Politique
L'Asie du Sud dans la presse

L'Inde et la Chine se "désengagent" dans le Doklam, une victoire pour New Dehli ?

Des militants indiens du Jammu and Kashmir National Panthers Party manifestent devant l'ambassade de Chine à New Delhi le 7 juillet 7, 2017. (Crédits : AFP PHOTO / Money SHARMA)
Des militants indiens du Jammu and Kashmir National Panthers Party manifestent devant l'ambassade de Chine à New Delhi le 7 juillet 7, 2017. (Crédits : AFP PHOTO / Money SHARMA)
Ce n’est sans doute pas la fin des conflits frontaliers entre la Chine et l’Inde, mais c’est un un premier pas vers l’apaisement des tensions. Ce lundi 28 août, Pékin et New Delhi ont conclu un accord de désengagement des troupes dans la zone frontalière contestée sur le plateau du Doklam. Si certains médias indiens interprètent cette décision comme une victoire pour l’Inde, l’attitude ambiguë de la Chine ne manque pas d’inquiéter.
Les tensions se calment enfin sur la plateau du Doklam. « Un accord de désengagement rapide des troupes dans la zone frontalière de l’Himalaya après plus de deux mois de confrontation a été conclu entre la Chine et l’Inde, a ainsi déclaré le ministère indien des Affaires étrangères ce lundi 28 août, cité par le South China Morning Post. Ces dernières semaines, les deux géants asiatiques avaient maintenu une communication diplomatique au sujet de « l’incident de Doklam », qui dure depuis la mi-juin. « Durant ces communications, précise le ministère indien, nous avons pu exprimer nos points de vue ainsi que nos préoccupations et nos intérêts. Sur cette base, le désengagement rapide du personnel frontalier sur le site où a eu lieu la confrontation à Doklam a été accepté et est en cours. » Cette annonce survient quelques jours avant le déplacement à Pékin Narendra Modi : le Premier ministre indien doit participer à un sommet des BRICS avec ses homologues du Brésil, de la Russie, de l’Afrique du Sud et de la Chine bien entendu, rapporte le Straits Times.
Mais les deux parties diffèrent sur l’interprétation de l’accord. Selon les médias indiens, le désengagement ne sera pas terminé ce lundi. Tandis qu’à Pékin, le ministère des Affaires étrangères a confirmé que le mouvement des troupes indiennes, mais n’a rien dit des troupes chinoises. « Les troupes indiennes se sont retirées du côté indien de la zone frontalière contestée », a ainsi sobrement déclaré Hua Chunying, le porte-parole de la diplomatie chinoise, indique Reuters.
Au final, qui ressort gagnant de ce « désengagement » ? L’Inde à coup sûr, selon la presse de Delhi qui assure que la Chine accepté de retirer ses soldats. New Delhi a « toujours voulu résoudre pacifiquement les conflits avec la Chine par le dialogue contrairement à la Chine, prête à entrer en guerre », justifie le Financial Express. Le conflit était entré dans un face-à-face dangereux lorsque l’armée chinoise a tenté de construire une route sur le plateau du Doklam (qui se dit Donglang en mandarin), une zone qui appartient au Bhoutan et qui est stratégiquement cruciale pour l’Inde. L’impasse diplomatique menaçait de faire dérailler des décennies de bonne intelligence dans la gestion de ces zones frontalières à la souveraineté encore disputée depuis la guerre sino-indienne de 1962. Pour sortir de l’impasse, la Chine avait expressément demandé à l’Inde de retirer ses troupes du Doklam alors que celle-ci requérait le retrait des deux côtés. L’accord de désengagement mutuel est donc interprété comme la « soumission de la Chine à la volonté des Indiens », selon le site indien Economic Times. Par ailleurs, la « retraite chinoise » diminue son autorité dans la région et peut renforcer la puissance de l’Inde.
Il n’est pas sûr que la Chine se voit perdante au final. Pékin, selon Hua Chunying, s’est dit « content » que l’Inde ait accepté de retirer ses troupes de la région, mais, a garanti le porte-parole, « les troupes chinoises continueront à patrouiller dans la région du Doklam », indique Reuters. Et Hua Chunying d’ajouter : « La Chine continue d’exercer sa souveraineté. Elle fera des ajustements en fonction de la situation. La partie chinoise continue de défendre sa souveraineté et l’intégrité territoriale selon la convention historique », rapporte le site Outlook India.
Cette attitude jugée « ambiguë » de la Chine ne laisse pas d’inquiétr l’Inde. Il y a deux jours, le chef de l’armée, Bipin Rawat, avait lancé un avertissement : « La Chine tente de changer le statu quo à la frontière avec l’Inde et des incidents comme au Doklam devraient augmenter à l’avenir, rapporte Outlook India. Même si Pékin et New Delhi arrivent à une solution concernant l’impasse actuelle, nos troupes à la frontière ne devraient pas penser que cela ne peut plus se reproduire. Mon message aux troupes est de ne pas baisser la garde. » Pour le quotidien indien Express Tribune, il ne faut pas se faire d’illusion : les capacités des forces armées chinoises ont progressé et l’influence de Pékin dans la région a augmenté en développant des liens économiques et de défense avec les pays voisins, comme le Pakistan et le Sri Lanka.
Par Iliana Pradelle
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