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Le paiement mobile chinois à la conquête du monde

A Shanghai comme dans d'autres grandes villes de Chine, il est devenu courant d'achète ses légumes au marché avec le paiement mobile. (Credits : Stringer / Imaginechina / via AFP)
A Shanghai comme dans d'autres grandes villes de Chine, il est devenu courant d'achète ses légumes au marché avec le paiement mobile. (Credits : Stringer / Imaginechina / via AFP)
La Chine a déjà devancé les pays traditionnellement les plus en pointe des technologies de paiement. Deux acteurs majeurs monopolisent les 3 000 milliards de dollars de transactions effectuées en 2016 : WeChat Pay et Alipay. Dans toutes les grandes villes de Chine, avoir un porte-monnaie dans sa poche ou son sac à main est une pratique totalement obsolète. Même au marché de fruits et légumes, les transactions se font aujourd’hui en scannant un QR Code unique à chaque utilisateur. Il est maintenant temps pour ces deux mastodontes chinois de faire adopter leur système aux entreprises étrangères. La conquête est en cours, et elle commence par les États-Unis.

Le « m-payment » à la chinoise, un modèle pour le reste du monde ?

La Chine a traité plus de 3 000 milliards dollars de transactions mobiles en 2016. Majoritairement par le biais de deux moyens de paiement mobile : Alipay et WeChat Pay. Ces deux entreprises traitent à elle seules 91 % des paiements mobiles en Chine. Il n’est plus rare de croiser des jeunes Chinois vivant dans les grandes villes sans aucun billet de banque sur soi. Le phénomène est tellement puissant que même les mendiants ne demandent plus d’argent liquide, mais viennent directement avec un QR Code faire l’aumône.
Avec 69 % des Chinois connectés sur WeChat et 570 millions l’utilisant de manière quotidienne, l’application du mastodonte Tencent rivalise déjà avec les réseaux sociaux occidentaux les plus connus. De son côté, Alipay et ses 450 millions d’utilisateurs n’est pas en reste. Le système développé par Alibaba, le groupe de Jack Ma, a déjà plusieurs longueurs d’avance sur son concurrent WeChat à l’international : des aéroports et des boutiques sont déjà équipés pour recevoir ce type de paiement.

Les solutions de paiement mobile ne sont plus limitées à la Chine

Le dernier bond commercial pour ces deux acteurs majeurs du paiement en ligne est le lancement aux États-Unis de solutions de paiement (points de vente et en ligne) par le biais de la start-up Citcon. Basée dans la Silicon Valley, elle permet aujourd’hui aux marchands américains d’accepter tout paiement via WeChat ou Alipay. Concrètement, cela veut dire qu’un touriste chinois se rendant à New York pourra bientôt payer ses billets d’entrée ou ses repas avec son téléphone directement, et sera débité en Chine, tandis que le marchand sera crédité en dollars directement aux États-Unis.
Outre l’avantage évident de ne plus avoir besoin de transporter de liquide (et de ne plus être une cible de choix des pickpockets) ou de payer des frais bancaires importants, Citcon permet surtout aux marchands équipés d’accepter de plus gros paiements.
Sur la 5ème Avenue, certains magasins vendant des bijoux à plus de 100 000 dollars avaient du mal à effectuer ces ventes à cause des restrictions bancaires entre la Chine et les États-Unis. Avec des plafonds de paiement beaucoup plus élevés – 10 000 dollars par transaction pour WeChat, et 34 000 dollars par transaction pour Alipay, sans limite de transaction (il suffit donc de payer 3 fois 34 000 dollars pour acheter une montre à plus de 100 000 dollars) –, le touriste chinois peut maintenant dépenser sans se soucier des modalités de paiement.
Le staff de Citcon est composé de vétérans de la carte de crédit et des solutions paiements en ligne en Amérique et en Chine. Avec un personnel majoritairement chinois, ils ont pu effectuer ce que les as de la Silicon Valley n’ont pas fait.

