Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Mongolie : les enjeux d'un second tour historique à la présidentielle

Candidat de l'opposition à l'élection présidentielle en Mongolie, Khaltmaa Battulga, leader du Parti démocrate, est arrivé en tête au premier tour, mais sans recueillir la majorité absolue avec seulement quelque 38% des voix. D'où la tenu d'un second tour le 9 juillet prochain, une première dans l'histoire politique de la Mongolie. (Crédits : AFP PHOTO / BYAMBAA BYAMBA-OCHIR)
Candidat de l'opposition à l'élection présidentielle en Mongolie, Khaltmaa Battulga, leader du Parti démocrate, est arrivé en tête au premier tour, mais sans recueillir la majorité absolue avec seulement quelque 38% des voix. D'où la tenu d'un second tour le 9 juillet prochain, une première dans l'histoire politique de la Mongolie. (Crédits : AFP PHOTO / BYAMBAA BYAMBA-OCHIR)
C’est un non-choix historique qu’ont fait les Mongols hier mardi 26 juin. En effet, aucun des trois candidats à l’élection présidentielle n’est parvenu à rassembler la majorité absolue des électeurs obligeant l’organisation d’un second tour le 9 juillet. Plombé par trois prétendants peu convaincants, le second tour de cette élection constituera plus un référendum sur la politique économique du gouvernement qu’un vote d’adhésion pour l’un des candidats.
En vingt-quatre ans d’élections libres jamais les Mongols n’avaient été appelés deux fois aux urnes pour élire leur président. Pourtant hier, le candidat de l’opposition, Khaltmaa Battulga, leader du Parti Démocrate, n’est arrivé en tête du premier tour qu’avec 38,1% des voix. Trop peu pour s’adjuger la présidence immédiatement. Son adversaire au second tour, Miyeegombo Enkhbold, représente le Parti du Peuple Mongol (PPM) actuellement au pouvoir : il a recueilli 30,3% des suffrages, selon la télévision d’État citée par Channel News Asia. La seconde place du candidat de la majorité, longtemps considéré comme le favori de l’élection, s’explique par la performance surprise de Sainkhuu Ganbaatar, du Parti Révolutionnaire du Peuple Mongol. Le chef de cette formation née d’une scission avec le PPM le talonne de moins 2 000 voix précise, le Straits Times.
Plus que les clivages idéologiques, c’est le profil des trois candidats qui n’a pas su convaincre les 68,27% de citoyens à avoir pris part au vote. Enkhbold, ancien maire d’Oulan-Bator, ex-Premier ministre et actuel président du Grand Khoural d’État (le parlement monocaméral de la Mongolie), est perçu comme le candidat de l’establishment et de la politique de rigueur mise en place par l’actuel gouvernement. D’après le Straits Times, son passage à la mairie de la capitale serait émaillé d’affaires de corruption et de ventes frauduleuses de terrains publics. Une caractéristique qu’il semble néanmoins partager avec ses rivaux. Battulga, qui lui a ravi la tête du premier tour, serait accusé de détenir des comptes off-shore. Quant à Ganbaatar, le troisième homme, il aurait reçu un don de 44 000 dollars de la secte Moon, poursuit le quotidien singapourien. Dans ces conditions, près de 18 000 électeurs ont préféré voter blanc, selon Channel News Asia.
Le second tour se jouera principalement sur les thèmes de l’économie et du rapport à Pékin. Deux sujets complémentaires et très clivants pour ce pays riche en ressources minières enclavé entre deux immenses voisins. De janvier à mai 2017, la Chine a représenté 68,5% du commerce extérieur de la Mongolie et a absorbé 90,5% de ses exportations, rappelle le South China Morning Post. Battulga, désormais favori pour le second tour, est connu pour son penchant protectionniste et sa méfiance envers les Chinois, accusés de faire main basse sur les ressources du pays par le biais d’Investissements Directs Étrangers (IDE). De son côté, Enkhbold est perçu comme plus favorable aux IDE d’où qu’ils viennent. « La réalité, c’est qu’aujourd’hui nous avons l’offre et la Chine a la demande », a-t-il ainsi déclaré. Les sentiments anti-chinois demeurent très ancrés au sein de la population mongole et le candidat de la majorité a été obligé de publier son arbre généalogique pour contrer des rumeurs sur ses prétendues origines chinoises, indique le quotidien hongkongais.
Même si Khaltmaa Battulga devient président le 9 juillet prochain, sa marge de manœuvre restera limitée. Dans la démocratie parlementaire mongole, précise Channel News Asia, la nomination du Premier ministre par le président doit être confirmée par le parlement. Ce dernier est dominé par le parti de Miyeegombo Enkhbold avec une majorité absolue.
Par Émeric Des Closières
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