Politique
L'Asie du Sud-Est dans la presse

Philippines : l'Amérique incontournable contre Daech à Marawi, malgré Duterte

Le commandant major general philippin Emmanuel Salamat écoute des militaires américains durant une cérémonie de remise d'armes de la part de l'armée américaine à Manille le 5 juin 2017. (Crédits : AFP PHOTO / TED ALJIBE)
Le commandant major general philippin Emmanuel Salamat écoute des militaires américains durant une cérémonie de remise d'armes de la part de l'armée américaine à Manille le 5 juin 2017. (Crédits : AFP PHOTO / TED ALJIBE)
Après 23 jours de piétinement autours de Marawi, Manille s’est enfin décidée à faire appel à l’aide étrangère pour venir à bout des derniers combattants du groupe Maute. Et pas n’importe laquelle. Le porte-parole des Forces Armées Philippines a admis la présence de troupes américaines en soutien des combattants nationaux lors d’une conférence de presse au palais de Malacañan. Une coopération qui semble en contradiction avec la rhétorique du président Rodrigo Duterte mais qui s’appuie sur les sentiments profonds du pays.
« Il y a quelques personnels américains en charge de matériel de renseignements pour éclairer nos troupes sur la situation. Je ne connais pas leur nombre exact ni la teneur de leur mission. » C’est par ces termes évasifs que le général de brigade Restituto Padilla, cité par le Straits Times, a confirmé la présence de GI’s aux côtés des troupes gouvernementales à Marawi. Mais si la présence de l’US Army est désormais confirmée, les militaires philippins demeurent officiellement à la manœuvre. « Ils ont le droit de porter des armes pour se défendre. Mais ils ne sont pas autorisés à prendre part aux combats : ils sont uniquement en soutien », poursuit le porte-parole de l’armée. En effet, la constitution locale n’autorise pas le déploiement de troupes étrangères sur le sol national. Selon le quotidien singapourien, Washington a confirmé de son côté la présence sur place d’avions de patrouille P-3 et de drones de renseignements.
Alors que la bataille de Marawi a viré au combat de rues, faisant 13 nouvelles victimes vendredi 9 juin dernier, il devient de plus en plus évident que les troupes gouvernementales ne peuvent plus se contenter d’opposer la force pure aux rebelles. Fustigé pour ne pas avoir anticipé la montée en puissance des islamistes Maute, Duterte n’avait pas d’autre choix que de faire appel à un support logistique étranger pour épargner d’autres pertes à ses soldats. Mais comment expliquer le recours aux États-Unis venant d’un président qui n’a jamais mâché ses mots contre l’ancienne puissance coloniale ? Rien d’étonnant à cela pour Ana Marie Pamintuan, rédactrice en chef du Philippine Star : « Duterte peut ordonner à son administration d’opérer un pivot vers la Chine et la Russie en s’éloignant de Washington, mais ils ne trouveront pas un Philippin pour les suivre. » En effet, les attaches entre l’archipel et l’Amérique restent très vivace. Les soldats philippins parlent anglais et beaucoup de leurs officiers ont été formés aux États-Unis, jamais Manille n’aurait pu trouver un degré d’interopérabilité équivalent avec Moscou ou Pékin. Cette coopération était d’ailleurs réclamée par les militaires sur le terrain. Ces derniers ont besoin d’information précises sur les positions ennemies pour utiliser leurs missiles guidés et ne sont pas en mesure de les obtenir par leurs propres moyens.
Si l’armée est satisfaite de la venue de son allié traditionnel sur le théâtre d’opérations, l’intervention américaine est également saluée au niveau politique. En visite dans la région, la vice-présidente philippine Leni Robredo, adversaire politique de Duterte, a rappelé l’importance de la relation entre les deux pays : « C’est l’essence de la communauté des nations. Dans les moments difficiles nous nous aidons mutuellement. C’est la raison pour laquelle il est important de cultiver des relations avec les autres pays », cite l’Inquirer. La Chine a également apporté son soutien de principe à l’envoi de GI’s sur l’archipel dans la limite du « respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Philippines », selon le quotidien philippin. Enlisé dans sa lutte face aux islamistes, le président Duterte n’a pas d’autre choix que le retour à la réalité, comme le rappelle l’éditorial du Philippine Star : « Un seul homme ne peut briser le solide lien entre les Philippines et l’Amérique. »
Par Emeric Des Closières
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