Politique
L'Asie du Sud dans la presse

Chine-Inde : la tension frontalière persiste

Cette photo prise le 10 juillet 2008 montre un soldat chinois avec un soldat indien à la frontière de Nathu La, près de l’État indien du Sikkim. (Crédits : AFP PHOTO / DIPTENDU DUTTA)
Cette photo prise le 10 juillet 2008 montre un soldat chinois avec un soldat indien à la frontière de Nathu La, près de l’État indien du Sikkim. (Crédits : AFP PHOTO / DIPTENDU DUTTA)
Comment régler une fois pour toute une situation qui persiste depuis les affrontements armés de 1962 entre la Chine et l’Inde ? Ce mercredi 16 août, un nouvel accrochage mineur s’est produit entre des troupes indiennes et chinoises à la frontière près du lac Pangong, indiquent des sources officielles indiennes. Un nouvel épisode dans un conflit territorial interminable.
Ce n’est pas un échange de tirs. Ce mercredi, des troupes indiennes et chinoises se sont affrontées dans une zone contestée la toujours très contestée zone frontière qui sépare la région du Ladakh et la province du Tibet. « Des troupes chinoises ont lancé des pierres sur des soldats indiens dans la région proche du lac Pangong, affirme un responsable militaire indien cité par Channel News Asia. Les soldats chinois ont essayé à deux reprises d’entrer sur le territoire indien. La situation a rapidement été sous contrôle. » La situation se serait en effet rapidement calmée par le retour des soldats des deux pays à leur position respective. « Les troupes frontalières sont toujours à pied d’œuvre pour maintenir la paix sur la frontière sino-indienne », a déclaré Hua Chunying, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Pékin, qui a assuré ignorer les faits reprochés par l’Inde. « Nous patrouillons toujours le long de la ligne de contrôle chinoise, a insisté Hua. Et nous demandons à l’Inde de s’en tenir à cette ligne de contrôle et aux conventions afférentes entre les deux parties. »
Cet accrochage n’est que la suite de crises et de tensions sans fin entre Pékin et New Delhi. Les deux armées se font déjà face dans le plateau de Doklam. En juin dernier, l’Inde a envoyé des troupes pour empêcher la construction d’une route dans cette région, qui est un territoire éloigné et inhabité revendiqué à la fois par la Chine et l’allié de l’Inde, le Bhoutan. A plusieurs reprises, Pékin a demandé à New Delhi de se retirer de la zone, rapporte le South China Morning Post. « Des troupes ont été envoyées parce que l’activité militaire chinoise à Doklam, près de la jonction des frontières de l’Inde, de la Chine et du Bhoutan, menaçait la sécurité de la région nord-est », a rétorqué le gouvernement indien. Le pays, allié proche du Bhoutan, a ensuite déployé des soldats pour arrêter le projet de construction. Il faut remonter à quelques années pour mieux comprendre : les tensions le long de la frontière ont augmenté en 2014 lorsque des soldats chinois se sont installés sur un territoire revendiqué par l’Inde, déclenchant une confrontation militaire de deux semaines qui a éclipsé une visite du président chinois Xi Jinping, rappelle le site indien Firstpost.com.
Dans ce choc frontalier entre grandes puissances, que peut faire le Bhoutan ? « En cas de guerre entre l’Inde et la Chine, nous serions la viande dans le sandwich. » C’est ce qu’a déclaré Pema Gyamtsho, un chef du parti d’opposition à l’Assemblée nationale du Bhoutan. D’après le Straits Times, d’aucuns soupçonnent New Delhi d’avoir cherché à bloquer les efforts du Bhoutan pour établir des relations diplomatiques et élargir le commerce avec Pékin. L’Inde craint qu’un rapprochement lui ôte l’État-tampon que le Bhoutan représente pour elle. Après l’incident à la frontière en juin, les responsable bhoutanais préfèrent rester silencieux sur la situation plutôt que de risquer d’offenser l’Inde ou la Chine, souligne le quotidien singapourien. Depuis la signature d’un traité d’amitié avec l’Inde en 1949, le Bhoutan s’est appuyé presque exclusivement sur elle pour sa défense. L’Inde forme et paie les salaires de son armée royale. En outre, son corps d’ingénierie construit et maintient les routes de montagne du Bhoutan. Mais ces dernières années, cet État pauvre et enclavé commence à se tourner vers Pékin pour des raisons économiques, et touristiques en particulier. Les touristes chinois, de plus en plus nombreux, s’acquittent de 250 dollars par jour à l’avance pour les forfaits de vacances et le visa pour le « pays du bonheur ».
Par Iliana Pradelle
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