Politique
L'Asie du Nord- Est dans la presse

Hong Kong : la "politique de la dissuasion", vengeance froide contre la révolution des "parapluies"

Les trois leaders du mouvement des parapluies, (de gauche à droite) Nathan Law, Joshua Wong et Alex Chow, chantent des slogans avant leur condamnation à de la prison ferme le 17 août 2017 à Hong Kong. (Crédits : EyePress News / EyePress / via AFP)
Les trois leaders du mouvement des parapluies, (de gauche à droite) Nathan Law, Joshua Wong et Alex Chow, chantent des slogans avant leur condamnation à de la prison ferme le 17 août 2017 à Hong Kong. (Crédits : EyePress News / EyePress / via AFP)
Désormais, défendre la démocratie dans la rue à Hong Kong, c’est risquer la prison ferme. Ce jeudi 17 août, trois jeunes leaders du mouvement des parapluies de 2014, dont Joshua Wong, ont été condamnés à des peines de prison allant de 6 à 8 mois fermes. Officiellement ils sont accusés d’inciter à la désobéissance civile. Mais pour le camps démocratique, ils sont en réalité des prisonniers politiques.
« Si tout le monde s’accordait pour dire que leur cause est noble, et qu’il n’y a donc pas besoin de respecter la loi, alors, selon les termes du verdict, Hong Kong tomberait dans l’anarchie. » Ainsi parle Ronny Tong, pourtant vétéran pro-démocrate à Hong Kong, rapporte The Hong Kong Standard ce vendredi 18 août. Hier, Joshua Wong, Nathan Law et Alex Chow, trois des leaders du « mouvement des parapluies » qui a bloqué le centre-ville de Hong Kong pendant deux mois et demi fin 2014, ont été condamnés à six à huit mois de prison. Selon Ronny Tong, la cour a voulu montrer l’exemple. Le message est clair : elle ne tolère pas la violence perpétuée au cours des rassemblements populaires. En ce sens, le militant approuve la condamnation, même s’il trouve les peines trop sévères.
Pour le South China Morning Post, la justice hongkongaise va maintenant appliquer un « principe de dissuasion ». Il s’agit pour les autorités d’arrêter le « courant néfaste » qui consiste à promouvoir la désobéissance civile, selo les mots du vice-président de la cour d’appel de Hong Kong, Wally Yeung Chun-kuen. Ce dernier accuse les condamnés de « dédaigner ouvertement la loi » et de « voir leurs actions comme quelque chose dont il faut être fier ». Le principal chef d’accusation est la « destruction des quartiers généraux du gouvernement » en 2014. Cette manifestation jugée illégale avait alors déclenché le blocage de la ville par les manifestants pro-démocratie pendant près de trois mois à partir de septembre. La « révolution des parapluies » est née d’un objectif ambitieux : lutter contre la mainmise du parti communiste chinois sur les élections du chef de l’exécutif hongkongaise. Impossible de ne pas réagir pour le gouvernement : la décision du juge Yeung reflète la crainte que la jeune génération ne s’identifie aux leaders des « parapluies » et que ne s’ensuive le désordre public. C’est pourquoi malgré leur jeune âge (moins de 20 ans, 24 et 27 ans), la justice a décidé de frapper fort. Outre les mois de prison ferme, les jeunes condamnés ne pourront pas se présenter aux élections du conseil législatif en 2020, précise le quotidien hongkongais. C’est en effet la loi dans la cité : une peine de prison de plus de 3 mois exclut les condamnés de la vie publique.
Du côté de l’exécutif hongkongais, on ne se mouille pas. Cette décision de justice « n’a pas de motif politique, s’est défendu avec aplomb le secrétaire à la justice Rimsky Yuen Kwok-keung. En définitive, a-t-il la décision a été prise en accord avec les principes légaux. » Yuen est accusé d’avoir influencé la condamnation du parquet, dont certains membres étaient contre. Si certains dénoncent cet acte de « persécution politique », c’est que les peines des trois condamnés étaient à l’origine beaucoup plus légères et n’impliquaient pas toujours de la prison ferme, souligne le South China Morning Post. « Une révision des peines était nécessaire parce que la juridiction inférieure avait fait des erreurs de principes légaux dans sa sentence », a justifié le ministre face à ses détracteurs.
Mais le tribunal à Hong Kong n’a pas toujours condamné la désobéissance civile. Tai Yiu-ting, l’un des fondateurs du mouvement des parapluies, rappelle les propos d’un ancien juge à la cour d’appel en 2006, qui contraste avec la décision prise ce jeudi 17 août : « La désobéissance civile fondée sur des principes réfléchis a une longue et honorable histoire… C’est la marque qu’une communauté est civilisée lorsqu’elle accueille des protestations et des manifestations de ce genre. Je laisse au public juger quel argument est le plus civilisé. » Quant à Eric Cheung Tat-ming, conférencier à l’université de droit de Hong Kong, il accuse le juge actuel d’avoir « dévié des principes légaux » et invite la Cour à entendre l’appel du trio. Selon lui, Law et Chow « n’incitaient pas à la violence ».
Parmi les réactions à la sentence, la mère de Joshua Wong, Grace Ng Chau-mei, a publié une lettre ouverte sur le mur Facebook de son fils ce jeudi 17 août. Elle dénonce la condamnation et indique que sa ville est devenue « dépravée ». Elle rappelle que son fils, âgé de 20 ans, a sacrifié sa vie personnelle et familiale pour s’engager dans l’activisme politique en 2011. Le but de son fils n’est autre que de « construire un Hong-Kong plus beau », écrit-elle, citée par le South China Morning Post. Et d’en référer à Josué qui, dans la Bible, a conduit les israélites vers la Terre promise : « Papa et moi t’avons donné ce nom, « Joshua ». Ainsi n’oublie pas ce que Dieu a dit à Joshua : illustre-toi dans tout ce que tu fais, suis la vérité, et tu pourras être courageux. »
A l’annonce des condamnations, plus d’une centaine de personnes était venue à la Cour suprême de Hong Kong pour soutenir le trio, selon le quotidien hongkongais. Les condamnés ont tenu à remercier chacun d’entre eux. Les parents de Chow, qui fêtera ses 27 ans en prison ce vendredi 18 août, se sont exprimés pour la première fois. « Nous sommes fiers de ce qu’il fait, c’est pour le bien des Hongkongais et le futur de la ville », a déclaré son père. Selon lui, la politique de dissuasion pourrait finalement avoir l’effet inverse. En effet, dehors, ceux qui soutenaient les étudiants scandaient « désobéissance civile » ou « honte aux juges ». Une marche de soutien est déjà prévue ce dimanche 20 août.
La société civile a, elle aussi, vivement réagi à l’annonce des peines encourues par le trio, rapporte le site Hong Kong Free Press. Pour Amnesty International et de Human Rights Watch, il s’agit d’une action politique visant à réduire la liberté d’expression et de contestation démocratique. Le parti démocrate lui aussi dénonce une « persécution politique » et un gouvernement « déshonoré ». De son côté, la Fédération des étudiants hongkongais regrette la répression des « mouvements démocratiques locaux » depuis la révolte des parapluies en 2014. L’organisation rend hommage à ces « prisonniers politiques » qui ont « sacrifié leur liberté et leur jeunesse ».
Par Juliette Parjadis
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