Politique
L'Asie du Sud dans la presse

Pakistan : la Cour suprême repousse son jugement sur Nawaz Sharif

Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif s'adresse aux médias après sa parution devant une commission anticorruption à l'Académie fédérale judiciaire d'Islamabad, le 15 juin 2017. (Crédit : AFP PHOTO / AAMIR QURESHI)
Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif s'adresse aux médias après sa parution devant une commission anticorruption à l'Académie fédérale judiciaire d'Islamabad, le 15 juin 2017. (Crédit : AFP PHOTO / AAMIR QURESHI)
Concert de pétards mouillés au Pakistan. Alors que la Cour suprême devait rendre son jugement sur les accusations de corruption portées à l’encontre du Premier ministre Nawaz Sharif et de ses enfants, dans le cadre de l’affaire dite des « Panama Papers », voilà que les trois juges chargés du dossier ont décidé ce vendredi 21 juillet de « reporter » leur verdict sine die – sans livrer d’explication. Le 20 avril dernier, la plus haute juridiction du pays avait déjà demandé la tenue d’une « enquête complémentaire » pour statuer sur la destitution du chef de gouvernement. Un répit supplémentaire pour le bureau du Premier ministre qui cherchait déjà un remplaçant à Nawaz Sharif, expliquait il y a quelques heures encore Pakistan Today.
Les auditions avaient débuté il y a cinq jours, le 17 juillet, une semaine après la remise du rapport de l’équipe commune d’enquête – mise sur pied à l’issue du verdict du mois d’avril, rapporte Dawn. Il fait alors « l’effet d’une bombe », d’après le Los Angeles Times : les enquêteurs accusent Nawaz Sharif d’avoir menti sur ses avoirs à l’étranger, ainsi que d’avoir dissimulé l’existence d’une entreprise offshore à Dubai dont il était lui-même le directeur.
Mais c’est surtout la falsification présumée de documents par la fille du Premier ministre, Maryam Nawaz, qui a déclenché un vaste scandale médiatique. Les soi-disant preuves que celle ci ne serait pas détentrice, mais seulement administratrice, de deux sociétés offshore, auraient été rédigées en 2006 en Calibri – une police de caractères commercialisée depuis… 2007. Autre dossier épineux concernant les trois enfants Sharif : l’acquisition de quatre appartements dans un quartier huppé de Londres, pour lesquels la Cour suprême demandait hier encore, jeudi 20 juillet, des explications précises au risque de causer du tort à leur Premier ministre de père, écrivait Dawn.
Du côté du camp Sharif, c’est le dixième volume du rapport qui a concentré toutes les attaques. Regroupant la correspondance internationale de l’équipe commune d’investigation et les documents obtenus de la part de pays étrangers, ledit volume – intitulé « Demande d’entraide juridique – en cours » – n’a pas pu être consulté par les avocats de la défense, en vertu de son statut confidentiel et à la demande de ses auteurs. « Un acte de mauvaise foi (mala fide) […] qui remet en cause les droits fondamentaux du Premier ministre », d’après les avocats de la défense, qui ont finalement obtenu le droit de le consulter, informe The Express Tribune.
Car c’est là tout l’argumentaire du chef du gouvernement : Nawaz Sharif ferait l’objet d’un « complot ». Si le principal intéressé se garde bien d’en dénoncer les prétendus organisateurs, ce n’est pas le cas de son entourage, qui n’hésite pas à pointer du doigt « certains éléments des milieux militaires et judiciaires » cherchant sa destitution, rapporte The Guardian. Des accusations que l’armée a déjà balayées froidement, d’un revers de main.
Nawaz Sharif s’avère en revanche bien plus loquace à l’égard de l’opposition politique qui réclame sa destitution : « Ma patience a des limites. Arrêtez ce cirque. » Il faut dire qu’Imran Khan, leader du parti d’opposition PTI, se montre de plus en plus vindicatif. En grande partie à l’origine des poursuites contre le chef de gouvernement depuis l’éclatement du Panamagate, il a déclaré il y a quelques jours que la destitution ne suffirait plus : « La prochaine demeure de la famille Sharif sera la prison d’Adiala. » Rien n’est encore moins sûr.
Par la Rédaction d’Asialyst
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