Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Chine : vaste enquête contre WeChat, Weibo et Baidu pour "contenus illicites"

A gauche et à droite de l'écran d'un smartphone chinois, les icônes des applications de messagerie Wechat et QQ du groupe Tencent, et au centre, l'application de microblogs Weibo créée par Sina. (Crédits : Da qing / Imaginechina / via AFP)
A gauche et à droite de l'écran d'un smartphone chinois, les icônes des applications de messagerie Wechat et QQ du groupe Tencent, et au centre, l'application de microblogs Weibo créée par Sina. (Crédits : Da qing / Imaginechina / via AFP)
Comment contrôler totalement l’incontrôlable, à savoir le cyberespace ? A quelques mois du 19ème Congrès du Parti communiste, crucial pour le maintien de Xi Jinping, le gouvernement chinois ne fait plus dans le détail. Ce vendredi 11 août, une enquête a été ouverte contre trois géants du web : Wechat, Weibo et Baidu sont accusés de laisser diffuser des « contenus illicites » et « mettant en danger la sécurité nationale ».
C’est la grande rafale de censure en ligne. Ce vendredi, le gouvernement a ouvert une enquête contre les trois réseaux sociaux les plus populaires en Chine : la messagerie Wechat, le Twitter chinois Weibo et le moteur de recherche Baidu. Les chefs d’accusations ? Tous trois auraient violé la nouvelle loi sur la cybersécurité en publiant des « contenus illicites » et « mettant en danger la sécurité nationale », rapporte le South China Morning Post. Cette loi est entrée en vigueur le 1er juin dernier : elle permet aux autorités de poursuivre toute personne ou entité publiant des informations qu’elles estiment désagréables pour le régime. L’enquête a démarré à Pékin et Canton à la réception de messages d’utilisateurs signalant lesdits « contenus illicites », a justifié l’Administration chinoise de cybersécurité lors d’une courte déclaration. Les cyberflics auraient ainsi constaté que certains internautes se servaient des trois plateformes pour diffuser des « informations violentes » et des « rumeurs obscènes » qui « mettent en danger la sécurité nationale, la sécurité publique et l’ordre social ».
Cette vaste enquête ne peut se comprendre sans le contexte politiquement chargé en Chine pour ce second semestre. A commencer par la perspective du 19ème congrès du Parti communiste, qui doit avoir lieu à l’automne. Xi Jinping y joue le maintien de son autorité quasi absolue et son avenir politique à long terme. Pas question pour lui de laisser un cyberespace de libre au débat public. Auparavant, le gouvernement avait dû faire tous ses efforts pour étouffer les commentaires sur la mort de Liu Xiaobo : le militant des droits de l’homme et Prix Nobel 2010 est décédé le 13 juillet dernier avant la fin de sa peine de onze années de prison. Autre date sensible quelques jours plus tôt : le 1er juillet, date de célébration du 20ème anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine. L’occasion pour le président chinois de réaffirmer son refus du moindre dialogue sur l’indépendance ou la démocratisation de l’ancienne colonie britannique.
L’enquête sur les trois géants chinois du numérique n’est que le dernier épisode d’une série de mesures décidées récemment. A la fin juin, Weibo était déjà visé par la décision de Pékin d’interdire le live streaming, la diffusion instantanée de vidéo en ligne étant trop dure à censurer, rappelle le site spécialisé Techcrunch. Une interdiction justifiée alors par « l’absence d’une licence de transmission de programme audio et vidéo sur Internet et de publication de certains programmes de commentaires avec un contenu en violation de la réglementation gouvernementale », avait révélé Weibo dans un communiqué. Dans la foulée, la cyberpolice a fermé en juin des dizaines de comptes de divertissement en ligne sur Weibo, Tencent et Baidu.
Le cyberverrouillage s’est aussi entendu à tout ce que l’intelligence artificielle peut générer de subversif sur ces plateformes. Ainsi, le 3 août, Tencent a dû supprimer de ses applications deux « chatbots », ces logiciels programmés pour simuler une conversation, indique le Telegraph. Il s’agit de « BabyQ » développé par l’entreprise pékinoise Turing Robot et de « Xiaobing », créé par Microsoft. Leur crime ? Avoir remis en cause le Parti et écrit des commentaires « antipatriotiques ». A la question : « Est-ce que vous aimez le Parti communiste ? » BabyQ avait répondu : « Non. » Quant à Xiaobing, il avait lui aussi franchi la ligne rouge. A un message souhaitant « Longue vie au Parti communiste », l’autre chatbot rebelle avait répondu par la question suivante : « Est ce que vous croyez qu’une politique aussi corrompue et incapable peut durer longtemps ? »
Par Iliana Pradelle
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