Politique

Florian Bohème : "Pour que les Français de l'étranger forment la 19ème région de France"

Florian Bohème, candidat du Parti socialiste pour les législatives des 4 et 18 juin 2017 à la 11ème circonscription des Français de l'étranger (Asie-Océanie).
Florian Bohème, candidat du Parti socialiste pour les législatives des 4 et 18 juin 2017 à la 11ème circonscription des Français de l'étranger (Asie-Océanie). (Crédits : DR ; source : Asia Connection)
Comment se positionner lorsque la gauche est éclatée entre la France Insoumise et la République en Marche ? Comme en métropole, c’est la même équation à résoudre pour Florian Bohème, candidat du Parti socialiste à la 11ème circonscription des Français de l’étranger. A 32 ans, il n’est pourtant pas un novice en politique puisqu’il a été le chef de cabinet de la ministre de la Francophonie sous François Hollande et conseiller municipal durant sept ans. Pour les Français d’Asie, il souhaite des mesures sociales, mais « responsable », selon son expression : pas question de rendre totalement gratuite la scolarité pour les enfants français dans les pays asiatiques, car la France « n’en a pas les moyens financiers ». Il préfère une baisse des tarifs et un système de bourse. Son ambition : que les Français d’Asie avec leurs compatriotes hors de l’Hexagone dans les autres régions du monde forme la « 19ème région de France », avec des outils de représentation plus adaptés. Entretien.

Contexte

C’est l’une des circonscriptions qui compte le moins d’électeurs, mais l’une des plus vaste en terme de superficie. Mieux vaut aimer l’avion, si un jour vous souhaitez être candidat à la députation pour la onzième circonscription des Français établis hors de France. Créée en 2010 à la faveur d’un redécoupage, la circonscription Asie-Océanie comprend 49 pays, pour 92 707 inscrits sur la liste électorale consulaire au 31 décembre 2016, indique notre partenaire lepetitjournal.com, soit la 9ème circonscription en terme d’électeurs. Au deuxième tour de la présidentielle 2017, les Français d’Asie et d’Océanie ont voté à 87,51 % pour Emmanuel Macron et à 12,49 % pour Marine Le Pen. Au premier tour, ils étaient 39,2 % à se prononcer pour Emmanuel Macron, 29,6 % pour François Fillon et 13,7 % pour Jean-Luc Mélenchon. Quatorze candidats sont en lice dans la onzième circonscription pour ces législatives 2017, dont les premiers et deuxièmes tours se dérouleront les dimanches 3 et 17 juin pour les Amériques et les 4 et 18 juin dans le reste du monde. Demandez les programmes ! Asialyst leur ouvre ses colonnes.

