Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Taïwan : la Cour constitutionnelle en faveur du mariage homosexuel

Devant le Parlement, des manifestants célèbrent la décision historique de la Cour constitutionnelle taïwanaise ouvrant la voie à la légalisation du mariage pour les couples homosexuels, le 24 mai 2016. (Crédit : SAM YEH / AFP)
Devant le Parlement, des manifestants célèbrent la décision historique de la Cour constitutionnelle taïwanaise ouvrant la voie à la légalisation du mariage pour les couples homosexuels, le 24 mai 2016. (Crédit : SAM YEH / AFP)
C’est une première en Asie. Dans un jugement rendu ce mercredi 24 mai, la Cour constitutionnelle taïwanaise a estimé que la définition actuelle du mariage, réservé aux couples hétérosexuels, violait les droits constitutionnels des couples de même sexe. Le parlement a deux ans pour mettre à jour la législation nationale, durée au-delà de laquelle ces unions seront automatiquement validées.
C’est une victoire pour les défenseurs des droits LGBT. Et plus particulièrement pour Chi Chia-wei, l’activiste de 59 ans qui avait décidé de porter la question du mariage homosexuel devant la Cour constitutionnelle taïwanaise. En 2013, un bureau d’enregistrement des ménages de la capitale avait rejeté sa demande d’union avec son compagnon, rapporte le Straits Times. La municipalité de Taipei, elle aussi, avait demandé clarification sur le sujet devant les juges, rappelle Focus Taiwan.
La Cour constitutionnelle n’a pas exprimé de recommandations concrètes sur les modifications à adopter dans l’arsenal législatif du pays. Il faut dire que depuis décembre 2016, le Parlement taïwanais étudie un projet d’amendement du code civil visant à autoriser les unions entre couples de même sexe, rapporte le China Post. La présidente Tsai Ing-wen s’était elle-même exprimée en faveur de l’ouverture du mariage aux couples homosexuels avant son élection l’année dernière.
Le jugement de la Cour pourrait donc bien relancer la machine législative, quelque peu enrayée par les grandes manifestations anti-mariage gay organisées par des groupes religieux dans l’île. Ce sont eux qui demandent désormais au Yuan de Contrôle, organe dont les membres sont nommés par la présidence et principal « chien de garde » du gouvernement, de vérifier si les 14 juges n’ont pas fait preuve de « négligence » dans leur jugement, précise le South China Morning Post.
Malgré cette opposition, loin d’être marginale, Taïwan vient cependant de montrer qu’elle constitue bien l’un des avant-postes du respect, de la promotion et de la protection des droits des personnes LGBT dans un environnement régional de plus en plus hostile, note CNN. En Corée du Sud par exemple, les soldats homosexuels sont victimes de discrimination, tandis qu’en Indonésie, un couple d’hommes a reçu plus de 80 coups de bâtons pour avoir été surpris en plein ébat sexuel.
Par Alexandre Gandil
A propos de l'auteur
Alexandre Gandil
Doctorant en science politique, rattaché au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), Alexandre Gandil est membre de la rédaction d'Asialyst. Ses travaux de recherche portent sur la trajectoire politique de Taïwan depuis la partition chinoise de 1949 et sur l'évolution corollaire des relations sino-taïwanaises. Journaliste et cartographe, il a auparavant travaillé pour l'émission Le Dessous des cartes, diffusée sur Arte. Alexandre Gandil a été formé en chinois et en relations internationales à l'INALCO puis en géopolitique à l'IFG (Université Paris 8).