somme de 2 euros – et expliquer, la bouche en coeur, qu’il s’agit d’une tradition coréenne.
Les biscuits coréens Pepero, parfums "White cookie" et "amandes". (Crédits : Marine Jeannin/Asialyst)
Les biscuits coréens Pepero, parfums "White cookie" et "amandes". (Crédits : Marine Jeannin/Asialyst)
A propos de l'auteur
Marine Jeannin
Basée à Paris, Marine Jeannin est une journaliste presse écrite et numérique. Free-lance, elle travaille pour RFI et le Magazine Littéraire.