Apple succombe à Wechat Pay

L’Occident est-il en train de succomber à l’agressivité commerciale des entreprises chinoises ? C’est déjà le cas d’Apple, pourtant réputé pour imposer ses conditions. aAprès plusieurs échecs d’Apple Pay en Chine, la firme de Tim Cook a finalement intégré WeChat Pay sur l’AppStore chinois.
Une chose est sûre : la Chine a non seulement rattrapé son retard technologique dans l’industrie des paiements, mais elle est surtout aujourd’hui à la pointe des technologies mobiles. Profitant d’un retard de développement, la migration entre l’ère du paiement en espèces vers le paiement dématérialisé s’est faite d’autant plus facilement.
Un voyage à Shanghai ou Pékin, l’achat d’un numéro de téléphone chinois, et un téléchargement sont suffisants pour se rendre compte du saut vers le futur réalisé ces dernières années. Un Chinois sort de chez lui et utilise son téléphone pour emprunter un Mobike (l’équivalent du Velib), il paie avec son téléphone. Arrivant au métro, il ressort son téléphone pour passer les portiques. En route vers son bureau, il s’arrête dans une échoppe de rue pour acheter son petit-déjeuner ; le matériel de cuisine utilisé est précaire, mais il peut tout de même payer avec son téléphone. En arrivant au bureau, il surfe sur Taobao (l’E-bay chinois) à sa pause pour acheter sur son téléphone un nouveau gadget. En rentrant le soir, il invite un ami au restaurant. Ils commandent avec leur téléphone sans même télécharger d’application (grâce aux mini-programmes de WeChat), paient avec leur QR Code mobile, sortent fumer une cigarette, et reçoivent une notification sur WeChat dès que leur plat est prêt.
Dans toutes les grandes villes de Chine, il est devenu inutile de prendre un porte-monnaie plein de cartes de crédit, de billets et de pièces. Le téléphone suffit. Mais gare à la panne de batterie ! Ce modèle devrait peu à peu se populariser en Occident. Le jour où la transition commencera, les premières entreprises à s’être adaptées capteront sans aucun doute les touristes chinois.
Sur la 59ème rue, à Manhattan, un spectacle intéressant se livre déjà aux yeux des passants : les carrioles à cheval, qui ont commencé il y a plus de 100 ans à rouler dans Central Park, acceptent aujourd’hui les paiements mobiles chinois. Central Park Sightseeing est l’un des premiers utilisateurs à New York. Le but est non seulement d’attirer la clientèle chinoise, mais aussi de faciliter les échanges entre le conducteur de la carriole et le touriste venant de l’Empire du Milieu et ne parlant pas anglais.
Plusieurs magasins de Duty Free comme ceux des aéroports de Munich et San Francisco ont commencé à s’équiper aussi. Pour ceux qui pourraient douter, l’avenir très proche prouvera que la mondialisation des échanges de monnaie via smartphone est une réalité à ne pas ignorer, sous peine de passer à côté du plus gros marché de voyageurs.

Facilité de paiement signifie aussi plus de dépenses des Chinois

Aujourd’hui, selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, les classes moyennes chinoises dépensent 19 % de leur revenu annuel dans des voyages à l’étranger. Cette manne financière n’a pas échappé à l’Administration Obama qui a désigné l’année 2016, pendant la venue du Président Xi Jinping en septembre 2015, comme l’année du tourisme États-unis-Chine. Question visa, l’Amérique compte fidéliser les touristes chinois en offrant des visas de 10 ans permettant de revenir autant de fois souhaitées ! Pour compléter le tableau, de nombreux nouveaux vols directs entre les deux pays facilitent le transit des touristes chinois vers de multiples destinations américaines.
Après avoir facilité la venue de touristes venant de l’Empire du Milieu, il était temps de faciliter les dépenses sur place afin d’injecter des yuans dans l’économie américaine. De cette manière, les États-Unis ne sont plus seulement « China-friendly », mais deviennent « China-ready ».
A propos de l'auteur
Jean Kany-Boucart
Jean Kany-Bourcart est un entrepreneur spécialiste du tourisme chinois. Il a participé au développement international de Lion Travel, plus gros groupe touristique taïwanais, et créé plusieurs entreprises liées au tourisme et aux nouvelles technologies. Après avoir vécu 1 an en Chine et 7 ans à Taipei, il vit maintenant à New York. Il parle couramment le mandarin.