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Philippines : vers une prolongation de la loi martiale à Marawi ?

Un militaire philippin se prépare à partir en patrouille dans les faubourgs de la la ville de Marawi.
Un militaire philippin se prépare à partir en patrouille dans les faubourgs de la la ville de Marawi. (Crédit : AFP PHOTO / RICHEL UMEL).
Malgré l’optimisme affiché par les responsables philippins depuis près de deux mois, Manille n’a toujours pas recouvré son autorité sur la totalité de la ville de Marawi. D’après le décompte officiel rapporté par le Philippine Daily Inquirer, les combats auraient fait 553 victimes : 97 militaires, 411 rebelles et 45 civils. Alors que la loi martiale décrétée fin mai arrive à son terme, la question de sa prolongation divise les membres du parlement philippin.
C’est un secret de polichinelle jalousement gardé. Alors qu’une cinquantaine de djihadistes demeurent barricadés dans un centre commercial de Marawi, la question de la prolongation de la loi martiale – devant expirer à la fin de la semaine – est sur toutes les lèvres. Interrogé sur la teneur du rapport qu’il a transmis à la présidence jeudi dernier, le Secrétaire à la Défense Delfin Lorenzana a pourtant refusé d’éclaircir sa position sur le sujet. « Attendons la décision présidentielle. Elle peut être la même que la mienne comme elle peut être différente » a déclaré le ministre selon le quotidien philippin Inquirer.net. En plus de ce rapport rédigé conjointement avec le chef d’état major des Forces Armées Philippines, le général Eduardo Año, Rodrigo Duterte attend les conclusions des forces de police avant de rendre publique sa décision.
Le contenu de cette dernière laisse peu de place au doute même si l’annonce officielle se fait désirer. D’après l’édition de Manille du Sun Star, le chef de l’État désirerait deux semaines supplémentaires de législation d’exception afin de réduire définitivement les combattants liés au groupe État Islamique. La Constitution de 1987 autorise le président à déclarer la loi martiale pour 60 jours après quoi toute prolongation doit être entérinée par le parlement en session conjointe rappelle fort à propos le Philippine Star. Or, d’après le Philippine Daily Inquirer, celle-ci devrait avoir lieu dès le lundi 24 juin.
En amont du vote, les sénateurs devraient assister à une réunion d’information sur la situation à Mindanao afin de les guider dans leurs choix. Menées séparément et à huis clos, les conférences auront lieu dans la semaine avance le Philippine Star. Interrogés par le quotidien philippin,ces derniers restent partagés sur le vote. Ainsi, pour le sénateur Richard Gordon, « il serait surprenant que [Duterte] ne demande pas de prolongation ». De même, son collègue Joseph Victor Ejercito, se dit prêt à voter « pour » si on lui présente une « justification suffisante et convaincante ». Mais d’autres parlementaires, à l’instar du leader d’opposition Franklin Drilon, s’inquiètent de la possible instauration d’une loi martiale illimitée dans le sud de l’archipel. Son groupe serait plutôt favorable à une audition des experts devant tout le Congrès lors d’une session conjointe.
Ces scrupules vont-ils atteindre le président ? Rien de moins sûr. Lors d’un discours adressé à des diplomates en visite à Davao, Duterte a réaffirmé sa détermination face aux combattants islamistes. S’il a salué le concours des troupes américaines sur place et les livraisons d’armes chinoises, il également a réaffirmé son indépendance dans la conduite des opérations raconte le Straits Times. Ainsi, revenant sur l’insulte qu’il avait adressée il y a un an au président américain d’alors (Barack Obama), il a réitéré son refus de toute formes de critiques avec sa verve désormais habituelle : « Pourquoi devriez vous me faire la leçon ? Je suis un chef de l’État et vous êtes un chef d’État. Vous êtes un président, je suis un président. Vous avez votre propre peuple, votre tribu à protéger, j’ai le mien. »
Par Emeric Des Closières
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