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Nouvel an lunaire : la Chine intime, rencontres culturelles au Pavillon des Canaux

"Beijing Silvermine" - Thomas Sauvin - A, 10578, 17. (Copyrights : Thomas Sauvin)
"Beijing Silvermine" - Thomas Sauvin - A, 10578, 17. (Copyrights : Thomas Sauvin)
C’est l’alternative au traditionnel Nouvel an chinois. Cette année, Asialyst célèbre le Cochon de Terre au Pavillon des canaux et s’associe à l’événement « Nouvel An Lunaire 2019 ». Au programme du 6 au 10 février : conférences, projections, dj sets, pop-up stores qui montrent la vitalité de la scène chinoise et des sinophiles à Paris. L’accès est gratuit !
Fête du Printemps, Nouvel An Lunaire, en 2019 la première et nouvelle lune de l’année du cochon aura lieu le 5 février 2019. L’occasion de célébrer l’événement au Pavillon des Canaux, en collaboration avec La Semaine LGBT Chinoise et en partenariat avec Asialyst. Après une édition discrète mais complètement folle et spontanée en 2018 en présence d’une partie de la jeune garde d’artistes contemporaine chinoise (mais pas que) basée à Paris (Jiaqi Song, Jinyong Lian, Xiao Wang, Edmond Li, Jin Cokeasian, Norman Bambi), l’année du cochon accueillera sur trois jours (mercredi 6, samedi 9, dimanche 10 février), – et en lien avec l’événement du mois Le Pavillon du Love – une programmation protéiforme et inédite offrant une alternative aux traditionnels « Nouvel An Chinois », et un espace d’expression et de rencontre à la communauté LGBT chinoise de Paris.
Le mercredi 6 février, notre contributrice Léo de Boisgisson animera une conférence sur le thème du nu dans la photographie contemporaine en Chine. Elle reviendra notamment sur l’historique du corps et de la nudité dans l’art contemporain chinois, de ses timides débuts aux beaux-arts après la mort de Mao aux performances extrêmes des années 1990, jusqu’aux expérimentations diverses des années 2000, puis la démultiplication actuelle de l’image du corps dans l’art et dans l’espace digital global. L’occasion de donner la parole à trois artistes chinois basés en France qui, chacun à leur manière, placent le corps nu au centre de leur pratique artistique.
Artiste performer, Zhang Wenjue est photographe, chercheuse, auteure d’une thèse en cours, « Nudité performée et identité mise en scène » à Paris I. Ancien danseur du corps de Ballet de l’Armée Populaire, puis de la troupe de Angelin Preljocaj, Wang Yang est aujourd’hui photographe. Artiste dessinatrice, Human Chuo pratique le Shibari et BDSM. Une conversation décomplexée à 4 voix à ne pas manquer ! Attention, il n’y a que 25 places disponibles.
Le Grand Nu chinois
Le corps, et plus précisément le Nu est un grand absent de l’art chinois traditionnel qui situe toujours l’humain dans sa relation avec le grand tout cosmique et la nature. Les Grecs de l’Antiquité sculptaient des corps divins idéalisés et plaçaient de ce fait la plastique humaine au centre de leur monde. A la même époque, les artistes-lettrés chinois peignaient de vastes paysages, des oiseaux et des fleurs, se détournant dès lors de l’anthropomorphisme qui fonde la culture visuelle occidentale. Ce « »nu impossible » décrit par le philosophe et sinologue François Jullien est resté ancré dans l’art chinois pendant des siècles et cela jusque dans ses alcôves. Pensez aux estampes érotiques de la dynastie Ming : les protagonistes de ces saynètes très explicites y sont largement vêtus, tandis que les églises italiennes regorgent de nus extatiques. A chaque culture ses contradictions !
Quoi qu’il en soit, le corps nu ne fait véritablement son « coming out » dans le champ de l’art chinois que dans la deuxième moitié du XXème siècle. Une période qui coïncide en Chine avec l’ère des réformes et de l’ouverture au monde : le pays se frotte alors à la culture occidentale via une déferlante de films et de livres. De fait, l’art du début des années 1980 est largement influencé, voire imité des mouvement européens et américains. Lorsque cette décennie commence, le nu apparait timidement dans la peinture, puis de manière de plus en plus radicale au tournant des années 1990-2000 avec l’émergence de la performance et l’influence (à rebours) de mouvances telles que Fluxus, l’actionnisme viennois ou le happening art.
Ceux qui connaissent un peu l’art chinois de ces années sauvages ont sûrement en tête les photos de la performance de Zhang Huan recouvert de miel et de mouches dans des toilettes publics dont on est content de ne pas sentir l’odeur. Ou encore Cang Xin « touchant » de sa langue des billets de banque, le sol de pierre du temple de Confucius, ou le portrait de Marcel Duchamp pour initier une communication primale et détachée du langage. Le corps est ici tout à la fois sujet, objet, message et médium incarné. Un médium lui-même documenté par les autres media que sont la photographie et la vidéo. Capteur d’instants, enregistreur de faits, ou outil à créer des fictions, la photographie est essentielle dans l’art contemporain global. Elle a insufflé une nouvelle énergie chez les jeunes artistes chinois. Pratique et accessible, l’appareil photo (digital ou argentique) s’invite dans l’intimité des « 80 hou » (« nés dans les années 80 ») aux millenials. Dortoirs de filles capturés par Luo Yang, jeunes hommes et femmes jouant de leur nudité, flashés dans des appartements ou des banlieues brumeuses par l’hyper talentueux Ren Hang, décédé prématurément ou, plus récemment, scènes de couple documentées par la jeune Pixy Liao… Dans tous les cas, le corps est présent, voire prééminent. La pudeur d’autrefois paraît s’être effacée au profit d’une nouvelle liberté voire d’un nouvel érotisme. Pourtant, en Chine, la censure n’est jamais loin et la nudité souvent directement associée à la pornographie selon les normes du gouvernement chinois, fait souvent mouche. En témoignent les « amputations » fréquentes dont sont victimes les expos photos… Cependant, la révolution du corps et toutes les questions qu’elle soulèvent – genre, sexualité, homosexualité – sont résolument en marche en Chine, et les artistes ont encore bien des choses à dévoiler.
Le 9 février dans un cadre festif, Leo de Boisgisson accueillera au Pavillon Thomas Sauvin qui tiendra un pop-up store avec des tirages-photo et des publications issues de sa collection ainsi que de nouveaux « goodies ». Irene Lu présentera les pièces de lingeries délicates qui font la signature de sa marque PILLOWBOOK lancée à Pékin en 2012. Zhang Wenjue reviendra spécialement pour une performance inédite, intitulée « Artist’s Statement ».

