Politique

Dimitri Sawosik : "Instaurons la scolarité gratuite pour les Français d'Asie"

Dimitri Sawosik, candidat à la 11ème circonscription des Français de l'étranger (Asie-Océanie) pour les législatives des 4 et 11 juin 2017. (Crédits : DR)
Dimitri Sawosik, candidat à la 11ème circonscription des Français de l'étranger (Asie-Océanie) pour les législatives des 4 et 11 juin 2017. (Crédits : DR)
Porter haut les valeurs du mouvement de Jean-Luc Mélenchon en Asie. C’est le sens de l’engagement de Dimitri Sawosik, candidat de la France Insoumise dans la 11ème circonscription des Français de l’étranger. A 20 ans, il poursuit ainsi un militantisme commencé chez les Jeunesses communistes puis à Nuit Debout, et en parallèle des études à l’Académie présidentielle de Moscou. Il revendique toutes les mesures emblématiques du leader des Insoumis pour les Français basés dans la circonscription : le même impôt qu’en France, et en échange l’éducation gratuite à l’étranger et pas de double imposition. Pas de « punition fiscale », donc, selon Dimitri Sawosik. En politique étrangère, il reprend la position mélenchoniste de sortie de l’OTAN tout en prônant un partenariat avec Vladimir Poutine, mais sans l’honorer comme la réception en grande pompe organisée par Emmanuel Macron à Versailles. Entretien.

Contexte

C’est l’une des circonscriptions qui compte le moins d’électeurs, mais l’une des plus vaste en terme de superficie. Mieux vaut aimer l’avion, si un jour vous souhaitez être candidat à la députation pour la onzième circonscription des Français établis hors de France. Créée en 2010 à la faveur d’un redécoupage, la circonscription Asie-Océanie comprend 49 pays, pour 92 707 inscrits sur la liste électorale consulaire au 31 décembre 2016, indique notre partenaire lepetitjournal.com, soit la 9ème circonscription en terme d’électeurs. Au deuxième tour de la présidentielle 2017, les Français d’Asie et d’Océanie ont voté à 87,51 % pour Emmanuel Macron et à 12,49 % pour Marine Le Pen. Au premier tour, ils étaient 39,2 % à se prononcer pour Emmanuel Macron, 29,6 % pour François Fillon et 13,7 % pour Jean-Luc Mélenchon. Quatorze candidats sont en lice dans la onzième circonscription pour ces législatives 2017, dont les premiers et deuxièmes tours se dérouleront les dimanches 3 et 17 juin pour les Amériques et les 4 et 18 juin dans le reste du monde. Demandez les programmes ! Asialyst leur ouvre ses colonnes.

