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Indonésie : le groupe islamiste "Hizb ut-Tahrir Indonesia" déclaré hors la loi et dissous

Des étudiants musulmans manifestent à Jakarta le 12 juillet 2017 contre le projet de dissolution du groupe islamiste Hizb ut-Tahrir Indonesia (HTI).
Des étudiants musulmans manifestent à Jakarta le 12 juillet 2017 contre le projet de dissolution du groupe islamiste Hizb ut-Tahrir Indonesia (HTI). (Crédit : BAY ISMOYO / AFP).
Le couperet est tombé. Accusé d’activités en contradiction avec les principes affichés de la constitution indonésienne, le groupe islamiste Hizb ut-Tahrir Indonesia (HTI) a été dissous par décret gouvernemental aujourd’hui mercredi 19 juillet. Une décision qui intervient quelques jours après une modification de la législation sur la liberté de se regrouper sur fond de lutte contre l’islam radical.
A peine promulguée la controversée modification de la loi sur les associations entre déjà en service. Désormais autorisé à interdire une organisation sans passer par une procédure légale, le Ministre du Droit et des Droits de l’Homme a pris la décision de proscrire l’organisation islamique HTI. « Même si dans ses statuts le HTI affiche le Pancasila comme idéologie, les faits sur le terrain ont prouvé que beaucoup de ses activités violent l’idéologie d’État et l’intégrité nationale » déclare ainsi Freddy Harris, directeur général de l’administration générale du droit au sein du ministère, cité par le Bangkok Post.
Promulgué lors de l’indépendance du pays en 1945, le Pancasila (cinq principes en sanskrit) consacre les notions de démocratie consultative, de justice sociale, d’humanitarisme, d’unité de l’Indonésie et de croyance en un dieu unique comme valeurs cardinales de la nation indonésienne rappelle le quotidien thaïlandais. Or, en prônant l’instauration d’un califat mondial, le mouvement islamiste aurait contrevenu à ces préceptes ce qui a justifié son interdiction explique de son côté le Jakarta Post.
Tantôt considérée comme le creuset d’un Islam tolérant tantôt présentée comme une base arrière de Daech en puissance (voir notre mémo sur la question), l’Indonésie est en effet aux prises avec la radicalisation d’une part de sa population. Le Washington Post rappelle d’ailleurs que le HTI, associé à d’autres groupe de même obédience comme l’Islamic Defender Front, a activement contribué à la chute du gouverneur – chrétien – de Jakarta, Basuki Tjahaja Purnama dit « Ahok ». Ce dernier a d’ailleurs été condamné à deux ans de prison pour blasphème en mai dernier.
Appelant à l’établissement de la charia dans l’archipel et déclarant le principe même de démocratie contraire à l’Islam, le HTI était dans le collimateur du président indonésien Joko Widodo depuis un moment. Pour autant, la nouvelle législation, passée il y a dix jours, autorisant la dissolution d’associations par décret a néanmoins provoqué une levée de boucliers chez les défenseurs des droits de l’Homme. Ainsi, par exemple, dans un éditorial publié le 14 juillet, le Jakarta Post d’affirmer : « Le gouvernement peut avoir les meilleures intentions en interdisant le HTI mais la fin ne justifie pas les moyens ». Car, explique le quotidien indonésien, l’exécutif aurait pu tout aussi bien inculper les dirigeants de trahison comme le prévoit déjà le Code Pénal. il n’aurait pas eu alors à instaurer cette nouvelle loi au potentiel liberticide. Interrogé par le Straits Times, le juriste Refly Hrnun considère pour sa part que « le décret présidentiel est un chèque en blanc signé au gouvernement pour dissoudre n’importe quelle organisation sans processus législatif en bonne et due forme ». Ce blanc-seing est une grande première depuis la chute de Soeharto en 1998.
Le porte parole du groupe islamiste, Ismail Yusanto a pour sa part dénoncé « un véritable abus du gouvernement contre ses propres citoyens ».
Par Emeric des Closières
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