Quel est votre parcours et pourquoi voulez-vous devenir député des Français d’Asie-Océanie ?
Florian Bohème : Mon engagement a débuté en France dans la lutte contre les discriminations et principalement l’homophobie. De là, j’ai évolué assez naturellement vers l’engagement politique qui reste encore aujourd’hui le meilleur moyen de faire bouger les choses. Par ailleurs, j’ai eu la chance de pouvoir servir la France comme chef de cabinet de la ministre de la Francophonie de 2012 à 2014 et j’ai été conseillé municipal PS dans les Yvelines pendant 7 ans. Avec mon compagnon, nous avons décidé de nous expatrier au Cambodge en 2014 pour y gérer une entreprise dans le secteur du tourisme et depuis 3 ans, je vis donc à Siam Rep, à coté des fameux temples d’Angkor.
Mon expatriation m’a amené à être moins actif politiquement mais avec la campagne présidentielle, j’ai constaté que la France avait encore du mal à faire confiance à la jeunesse, à la laisser accéder aux responsabilités et c’est ce qui m’a motivé, à 32 ans, à présenter ma candidature pour représenter la gauche et l’écologie. Le profil des Français de l’étranger a énormément évolué. Je le constate tous les jours, de plus en plus de jeunes Français s’expatrient et cela dit quelque chose de notre pays. Je serais honoré de pouvoir représenter cette population à l’assemblée nationale.
Ces changements de populations, c’est quelque chose que vous constatez partout sur la circonscription ?
A mon niveau, c’est quelque chose que j’ai pu voir de près en Australie où la tendance est très forte, mais je vois aussi beaucoup de jeunes arriver au Cambodge et plus globalement dans toute l’Asie. Mon équipe a compilé les données existantes et on voit que 30% des inscriptions sur les listes électorales ont changé. Pour des jeunes talents, s’installer dans un pays asiatique reste relativement facile même si des pays comme la Chine se montrent plus restrictifs. J’ajouterais que pour les pays d’Asie centrale ou le Pakistan, où est basée ma suppléante Valérie Khan, l’attractivité est différente mais il y a un vrai désir des populations locales de s’ouvrir au reste du monde. Il y a une dynamique qui s’installe aussi dans ces zones.
Vous parliez d’un changement important sur les listes électorales. Pensez-vous que cela puisse faire basculer cette 11e circonscription « à gauche » ?
Premier point, si vous regardez les dernières élections, M. Mariani ne l’a emporté sur le candidat PS, Marc Villard, que de 800 voix et il existe aujourd’hui un vrai électorat progressiste sur la zone. L’envie de renouveau qui a soutenu l’élection du président Macron existe aussi chez les expatriés. Après, ce n’est pas parce qu’un grand nombre de jeunes arrivent sur la circonscription qu’ils vont nécessairement voter plus. L’abstention est très forte sur ces élections législatives et il faut convaincre petit à petit, aller chercher chaque voix. C’est tout le sens de ma campagne de terrain.
Justement, comment fait-on pour mener une campagne et être proche de ses électeurs sur une circonscription aussi large ?
Depuis début mai, nous avons visité plus d’une vingtaine de pays avec ma suppléante, soit la moitié de ceux qui composent la circonscription. A chaque fois, je demande à mes équipes locales d’aller chercher des informations au-delà des institutions et relais classiques, de me faire rencontrer des gens et des parcours de vie différents pour m’imprégner de cette diversité. Par exemple, j’ai rencontré un Français à Kyoto qui dirige l’entreprise d’ustensiles Bento&co. et qui connaît un succès mondial. Il m’a expliqué comment le système douanier de l’UE, très complexe, finissait par doubler le prix de ses marchandises. C’est quelque chose que je n’aurais pas pu connaître sans venir sur le terrain.
Quelles sont vos principales propositions, les thèmes que vous voulez défendre en priorité ?
La première des choses : je voudrais que d’une certaine manière les Français à l’étranger soient considérés comme la 19e région de France. Cela veut dire mettre en place des outils et service de représentation adaptés, donner plus de pouvoir aux conseillés consulaires et favoriser une décentralisation, un renforcement du lien local. Je constate que ce n’est pas la direction prise pour le moment par le président Macron et son équipe qui n’ont jamais mentionné ces problèmes.
Ensuite sur l’éducation, si on peut être fier du réseau d’établissements à l’étranger, il faut lui assurer les moyens de pouvoir fonctionner. Je suis pour qu’il soit mis en place une harmonisation des tarifs dans les pays pour les frais de scolarité et que l’on développe le système de bourses existant pour assurer la scolarisation des enfants français de l’étranger. Par contre, je ne suis pas favorable à la gratuité car la France n’en a tout simplement pas les moyens financiers. Il faut se montrer responsable sur les engagements que l’on propose.
En ce qui concerne la sécurité sociale, il faut absolument sensibiliser les jeunes à l’importance de souscrire une assurance santé lorsque l’on s’installe à l’étranger et dans le même temps, il faut une réforme de la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) pour justement proposer des tarifs plus adaptés, plus progressifs pour cette nouvelle population. Dans le même temps, il faut continuer à développer un réseau d’établissements hospitaliers conventionnés capables de répondre aux besoins. Enfin sur la fiscalité, il faut renforcer absolument la lutte contre l’évasion fiscale et approfondir les négociations de conventions pour éviter la double imposition. Mais là encore, je ne suis pas d’accord avec la proposition de la France Insoumise visant à rendre obligatoire le système français partout dans le monde. Je comprends bien la logique sous-jacente et il est important de dire que c’est un raisonnement qui se tient, mais je ne suis pas favorable à assujettir le droit à la citoyenneté et au vote au versement d’une somme d’argent. C’est une philosophie qui me dérange.
Vous disiez être le candidat de la gauche et de l’écologie. Que proposez-vous sur l’environnement ?
Tout d’abord, je voudrais rendre hommage à François Hollande qui a su mettre en place une diplomatie écologique et organiser une COP21 réussie à Paris. Il faut continuer et aller plus loin dans ce que l’on appelle le soft power pour amener les autres pays vers la transition. Il faut continuer à soutenir les efforts de l’Agence Française de Développement (AFD) mais aussi prendre des mesures fortes en France comme la sortie du nucléaire ou un soutien réel à l’émergence des véhicules électriques. C’est comme cela que demain nous pourrons par exemple être leader mondial dans le démantèlement des centrales nucléaires ou être bien positionnés dans les secteurs porteurs.
Comment voyez-vous la politique de François Hollande en Asie et celle que met en place actuellement le président Macron ?
Je considère que le bilan de François Hollande en Asie est positif et qu’il a réussi à rétablir les liens avec tous les acteurs de la région. Il est encore difficile de voir la politique internationale du président Macron, mais il y a clairement des changements importants au niveau des grands leaders mondiaux et les années à venir s’annoncent très intéressantes à ce niveau.
Propos recueillis par Nicolas Sridi
A propos de l'auteur
Nicolas Sridi
Co-fondateur de Asia Focus Production, journaliste accrédité à Pékin pour Sciences et Avenir depuis 2007, Nicolas a collaboré avec de nombreux média presse écrite et web français, notamment le groupe Test (01Net), lemonde.fr,… Il est également co-rédacteur en chef de l’ouvrage collectif « Le temps de la Chine » aux éditions Félix Torres (2013) en partenariat avec la CCIFC. Nicolas est par ailleurs cameraman et preneur de son et collabore à divers postes avec de nombreuses chaines comme Arte, ARD, France2, RCN,… ainsi que sur des productions corporate et institutionnelles.