Quel est votre parcours et pourquoi voulez-vous devenir député des Français d’Asie-Océanie ?
Dimitri Sawosik : Je suis originaire de Montpellier mais j’ai grandi dans l’arrière-pays niçois et je viens donc d’un milieu rural. J’ai ensuite étudié à Nice puis à Aix-en-Provence, à Sciences Po, et je suis actuellement étudiant à Moscou à l’Académie présidentielle. Je me suis politisé très jeune mais j’ai attendu d’avoir 16 ans pour rentrer dans un parti et intégrer les jeunesses communistes à Nice. Après deux ans au PC, j’ai décidé de sortir du cadre politique et de m’engager plus dans les milieux associatifs en lien avec mon école de Sciences Po. Mon engagement politique a repris avec les rassemblements « Nuit Debout » et les manifestations contre la loi travail. La violence que j’ai pu observer m’a convaincu qu’il fallait d’urgence que l’on se pose autour d’une table pour réfléchir ensemble à une autre orientation que le conflit généralisé. Et c’est ce que j’ai trouvé au sein du mouvement de la France Insoumise.
J’ai continué mon engagement dans le mouvement depuis mon installation en Russie et c’est comme ça que j’ai pu présenter ma candidature dans la 11e circonscription des Français de l’étranger. La manière dont j’ai pu être désigné pour porter cette candidature est pour moi emblématique. En Marche et France Insoumise sont deux mouvements qui se réclament de la société civile et de la démocratie participative. Mais le mode de désignation dans le Parti du président Macron reste obscur, alors que moi, j’ai été choisi par les militants de la France Insoumise basés dans la circonscription. A Paris, personne ne me connaît ni ne me soutient en particulier. Des groupes d’appuis locaux se sont formés dans les différents pays via la plateforme Internet durant la campagne présidentielle et continuent de se coordonner depuis. C’est ce réseau qui m’a désigné pour être candidat, Paris n’a fait que valider ce choix.
Comment faîtes-vous pour être en contact avec vos électeurs et connaître leurs revendications sur un territoire aussi grand ?
Je suis étudiant actuellement donc je n’ai pas le temps de me lancer dans une grande tournée des pays et, même si les frais peuvent être remboursés, le mouvement n’a pas les moyens financiers ni l’envie d’avancer les fonds. C’est la structuration même de la France Insoumise, très organique et partant de la base, qui me permet d’avoir des remontées du terrain. Ce sont les groupes d’appuis qui existent dans les différents pays qui ont élaboré les propositions spécifiques à la circonscription. Je ne suis au final que l’interface, qu’un visage, pour porter le programme du mouvement. A l’ère numérique, ça ne sert à rien que je sois à Tokyo ou Hanoï physiquement. Ce qui compte, c’est que je puisse participer à une réunion via Skype, que je puisse entendre les propositions, les idées pour faire ensuite une sorte de synthèse de tout cela.
Quelles sont vos principales propositions, les combats que vous voulez porter ?
En premier lieu, il s’agit de défendre la paix dans le monde, c’est l’un des rôles de la France. Il faut faire baisser les tensions en Ukraine et avec la Russie, il faut éviter l’escalade en mer de Chine et avec la Corée du Nord. Le deuxième axe, c’est l’écologie et je pense en particulier au nucléaire. La circonscription va de Fukushima à Tchernobyl : autant dire que la menace nucléaire est un problème bien réel, pas une abstraction pour les Français qui y vivent. Un autre point fondamental, c’est l’éducation. Il n’est pas normal que l’école soit gratuite en France et ne le soit pas à l’étranger pour nos compatriotes. Nous proposons donc que les établissements français à l’étranger deviennent gratuits pour les citoyens français.
Même chose pour l’accès aux soins : il doit être le même pour les résidents à l’étranger et ceux qui sont en France. L’égalité en droit, c’est un pilier majeur du programme de la France Insoumise. Mais cette égalité en terme de droits implique aussi une égalité de traitement face à l’impôt. C’est pourquoi nous voulons que les Français résidant à l’étranger restent imposables en France. Mais attention, il ne s’agit pas d’une punition pour les expatriés. Il n’y aura pas de double imposition mais si vous payez moins d’impôt dans votre pays de résidence qu’en France, vous devrez payez la différence au Fisc et en échange, vous aurez les mêmes droits en terme d’éducation ou de soins.
Sur le thème de l’écologie, comment voyez-vous le positionnement de la France face à des pays comme la Russie ou la Chine qui sont dans votre circonscription ?
La première des choses, c’est qu’il faut que nous nous engagions très concrètement en France dans ce domaine si on veut être crédible. On ne pourra prétendre expliquer aux chinois qu’ils doivent fermer leurs centrales à charbon ou aux russes qu’ils doivent réduire leur production d’hydrocarbures que si nous avons nous même été capables de fermer nos centrales nucléaires et de basculer massivement vers les énergies vertes.Mais si nous montrons que la transition écologique est possible alors je pense que nous pourront être suivis par les autres pays.
Les Français de l’étranger, dit-on, votent un peu différemment que dans l’Hexagone, souvent plus à droite. Qu’en pensez-vous ?
Lorsque j’ai commencé à parler de ma candidature dans ma famille, on m’a souvent dit que c’était perdu d’avance car personne ne vote à gauche à l’étranger. Je trouve ça personnellement assez insultant d’attacher une orientation politique au moyens financiers d’une personne. La logique selon laquelle « j’ai les moyens de m’expatrier donc je vote à droite », n’a aucun sens pour moi et d’ailleurs, si on regarde les dernières élections, c’est l’abstention qui est en tête. Je considère que j’ai toutes mes chances de l’emporter !
Quel regard portez-vous sur la politique russe et asiatique menée durant le quinquennat de François Hollande et ce qui se dessine de celle du président Macron ?
Pour ce que je connais de mieux, à savoir la Russie et l’Ukraine, la politique du dernier quinquennat a été catastrophique. D’une manière globale, nous devons nous retirer au plus vite de l’Otan qui est une machinerie de guerre des États-Unis et retrouver notre souveraineté pour être à nouveau entendu dans le monde. La place de la France, c’est de porter la voix de la paix à l’ONU pas sur le char de combat des Américains. Nous devons pouvoir discuter avec des pays comme la Russie qui sont des partenaires – pas des amis ou des ennemis, mais bien des partenaires – et défendre nos intérêts de manière cohérente. C’est pour cela que la mise en scène monarchique de la rencontre Poutine-Macron à Versailles ne me plaît pas du tout. Nous n’avons pas à faire plaisir à M. Poutine en le recevant comme le tsar de toutes les Russies. Pour ce qui est de l’Asie et de sa puissance économique, il faut mettre en place un protectionnisme solidaire et refuser d’importer des biens produits dans des conditions inacceptables pour des salaires de misère. Je doute que ce soit une priorité du nouveau président.
Propos recueillis par Nicolas Sridi
A propos de l'auteur
Nicolas Sridi
Co-fondateur de Asia Focus Production, journaliste accrédité à Pékin pour Sciences et Avenir depuis 2007, Nicolas a collaboré avec de nombreux média presse écrite et web français, notamment le groupe Test (01Net), lemonde.fr,… Il est également co-rédacteur en chef de l’ouvrage collectif « Le temps de la Chine » aux éditions Félix Torres (2013) en partenariat avec la CCIFC. Nicolas est par ailleurs cameraman et preneur de son et collabore à divers postes avec de nombreuses chaines comme Arte, ARD, France2, RCN,… ainsi que sur des productions corporate et institutionnelles.