Le programme complet

Le Nouvel an Lunaire 2019 aura lieu mercredi 6 février, samedi 9 février et dimanche 10 février au Pavillon des Canaux, 39 quai de la Loire, Paris XIXème, métro Laumière. Retrouvez ici la page Facebook de l’événement.

Mercredi 6 février
19h30-21h00
– « Le Grand Nu chinois », une conférence autour du nu dans la photographie chinoise contemporaine, par Léo de Boisgisson, Wenjue Zhang, et Human CHUO.

Samedi 9 février
19h00-02h00
– Film cut-up réalisé par Norman Bambi, à partir d’images tournées à Taïwan la semaine précédant le Nouvel an lunaire.
– Performance de Zhang Wenjue.
Pop-up stores – (1) vente de livres de la collection « Beijing Silvermine » de Thomas Sauvin, et tirages en édition limitée produits spécialement pour l’événement ;
et (2) présentation d’un corner lingerie et essayage par PILLOWBOOK et animé par Irene Lu, sa créatrice.
– Dj sets spécial « Sonic Sound From China » par Mama Huhu (Caroline Luu et Evelyne Pasquel de We Will Woo).

Dimanche 10 février
16h00-18h00
– Table ronde sur les relations intimes des personnes LGBT, par La Semaine LGBT Chinoise de Paris (rencontre en chinois avec Wang Xu, Feng Yiqun, Huang Ying, Chen Jinqiao)
18h00-20h00
– Projections de courts-métrages lesbiens et transsexuels chinois, par La Semaine LGBT Chinoise de Paris – Together we will see our future (2’04), Stories after the noise (2’31), Miss matched (11’02)
18h00-21h00
– Atelier Diététique chinoise par Joséphine Thai (Un lapin sur la lune)

A propos de l'auteur
Léo de Boisgisson
Basée en Chine pendant 16 ans où elle a passé sa post adolescence au contact de la scène musicale pékinoise émergente, Léo de Boisgisson en a tout d’abord été l’observatrice depuis l’époque où l’on achetait des cds piratés le long des rues de Wudaokou, où le rock était encore mal vu et où les premières Rave s’organisaient sur la grande muraille. Puis elle est devenue une actrice importante de la promotion des musiques actuelles chinoises et étrangères en Chine. Maintenant basée entre Paris et Beijing, elle nous fait partager l’irrésistible ascension de la création chinoise et asiatique en matière de musiques et autres expérimentations sonores.