Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Trump vend des armes à Taïwan : la fin d'une "lune de miel" avec la Chine ?

La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen lors d'un exercice militaire près de Magong, non loin des îles Penghule 25 mai 2017. (Crédits : AFP PHOTO / SAM YEH)
La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen lors d'un exercice militaire près de Magong, non loin des îles Penghule 25 mai 2017. (Crédits : AFP PHOTO / SAM YEH)
Est-ce la fin de la lune de miel entre l’Amérique de Trump et la Chine ? Ce jeudi 29 juin, Washington a annoncé une vente d’armes à Taïwan pour un montant d’1,4 milliards de dollars. Pékin n’a guère apprécié. L’accord avec Taipei comprend sept points, dont le support technique, la livraison de missiles anti-radiations et de torpilles. Cette décision intervient après une suite d’autres mesures prises par l’administration Trump, subies comme des provocations par la Chine. Une semaine avant de rencontrer Xi Jinping au G20 de Hambourg, Trump a décidé d’adopter une ligne dure envers les Chinois. Sera-t-elle contre-productive ?
« Nous sommes fermement opposés à toute forme de contact officiel ou de rapports militaires entre Taïwan et les États-Unis ». Cette déclaration du colonel Wu Qian, porte-parole du ministère chinois de la Défense cité par le South China Morning Post, est habituelle après chaque vente d’armes américaines à Taïwan. Mais elle prend un sens particulier pour la Chine ce vendredi 30 juin. La décision prise par l’administration Trump et notifiée au Congrès américain est vécue par Pékin comme une « violation du compromis » conclu en avril dernier à Mar-A-Lago, où le président milliaire avait reçu son homologue chinois. « Nous avons exprimé notre ferme opposition aux États-Unis et nous nous réservons le droit de prendre des mesures », a ainsi menacé Cui Tiankai, l’ambassadeur chinois à Washington, rapporte le South China Morning Post. Cette décision, ajoute le diplomate, pourrait être « fatale » aux relations diplomatiques sino-américaines.
Côté américain, on fait comme si cette vente était anodine. Un représentant du département d’État a tenu à rassurer : « Il n’y a aucun changement à notre « politique d’une seule Chine » fondée sur le Three Joint Communiques et sur le Taiwan Relations Act. » Une contradiction aux yeux de Pékin, pour qui la question taïwanaise porte précisément sur la souveraineté chinoise et l’intégrité territoriale : elle répond des affaires nationales chinoises, a rappelé Lu Kang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, cité par le Straits Times. La précédente vente d’armes à Taïwan a été approuvée par le Sénat américain en décembre 2015 mais finalement abandonnée par Barack Obama. Elle s’élevait à 1,8 milliard de dollars.
« C’est la fin de la lune de miel », pense Bill Bishop, journaliste sinologue et expert des relations sino-américaines, cité par le Guardian. Pour le New York Times, cette décision signifie que l’administration Trump souhaite mettre en place une politique plus sévère vis-à-vis de Pékin. En effet, elle intervient le lendemain de la proposition par un sénateur de Washington d’autoriser un navire de guerre américain à faire escale à Taïwan. Par ailleurs, une autre mesure est venue mettre encore davantage de pression : hier jeudi 29 juin, Washington a inscrit la banque chinoise de Dandong sur sa liste noire pour avoir conduit des transactions jugées illégales avec la Corée du Nord. « Nous ne sommes en aucun cas en train de viser la Chine avec ces actions », a justifié benoîtement Steve Mnuchin, secrétaire du Trésor, dans des propos rapportés par le Guardian.
Donald Trump parlera-t-il ainsi à Xi Jinping lorsqu’il le reverra à Hambourg au sommet du G20 les 7 au 8 juillet ? Cette suite de décisions américaines intervient aussi à la veille du 20e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à Chine. « C’est très symbolique et finalement cela va peser sur la parade de Xi Jinping à Hong Kong, analyse Bill Bishop. La lune de miel est finie et le fait est que c’était une lune de miel plutôt minable : je pense qu’ils ont dormi dans des lits différents. » . Tout cela combiné pourrait in fine compliquer les tentatives de Trump pour en finir avec le problème nucléaire nord-coréen et son programme de missile balistique. L’annonce de la vente d’armes lance une période d’examen de 30 jours, durant laquelle le Congrès peut voter pour stopper la vente, même si en réalité il y a peu de chances que la majorité républicaine s’y oppose.
Par Amina Bouamrirène
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